Thriller et policier
Été meurtrier à Hossegor
Un thriller domestique haletant où la villa de vacances se referme comme un piège et chaque proche devient un suspect
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Et si l'accident n'en était pas un ? Une villa louée au bord du lac d'Hossegor, une famille réunie pour les vacances, trois générations sous le même toit. Au matin, le jardinier est retrouvé noyé dans la piscine. La gendarmerie conclut à un accident : un homme seul, l'alcool, la nuit. Hélène, elle, n'y croit pas. Un verre lavé quand toute la vaisselle traîne encore, un téléphone introuvable, des silences qui ne collent pas. À mesure qu'elle interroge les siens, la famille qu'elle pensait connaître se défait. Chacun cache quelque chose : une dette, une menace, une dispute, un passé. Et chaque secret, soudain, ressemble à un mobile. Dans cette maison où l'on continue de rire et de se baigner à quelques mètres d'un mort, Hélène remonte un à un les fils d'une nuit d'orage qui n'a pas éclaté. Plus elle approche de la vérité, plus celle-ci devient difficile à regarder en face. Car le coupable n'est pas venu du dehors. Il dort sous le même toit, s'assoit chaque soir à la même table, et porte un visage qu'elle aime. Jusqu'où iriez-vous pour protéger les vôtres ?Extrait
À dix-sept heures, la route des Lacs sentait la résine chauffée et le goudron amolli. Hélène conduisait vitres baissées, un bras pendant au-dehors, dans cette torpeur d’arrivée où l’on n’est déjà plus tout à fait au travail sans être encore en vacances. Les pins montaient droit, très haut, troncs roux écaillés de gris, et entre eux filaient des éclats de toits blancs et de volets verts. L’air entrait par bouffées tièdes, chargé de sel et de fougère, et l’on devinait l’océan tout proche sans le voir encore, cette présence lourde au bout des avenues — des avenues qui portaient ici des noms d’arbres, d’oiseaux et d’écrivains1, comme si la station tout entière avait été tracée par un poète distrait qui aurait confondu un plan de ville et un herbier. — Maman, demanda Lou depuis la banquette arrière, c’est encore loin ? — On y est presque. — Tu as dit ça il y a une heure. — Et c’était vrai il y a une heure aussi. À côté d’elle, Marc eut un demi-sourire sans lever les yeux de son téléphone, et ce demi-sourire fut, depuis Ville-d’Avray, la chose la plus chaleureuse qu’il lui eût accordée. Hélène ne releva pas. On apprend, dans un couple, à faire provision des demi-sourires. Noé, lui, dormait la bouche ouverte, cinq ans abandonnés à la confiance des enfants qu’on transporte. Devant eux roulait le break de ses parents. On reconnaissait Valou à sa queue-de-cheval argentée qui dépassait de l’appuie-tête, et Olivier à sa façon de tenir le volant des deux mains, en sportif méthodique, comme s’il s’agissait moins de conduire que de ne rien laisser au hasard. Derrière suivaient les deux autres voitures, Sébastien et Karine avec leurs trois enfants, Thomas et Inès — un convoi qui s’étirait sur la départementale, klaxonnait aux ronds-points, se perdait aux feux et se retrouvait aux carrefours, comme une idée qu’on a du mal à rassembler. La villa attendait au bout d’une allée de gravier, sous les pins, et elle arracha à Lou un silence respectueux. Blanche, vaste, coiffée de tuiles rondes, percée d’arches en plein cintre et d’œilletons qui regardaient le jardin comme des yeux mi-clos, elle tenait à la fois de la ferme basque et de la villa méditerranéenne, dans ce style un peu fier que la côte avait adopté entre les deux guerres2. Les volets, vert sombre, étaient ouverts. Devant, une piscine longue luisait, d’un bleu trop sage, et tout au fond du jardin un homme rangeait des transats, dos courbé, sans se retourner. — C’est immense, souffla Lou. — C’est cher, corrigea Marc. — C’est généralement lié, dit Hélène. À l’intérieur, le hall ouvrait sur un grand salon dont le sol était dallé de noir et de blanc, en damier, et les enfants s’y lancèrent aussitôt dans une marelle improvisée pendant que les adultes traînaient les valises. Hélène posa la sienne, leva les yeux vers la cheminée blanche sculptée, les canapés mauves, les fauteuils de cuir orange disposés autour d’une table basse, et songea que la maison ressemblait à ces gens qui ont beaucoup de goût et personne à qui le montrer : tout y était choisi, rien n’y était vécu. Valou parut, les bras chargés de draps, rayonnante. Sa mère était belle, et le savait sans en faire commerce : la soixantaine hâlée, sèche, dessinée par le sport et le sel, des lunettes rondes posées sur un sourire qui semblait toujours arriver une seconde avant les autres. — Toi, ma grande, tu prends la chambre jaune, à l’étage, décréta-t-elle après l’avoir embrassée trois fois. Marc ronfle, il sera mieux au bout du couloir. — Je ne ronfle pas, dit Marc, qui entrait avec deux valises. — Bien sûr que non, mon chéri. Personne ne ronfle. C’est la maison qui respire. Olivier surgit derrière elle, un carton de bouteilles sous le bras, t-shirt bleu et lunettes noires, mince comme un coureur de fond ; il avait eu soixante-dix ans au printemps, mais quelqu’un avait dû oublier de le prévenir. — Alors, dit-il en soulevant Noé encore chiffonné de sommeil, on a trouvé sans GPS ? — Tu nous as fait un itinéraire de douze pages, papa. — Onze. La douzième, c’était les restaurants. On ne mélange pas la logistique et le plaisir. Il riait de tout, Olivier — sauf quand on touchait à Valou ; là, son humour se rangeait comme un outil qu’on remet à sa place. Hélène ne l’avait jamais formulé ainsi, mais elle le savait, de cette science qu’on a des siens sans avoir eu à l’apprendre.