Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Un meurtre so british — Rosie Penhallow — Éditions Revolu
Thriller et policier

Un meurtre so british

Une enquête en Cornouailles pleine d'humour et de fausses pistes

Pages 149
Langue Français
ISBN 9798181566668
Parution 14/06/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Que vient faire une productrice de fraises bretonne dans un paisible village de Cornouailles, en pleine fête de l'été ? Armelle Quéméneur n'était venue que pour rendre visite à une vieille cousine et découvrir le pays de sa mère. Mais le matin du grand concours du village, entre les confitures, les roses et les potirons géants, le président du jury s'effondre devant sa tasse de thé. Un malaise, conclut tout le monde. Le constable classe l'affaire. Armelle, elle, a senti quelque chose que personne d'autre n'a remarqué. Alors, armée de son franc-parler breton et d'un flair qui agace autant qu'il intrigue, elle se met à poser les questions que la politesse anglaise interdit. Thé contre café, tact contre rentre-dedans : à chaque pas, les bonnes manières so british se cognent à une enquêtrice qui n'en a aucune. Et derrière les sourires polis, les rancunes anciennes et les secrets de tout un village remontent à la surface. Entre fausses pistes, alibis trop parfaits et quiproquos franco-anglais, la vérité se cache là où on l'attend le moins.

Sommaire

Une lettre des Cornouailles
De l’autre côté de la Manche
Le Show de Tremorna
Veille de fête
La tasse renversée
The French woman écoute
Les registres du Show
Le thé de Cynthia
Ce qu’on cache au village
Le potiron de Joss
Le miel qui n’était pas le bon
Le champ qu’on allait vendre
Par marées
Le dernier rocher
La question de trop
Le thé des aveux
Ce que la combe a gardé
Retour à Plougastel

Extrait

La dernière cueille de la saison sentait déjà l’automne. Armelle le savait à l’odeur : en juin, la gariguette embaumait le sucre franc et la chaleur ; fin août, elle gardait un fond de terre humide, comme si le fruit pressentait la fin et s’y résignait. Elle remonta le rang à genoux, la barquette calée contre la hanche, le pouce et l’index tournant chaque fraise d’un geste appris à six ans – pas tirer, tourner – et déposa les dernières belles dans le cageot du samedi. Au bout du rang, Goémon montait sa garde habituelle, museau bas, l’air de soupçonner chaque feuille de dissimuler un fruit qu’on lui devait. — Tu as eu ta part hier, lui dit-elle sans lever les yeux. Et avant-hier. L’épagneul détourna la tête avec la dignité offensée d’un douanier qu’on accuse à tort. C’était l’heure qu’Armelle préférait, et celle qui, depuis quarante ans, la prévenait que l’été basculait. Les rangs commençaient à s’éclaircir, les feuilles rougissaient par le bord, et le travail changeait de nature : on ne récoltait plus, on rangeait. Bientôt il faudrait pailler, tailler les filets, commander les plants de l’an prochain à Yvon, qui multipliait ses certifiés sur la parcelle plein sud. La rade de Brest, en bas, virait au gris sous une brume qui ne se levait plus tout à fait. Une saison qui finit a toujours, pensait-elle, un goût de chose accomplie et de chose perdue, les deux ensemble, comme la dernière gariguette de l’année. Le facteur passa à neuf heures, comme toujours, et klaxonna deux coups depuis la route de Kerivin. Armelle s’essuya les mains à son tablier et descendit récupérer le courrier dans la boîte du portail. Factures, le bulletin de la coopérative, une publicité pour des serres tunnel qu’elle n’achèterait pas. Et une enveloppe bleu pâle, fine comme du papier à cigarette, couverte d’une écriture penchée qu’elle ne connaissait pas mais reconnut pourtant aussitôt. C’était l’écriture de sa mère. Ou presque. La même inclinaison anglaise, les mêmes boucles soignées, en plus tremblé. Le timbre venait du Royaume-Uni. L’adresse de l’expéditrice, au dos, tenait en trois lignes : Mrs L. Tregidga, Wisteria Cottage, Tremorna, Cornwall. Armelle resta un moment immobile devant la boîte aux lettres, l’enveloppe entre deux doigts. Tregidga. C’était le nom de jeune fille de Margaret. Elle l’avait entendu prononcer toute son enfance, brodé sur un mouchoir, gravé au dos d’une montre, mais jamais elle ne l’avait vu apparaître ainsi, vivant, sur une enveloppe, comme si la moitié anglaise de sa famille – cette contrée brumeuse dont sa mère parlait au passé, avec un mélange d’orgueil et de regret – venait soudain frapper à sa porte. Elle décacheta l’enveloppe à l’ongle, sur le pas du portail, sans attendre la cuisine. La lettre était écrite en français, un français lent et précieux, semé de mots anglais glissés là où la mémoire avait flanché. Ma chère Armelle, Tu ne me connais pas, mais je t’ai bercée. Je suis Loveday, la cousine de ta mère – la fille du frère de son père. Nous avons grandi ensemble à Tremorna, Margaret et moi, avant qu’elle ne s’en aille faire ce stage de conserverie en Bretagne et qu’elle n’en revienne jamais, mariée à ton père en trois semaines, ce qui avait fait scandale dans la famille et ravissement chez elle. J’ai quatre-vingt-trois ans, darling, et je m’aperçois que je suis la dernière. La dernière qui se souvienne de la voix de ta mère petite fille, la dernière qui ait encore, dans une armoire, des choses qui lui appartenaient. Un service à thé. Des lettres. Un carnet où elle notait ses recettes – sa marmelade, surtout, dont elle était si fière qu’elle refusait d’en donner le secret même à moi. Je ne voudrais pas que tout cela finisse chez un brocanteur quand je ne serai plus là. Ces choses sont à toi. Elles t’attendent. Viens donc à la fin du mois. C’est le week-end du Show – notre concours d’été, qui dure depuis cent ans et que tout le village prend bien plus au sérieux que les élections. Tu verras d’où tu viens. Tu boiras un vrai thé. Et tu emporteras ce qui te revient. Amène ton chien, si tu en as un. Margaret en avait toujours. Ta cousine qui t’aime sans t’avoir revue, Loveday Armelle lut la lettre deux fois.
Un meurtre so british par Rosie Penhallow - Éditions Revolu

Dans la même collection

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. En continuant à naviguer, vous acceptez notre politique de confidentialité.