Thriller et policier
La victime tenait une galerie d'art dans l'Intra-Muros. Son mari signale la disparition avec vingt-quatre heures de retard. Sa sœur pleure — beaucoup. Un visiteur en costume fréquentait la galerie sans que personne connaisse son nom. Une annexe pneumatique noire a été vue à la cale de Dinan, de nuit, cap sur l'île.
L'enquête avance par reconfigurations successives. Chaque vérité dévoilée en recouvre une autre. Les mensonges s'empilent, les alibis se fissurent, et une boîte en laque Napoléon III achetée chez l'antiquaire voisine trace un chemin que personne n'attendait.
Le coupable désigné par tous est peut-être le seul innocent.
Meurtre à Saint-Malo
Un thriller domestique où les secrets de famille se brisent sur les rochers de Cézembre
Format broché
14,90 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Saint-Malo, juin 2025. Un ornithologue découvre le corps d'une femme en robe de soirée sur l'île de Cézembre, zone interdite, parmi les cormorans qui ne se sont pas envolés. Pieds nus. Poignets marqués. Aucun papier d'identité.La victime tenait une galerie d'art dans l'Intra-Muros. Son mari signale la disparition avec vingt-quatre heures de retard. Sa sœur pleure — beaucoup. Un visiteur en costume fréquentait la galerie sans que personne connaisse son nom. Une annexe pneumatique noire a été vue à la cale de Dinan, de nuit, cap sur l'île.
L'enquête avance par reconfigurations successives. Chaque vérité dévoilée en recouvre une autre. Les mensonges s'empilent, les alibis se fissurent, et une boîte en laque Napoléon III achetée chez l'antiquaire voisine trace un chemin que personne n'attendait.
Le coupable désigné par tous est peut-être le seul innocent.
Extrait
C’est Jardy qui m’a appelé ce matin-là. Il devait être six heures, peut-être un peu plus tôt. Je ne suis plus très sûr. Ce dont je me souviens, c’est que mon téléphone vibrait sur la table de nuit et que la lumière n’entrait pas encore par la fenêtre de l’hôtel. Ou si, peut-être qu’elle entrait, une lumière grise, sans engagement, une lumière de juin qui ne se prononce pas. — Il y a un corps sur Cézembre, a dit Jardy. Il avait cette voix du matin que je lui connaissais, très calme, à peine plus basse que d’habitude, comme si annoncer la découverte d’un cadavre ne méritait pas qu’on modifie le registre. J’ai enfilé un pantalon, une veste, et je suis sorti. Saint-Malo dormait encore. Les remparts se découpaient contre un ciel couleur d’étain. Je me suis demandé, en marchant vers le port, pourquoi Jardy m’avait appelé moi, et je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante. Peut-être qu’il n’y en avait pas. Peut-être que Jardy appelait les gens comme on ouvre une fenêtre — pour laisser entrer un regard de plus. La vedette nous attendait à la gare maritime de la Bourse. Un bateau de la gendarmerie maritime, blanc et bleu, qui tanguait doucement contre le quai. Jardy était déjà là, debout près de la proue, les mains dans les poches de son imperméable. Il m’a fait un signe de tête. Sa calvitie brillait sous la lumière du matin — chauve sur le dessus, les tempes grises et fournies, comme s’il avait décidé de concentrer ce qui lui restait de cheveux sur les côtés, par souci de symétrie. Il ne m’a rien dit de plus que ce qu’il m’avait dit au téléphone. Un corps. Cézembre. Un ornithologue bénévole avait fait la découverte. La traversée dure une quinzaine de minutes par temps calme. Ce matin-là, la mer était d’un gris très doux, presque laiteux, et la brume enveloppait tout — les remparts derrière nous, le Fort National sur notre gauche, le Fort du Petit Bé un peu plus loin, et devant, quelque part dans cette grisaille, l’île de Cézembre qui n’apparaissait pas encore. Il y avait une odeur de gazole et de varech mêlés, et le bruit régulier du moteur, et rien d’autre. Jardy regardait droit devant. Je me suis demandé à quoi il pensait. Probablement à rien. Jardy possédait cette capacité rare de ne pas penser quand il n’y avait rien à penser — une forme de discipline mentale que je lui enviais sans jamais y parvenir. L’île est apparue progressivement, par fragments, comme une photographie qui se développe. D’abord la masse sombre des rochers au nord, puis la végétation rase du sommet, puis la cale au sud, et enfin le phare — ou plutôt ce qu’il en reste, un fût trapu surmonté d’une lanterne rouge, posé là comme une balise de détresse que personne n’aurait pensé à éteindre1. Un garde du littoral nous attendait sur la cale. Un homme jeune, barbe courte, veste technique kaki, qui avait l’air de quelqu’un qu’on a tiré du lit pour de mauvaises raisons. Il nous a serré la main sans rien dire et nous a conduits vers le sentier. Le sentier balisé longe la partie sud de l’île. Il est clôturé de part et d’autre par des fils de fer et des piquets de bois — un balisage modeste, presque dérisoire, qui trace une frontière entre ce que l’homme a le droit de fouler et ce qu’il doit laisser aux oiseaux. La baignade est autorisée dans la partie sud, la seule accessible. Tout le reste — le nord, les falaises, les colonies — est interdit. Interdit aux navires dans une bande de cent mètres autour de l’île, interdit aux pêcheurs, interdit aux plongeurs, interdit à quiconque ne porte pas de plumes2. L’ornithologue nous attendait au bout du sentier, là où la clôture s’arrête et où commence la zone nord. Un homme d’une cinquantaine d’années, sec, bronzé, avec des jumelles autour du cou et une veste sans manches couverte de poches. Il s’appelait Kerrien, il me semble. Ou Kerviel. Un nom breton en tout cas, avec des consonnes qui raclaient un peu. Il avait les mains qui tremblaient — pas de froid, de quelque chose d’autre. Il a expliqué à Jardy qu’il venait tous les quinze jours vérifier l’état des colonies de cormorans huppés dans la zone nord, avec une autorisation spéciale du Conservatoire du littoral. Il comptait les nids, notait les comportements, photographiait les poussins.