Thriller et policier
Meurtre à Chamonix
Une mort en chambre close et une famille pleine de secrets
Format broché
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Format Kindle
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Présentation
Fin janvier, un chalet isolé au pied de l'aiguille du Midi. Une famille s'y réunit pour quelques jours de neige, loin de tout. Au deuxième matin, on retrouve le gendre sans vie dans la salle de bain. La porte était verrouillée de l'intérieur, la fenêtre gelée. Un accident, conclut le médecin. Personne ne le contredit à voix haute. Pourtant, autour de la longue table, chacun baisse les yeux, et la vieille gardienne du chalet ne dit rien. Il y a ce dîner laissé froid, ce cristal qu'on ne déplace jamais sur la cheminée, ces traces de pas qui se croisent dans la neige, et, plus haut, le glacier qui commence à rendre ce qu'il avait pris. Dans cette vallée, on n'enterre rien pour toujours. La montagne finit toujours par rendre ses morts.Extrait
À seize heures quarante, la température au hameau des Pèlerins avait chuté de quatre degrés en une demi-heure, et la neige, qui jusque-là hésitait, se mit à tomber pour de bon. Elle descendait droit, sans vent, avec cette application silencieuse des chutes qui durent. En haut, quelque part au-dessus des sapins noyés de blanc, le téléphérique de l’aiguille du Midi avait cessé de tourner pour la journée ; sa dernière cabine était redescendue vide, et la montagne, privée de ses touristes, avait repris son air de chose qui n’attend personne. La route qui grimpait de Chamonix vers les Pèlerins avait été déblayée le matin, puis reprise par la neige, si bien qu’on y roulait au pas, dans deux ornières grises qui se refermaient derrière chaque voiture. De part et d’autre, les chalets s’espaçaient, chacun tapi sous son toit lourd, chacun tournant vers la vallée ses fenêtres allumées comme autant de petits foyers accrochés à la pente. Plus haut, la paroi montait droit dans le ciel qui s’assombrissait, et l’on devinait, plutôt qu’on ne les voyait, les arêtes qui portent les cabines l’été et que l’hiver rend au silence. Le chalet Le Four du Cristal attendait, lui. On avait allumé toutes ses fenêtres, ce qui, de la route, lui donnait la mine chaleureuse et légèrement hypocrite des maisons qu’on prépare pour recevoir. Solange Charlet se tenait sur le seuil, droite dans un manteau de laine grise, et regardait la première voiture s’engager dans le chemin. À soixante-dix-neuf ans, elle avait la maigreur des femmes que la vie n’a pas usées mais taillées, et une immobilité qui, chez d’autres, aurait passé pour de la fatigue. Chez elle, c’était une manière de tenir le monde à distance polie. Elle avait vu naître la plupart de ceux qui montaient vers elle ; elle les attendait sans impatience, comme on attend une saison dont on connaît d’avance le goût. La première voiture apporta les Parisiens. Hélène en descendit la première, sa fille, cinquante ans passés, avec ce sourire qu’elle avait appris à Paris et qu’elle n’avait jamais tout à fait rapporté dans la vallée – un sourire qui prévenait les reproches avant qu’on les formule. Elle embrassa sa mère en parlant du col, de la route, du verglas qu’on leur avait annoncé et qu’ils avaient évité, comme si l’itinéraire était une chose dont on pouvait tirer gloire. Elle parlait pour ne pas laisser le silence s’installer, parce que le silence, entre elle et sa mère, avait toujours été un terrain miné. Puis vint Damien. Damien Fauconnier avait cinquante-trois ans et l’allure d’un homme qui n’en aurait jamais tout à fait cinquante-quatre. Il descendit du côté conducteur, contourna la voiture d’un pas souple, et fut auprès de Solange avant qu’elle eût le temps de s’avancer, lui prenant les deux mains dans les siennes avec une chaleur si exactement dosée qu’on aurait pu la mesurer. — Solange. Vous nous avez fait un temps de carte postale. Il embrassait bien, remerciait juste, portait les valises sans qu’on le lui demande. Il avait cette élégance discrète des hommes qui savent que le luxe le plus sûr est celui qu’on ne montre pas, et son manteau, sobre, sombre, valait sans doute plus que le break de Marc. C’était un gendre parfait, et il y avait dans cette perfection quelque chose d’aussi lisse et d’aussi froid que le verglas qu’on venait précisément d’éviter – une surface sans aspérité où le regard glissait sans trouver prise. Solange le laissa lui embrasser la joue et pensa, comme chaque fois, qu’elle n’avait jamais réussi à savoir ce qu’il y avait derrière. Vingt ans qu’il entrait dans sa famille et dans sa maison ; vingt ans qu’elle le remerciait ; vingt ans qu’elle attendait, sans se l’avouer, de le prendre en défaut d’une chose, une seule, et qu’elle attendait en vain. Camille sortit la dernière, capuche relevée, vingt-quatre ans, le téléphone encore à la main. Elle regarda le chalet, la neige, sa grand-mère sur le seuil, et sentit ce qu’elle sentait toujours en arrivant ici : qu’une part d’elle appartenait à cet endroit, aux odeurs de bois et de pierre froide, aux montagnes qui vous font tout petit, et qu’une autre part, celle qui avait grandi entre deux gares et un appartement parisien, n’y remettrait jamais tout à fait les pieds. — Bonjour, mémé. Solange lui tint le menton une seconde, l’examina comme on examine un ciel. — Tu as maigri. On te nourrira. Les autres arrivèrent par petits paquets, dans le froid qui montait avec le soir.