Thriller et policier
Qui a tué Valérie ?
Un thriller à énigme au cœur de Rome
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Rome, une nuit de printemps. Valérie Cheviré descend d'un avion pour un dîner qu'elle attend depuis huit mois : un premier rendez-vous avec un homme rencontré en ligne. À la table réservée pour deux, la chaise d'en face reste vide. Elle rentre seule à son hôtel. Au matin, on la retrouve morte dans sa chambre. Le cœur, dit-on. À cet âge, cela arrive. Claire Lombard, légiste de passage, loge au même étage. Un téléphone à portée de main, sans appel passé. Un pilulier trop bien rangé. Un point minuscule au creux d'un bras. Rien qui suffise à rouvrir un dossier que deux pays préfèrent refermer. Il lui reste une nuit avant que le corps ne reparte, et une certitude que personne ne veut entendre : ce n'est pas le cœur de cette femme qui a lâché.Extrait
À dix-neuf heures quarante, la lumière d’avril quittait Rome par le haut des façades, et Valérie Cheviré, assise seule à une table dressée pour deux, regardait le couvert d’en face rester intact. La trattoria occupait un angle de la via della Scala, à Trastevere1, là où les pavés luisaient encore de l’arrosage du matin. On y entrait par une porte basse, on y respirait l’ail, le romarin et la fumée d’un four qu’on ne voyait pas. Le patron lui avait donné la meilleure place, celle du coin, d’où l’on surveille la salle et la rue. Il avait posé deux verres, deux serviettes, deux menus, avec cette délicatesse méridionale qui suppose toujours qu’une femme seule attend quelqu’un. Elle attendait quelqu’un. Huit mois qu’elle l’attendait, à vrai dire. Huit mois de messages échangés le soir, quand le cabinet fermait et que la maison se vidait de ses urgences domestiques. Lorenzo écrivait bien. Il posait les bonnes questions, se souvenait des réponses, ne se plaignait jamais. Un architecte, disait-il, franco-italien, partagé entre Rome et une enfance à Lyon. Il avait ce ton mesuré qu’elle reconnaissait chez les hommes qui n’ont plus rien à prouver. Elle avait fini par le croire, et se croire elle-même : à cinquante-quatre ans, on pouvait encore prendre un avion pour un premier dîner. Elle commanda un verre de frascati2 et le fit durer. Les tables se remplirent. Un couple de jeunes mariés qui se photographiaient l’un l’autre au-dessus des assiettes, une tablée d’Allemands rougeauds, deux vieux qui jouaient aux cartes sans rien manger, avec l’aplomb de ceux qui ont une place à vie. La serveuse repassa, sourit, n’osa pas encore débarrasser le second couvert. Valérie la remercia du regard de ne pas oser. Elle se surprit à observer la salle comme elle observait une salle d’attente, un lundi matin, avant de faire entrer le premier patient : qui souffre, qui feint, qui attend une bonne ou une mauvaise nouvelle. Déformation du métier. On ne regarde plus les gens, on les ausculte. Elle avait passé vingt-cinq ans à écouter des corps et des vies qui n’étaient pas les siens, à porter la maladie des autres du matin au soir, et le soir, chez elle, à porter encore celle de ses parents, les ordonnances de sa mère, les chutes de son père. On l’appelait dévouée. C’était un mot qu’on donne aux femmes pour qu’elles continuent. Son mari était mort six ans plus tôt, d’un cancer qu’elle avait su lire avant tout le monde et que personne, elle comprise, n’avait pu retenir. Depuis, elle avait été la mère, la fille, la doctoresse, tout ce qui se conjugue au service d’autrui. Ce voyage, ce dîner pour deux dans une trattoria de Trastevere, était la première chose qu’elle faisait pour elle seule depuis très longtemps, et cela lui donnait le vertige léger d’une écolière qui sèche un cours. À cinquante-quatre ans, elle avait osé prendre un avion pour un homme. Thibault en avait été gêné ; elle l’avait vu détourner les yeux quand elle riait, le soir, devant son téléphone. Les enfants pardonnent mal à leur mère de redevenir une femme. À vingt heures dix, le téléphone vibra. Empêchement de dernière minute. Un rendez-vous professionnel qui déborde, une signature qu’il ne pouvait pas remettre. Il était désolé, il l’était vraiment, il se sentait ridicule. Demain, sans faute. Il connaissait un endroit sur le Janicule d’où l’on voyait toute la ville ; il l’y emmènerait à midi. Valérie relut le message deux fois. La déception vint, nette, puis se retira comme une vague sur laquelle on ne s’attarde pas. Elle était médecin. Elle savait ce qu’était un rendez-vous qui déborde, une urgence qui se moque des projets. Elle avait annulé assez de dîners dans sa vie pour ne pas en vouloir à un homme d’en annuler un. Elle répondit qu’elle comprenait, que demain lui allait très bien, qu’elle profiterait de sa soirée. Elle ajouta un point, pas de point d’exclamation. Elle n’était pas d’humeur à mimer un entrain qu’elle n’avait pas. — Il ne viendra pas, dit-elle à la serveuse. Je vais dîner quand même. Elle mangea des artichauts à la romaine et un plat de pâtes dont elle ne retint pas le nom, but un second verre, laissa le couvert d’en face où il était. Curieusement, l’absence de Lorenzo ne creusa pas la soirée. Elle regarda Rome faire ce que Rome fait le soir : sortir dans la rue, parler fort, s’embrasser sur les places.