Thriller et policier
Un deuxième corps. Une autre église. Des bougies noires disposées en cercle. Et des témoins qui décrivent, sur le Pont Vieux, une silhouette en cotte de mailles qui ne produit aucun bruit de pas sur les pavés.
L'enquête descend sous les pierres de la ville — sous la cathédrale, sous les siècles, sous ce que la raison peut admettre. Un manuscrit enfoui. Un restaurateur de fresques dont les mains ne tremblent jamais. Une libraire qui parle des morts comme si elle les connaissait.
À Béziers, le massacre de 1209 n'a jamais vraiment cessé. Quelqu'un s'en souvient. Quelqu'un s'en souvient trop bien.
Meurtre à Béziers
Un thriller policier aux frontières du surnaturel dans le Languedoc cathare
Format broché
14,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Béziers, juillet 2025. Un homme est retrouvé décapité dans la crypte de la basilique Saint-Aphrodise, la tête posée entre ses mains. Sur le mur, une inscription en occitan médiéval — une langue que plus personne ne parle depuis huit siècles.Un deuxième corps. Une autre église. Des bougies noires disposées en cercle. Et des témoins qui décrivent, sur le Pont Vieux, une silhouette en cotte de mailles qui ne produit aucun bruit de pas sur les pavés.
L'enquête descend sous les pierres de la ville — sous la cathédrale, sous les siècles, sous ce que la raison peut admettre. Un manuscrit enfoui. Un restaurateur de fresques dont les mains ne tremblent jamais. Une libraire qui parle des morts comme si elle les connaissait.
À Béziers, le massacre de 1209 n'a jamais vraiment cessé. Quelqu'un s'en souvient. Quelqu'un s'en souvient trop bien.
Extrait
Le train est arrivé à Béziers à 11h07. Ou peut-être 11h12 — je ne suis plus très sûr, parce que j’avais cessé de regarder l’heure quelque part après Sète, absorbé par le reflet de l’étang de Thau dans la vitre et par cette couleur d’eau qui n’est ni bleue ni verte, un gris de nacre que je n’ai jamais su nommer. Le quai était désert. Un panneau indiquait la sortie d’un côté et, de l’autre, les correspondances pour Narbonne et Perpignan, mais personne ne semblait vouloir aller nulle part. Il faisait déjà très chaud. J’avais un sac de voyage et rien d’autre. Jardy m’avait appelé le matin même, à sept heures, ce qui en soi constituait un événement — Jardy n’appelle jamais à sept heures du matin, il n’appelle presque jamais d’ailleurs, et quand il le fait c’est avec la parcimonie d’un homme pour qui chaque mot coûte quelque chose. Il avait dit : « J’aurais besoin que tu viennes à Béziers. » Pas : « Est-ce que tu pourrais venir à Béziers ? » Pas : « Ça t’arrangerait de passer ? » Non. « J’aurais besoin. » Le verbe était choisi. J’avais pris le premier train depuis Montpellier sans poser de question. La gare donnait sur une avenue large qui descendait en pente douce vers ce que je supposais être le centre-ville. Il y avait des platanes — il y a toujours des platanes dans le Midi, c’est une constante aussi fiable que le mistral ou l’accent, sauf que le mistral ce jour-là avait renoncé à souffler et l’accent, je n’avais encore entendu personne parler. La ville semblait vidée. La chaleur, sans doute — cette chaleur de début juillet qui tombe sur les villes du sud comme un couvercle et sous laquelle tout se fige, les volets se ferment, les rues se vident, les chats cherchent l’ombre sous les voitures. Un ciel blanc, sans relief, sans nuage identifiable, juste une blancheur uniforme qui donnait à la lumière quelque chose de chirurgical. J’ai descendu l’avenue. À ma droite, un boulevard portait le nom du maréchal Foch, ce qui ne m’a rien appris sur la ville mais beaucoup sur l’époque où l’on baptisait les rues. Un peu plus bas, j’ai débouché sur les allées Paul-Riquet.1 Je ne connaissais pas Béziers. J’étais passé en voiture, une fois, il y a longtemps, sur l’autoroute, et je me souvenais vaguement de la cathédrale perchée sur sa colline au-dessus du fleuve — une silhouette massive, un peu menaçante, qu’on apercevait depuis l’A9 avant qu’elle disparaisse derrière les panneaux publicitaires. Rien d’autre. Les allées Paul-Riquet formaient un rectangle allongé, bordé de platanes et d’hôtels particuliers aux façades ocre et crème, certaines magnifiques, d’autres fatiguées. Au milieu, une statue de bronze représentait un homme debout, le bras tendu, le regard tourné vers l’ouest. Riquet, le bâtisseur du Canal du Midi. Je me suis arrêté devant la statue. Riquet avait l’air déterminé de ceux qui ont passé vingt ans à creuser un canal de deux cent quarante kilomètres à la pelle et à la pioche sans que personne ne croie qu’ils y arriveraient. Il avait l’air d’un homme qui n’avait pas le temps de douter. C’est une qualité que je ne possède pas. Les terrasses de café étaient presque vides. Quelques personnes assises sous les parasols, immobiles, des verres d’eau devant elles. Un serveur essuyait une table sans conviction. Le théâtre municipal, sur la gauche, offrait une façade ornée de bas-reliefs dont je n’ai pas distingué les détails — la lumière était trop violente, elle aplatissait les volumes et transformait la pierre en surface blanche. Je me suis demandé ce que faisaient les gens de Béziers à onze heures du matin un lundi de juillet, et la réponse, manifestement, c’était : rien du tout, ou alors rien de visible. J’ai remonté vers la ville haute. Les rues se sont resserrées. Le bitume a laissé place à des pavés inégaux, les façades se sont rapprochées, les volets ont pris des couleurs de rouille et de vert éteint. Il y avait du linge suspendu à des fenêtres, un scooter garé sur un trottoir trop étroit pour qu’on puisse passer à côté, une odeur de pierre chaude mêlée à quelque chose de plus doux — du jasmin, peut-être, ou un reste de lessive. La pente était rude. Je montais sans plan, guidé par la masse de la cathédrale qui apparaissait et disparaissait entre les toits au gré des tournants. Rue de la Citadelle. Le nom était gravé dans la pierre au coin d’un mur, à demi effacé par le temps.