Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à la Tour Eiffel — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à la Tour Eiffel

Une énigme en huis clos dans le Paris de 1889 — thriller historique à suspense

Pages 141
Langue Français
Parution 12/07/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Paris, hiver 1889. À trois cents mètres au-dessus du Champ-de-Mars, la tour n'est pas tout à fait achevée. On la finit par le haut, dans le gel et le vent, sous les fenêtres du seul appartement de la ville qu'on ne pourra jamais louer : celui que Gustave Eiffel s'est réservé sous la lanterne. Un matin, on y découvre un homme mort, sur le parquet neuf. Nul ne le connaît. La porte est verrouillée de l'intérieur. Qui était-il ? Comment a-t-il gagné ce sommet que l'on surveille marche après marche ? Et qui a pu le tuer dans une pièce close, à l'endroit le plus inaccessible de Paris ? Il faudra tout recompter pour que la plus haute chose du monde cesse de mentir. En haut, le vent efface tout. Presque tout.

Extrait

À sept heures dix, ce matin-là, il faisait moins onze degrés sur la plateforme du sommet, et le fer de la tour était si froid qu’il collait à la peau des mains comme une brûlure inversée. Émile Ravier montait depuis vingt minutes. Il comptait les marches par habitude, comme il comptait tout, et il était arrivé à seize cent soixante-quatre lorsque la voix de Delarue lui parvint d’en haut, réverbérée par la charpente, déformée par le vent, une voix qui n’appelait pas mais ordonnait. Il déboucha sur l’étroite galerie du troisième étage essoufflé, la buée de sa respiration accrochée à ses favoris, ses lunettes voilées d’un instant de vapeur qu’il essuya du pouce. Deux hommes se tenaient devant la porte de l’appartement. L’un était Firmin Delarue, le chef de chantier, massif dans sa houppelande, le col relevé, un homme qu’on aurait dit taillé pour porter des poutres et à qui les mots coûtaient visiblement plus cher que l’effort. L’autre était Grégoire Panet, le machiniste du monte-matériaux, un petit homme sec qui se frottait les mains l’une contre l’autre sans discontinuer, et dont Émile ne sut pas, sur le moment, si le geste venait du froid ou d’autre chose. — La porte est fermée, dit Delarue. De l’intérieur. Il le dit comme on énonce un vice de construction. Dans sa bouche, une porte fermée de l’intérieur au sommet de la tour, dans l’appartement que monsieur Eiffel s’était réservé sous la lanterne, tenait moins du mystère que de l’inconvenance. On ne ferme pas de l’intérieur la porte d’un homme qui n’est pas là. — Monsieur Eiffel ? demanda Émile. — À Levallois. Depuis avant-hier. Émile posa la main sur la poignée. Elle tourna dans le vide, retenue par le verrou. Il colla l’œil à la fente. Il ne vit rien qu’une pénombre bleutée, la lumière d’hiver filtrée par les vitres givrées, et, au ras du sol, une masse sombre qui ne bougeait pas. — Il y a quelqu’un, dit-il. — Je sais qu’il y a quelqu’un, répondit Delarue. C’est bien le problème. On enfonça la porte à trois. Le battant était de bon chêne, la serrure honnête, et il fallut que Delarue y mît deux fois l’épaule pour que le chambranle cédât avec un craquement qui parut, à cette hauteur, obscène. Le verrou tint jusqu’au bout ; il ne sauta pas, il arracha le bois. Émile le nota, parce qu’il notait tout : le verrou était bien tiré, le pêne bien engagé dans la gâche, et ce fut la gâche qui lâcha, pas le verrou. La porte avait été fermée par quelqu’un qui se trouvait dans la pièce. L’appartement les reçut avec son odeur de neuf : la peinture fraîche, le vernis du parquet, la sciure fine qu’on n’avait pas fini de balayer, et par-dessous, ténue, une odeur de suif éteint. Il faisait presque doux là-dedans, à l’abri du vent, une douceur trompeuse de pièce close. Les lambris n’étaient posés qu’à moitié. Contre le mur, un fauteuil sous une housse. Une table de travail, un guéridon, des caisses encore clouées. Dans l’angle, un instrument de cuivre monté sur trépied ronronnait doucement, une aiguille griffant sans fin un cylindre – un des appareils dont monsieur Eiffel truffait le sommet pour interroger le vent, et qui, indifférent aux affaires des hommes, continuait de mesurer. Et sur le parquet neuf, devant la cheminée éteinte, un homme était couché sur le flanc, une jambe repliée, un bras sous lui, comme un dormeur tombé du lit. Émile s’agenouilla. Il ne toucha rien. Il regarda. L’homme avait la quarantaine, des mains larges, calleuses, marquées aux jointures – des mains de riveteur, qui connaissaient le marteau et la bouterolle. Il portait la vareuse et le pantalon de gros drap des monteurs, mais sous la vareuse, un col propre, presque soigné. Sa tempe, contre le parquet, avait saigné peu, une flaque brune déjà figée, pas plus large qu’une soucoupe. Ses yeux étaient ouverts et fixaient la plinthe avec une attention que la mort n’avait pas eu le temps de défaire. — Vous le connaissez ? demanda Émile. Delarue le regarda longuement. Grégoire, derrière, se frottait toujours les mains. — Non, dit le chef de chantier. Et ça, c’est le second problème. Deux mille cinq cents hommes étaient passés par ce chantier depuis trois ans. Delarue les connaissait comme un berger connaît ses bêtes, à la démarche, à l’accent, à la façon de tenir un rivet au bout de la pince.
Meurtre à la Tour Eiffel par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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