Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Qui a tué Nathalie ? — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Qui a tué Nathalie ?

Un thriller psychologique à énigme dans la chaleur d'une casa-palacio de Séville

Pages 145
Langue Français
ISBN 9798185029770
Parution 30/06/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Séville, plein été. Quarante et un degrés sur les ruelles de Santa Cruz, et une fraîcheur d'eau au fond d'une casa-palacio louée pour une semaine. Onze collègues d'une petite maison de gestion y sont venus clore l'année, entre les orangers du patio et le murmure de la vasque. Parmi eux, Nathalie, qui note tout deux fois et ne se trompe jamais. Au matin du cinquième jour, on la retrouve dans le bassin. Le médecin parle d'accident : la chaleur, les somnifères, une nuit sans sommeil. Une seule personne dit non. Cette nuit-là, tout le monde était au concert, dans les jardins de l'Alcázar. Un message est parti du téléphone de Nathalie à minuit quarante. Et lundi, elle devait parler. Onze alibis. Une morte qui n'approchait jamais l'eau. Dans la ville qui a pesé l'or de deux mondes, quelqu'un avait un dernier compte à régler.

Extrait

Le 18 juillet, à dix-sept heures, le thermomètre de la pharmacie qui faisait l’angle de la Calle Mateos Gago indiquait quarante et un degrés, et le Callejón del Agua, lui, restait frais comme une cave. La ruelle longeait les murailles de l’Alcázar sur une centaine de mètres à peine, si étroite que deux personnes s’y croisaient en se frôlant, et les façades chaulées y gardaient l’ombre comme on garde un secret. Nathalie Lefort y posa son sac de voyage, leva la tête vers la bande de ciel blanc coincée entre les toits, et pensa que cette ville avait dû apprendre depuis longtemps à se défendre de son propre soleil.1 Le taxi les avait lâchés au bout de la Calle Mateos Gago, là où les voitures renoncent et où la vieille ville se referme sur le piéton. Ils avaient achevé le trajet à pied, en file indienne, traînant leurs valises sur les pavés inégaux, dépassés par des touristes en sandales et des serveurs qui portaient des plateaux comme des reliques. La chaleur, à découvert, tombait droit et pesait sur les épaules ; puis l’on tournait dans la ruelle, et c’était comme entrer dans l’eau. Ils étaient onze. La société de gestion Méridienne Patrimoine n’avait jamais dépassé la vingtaine de salariés, et pour son séminaire de clôture annuelle, elle avait envoyé presque toute sa maison à Séville, frais de mission et nuits d’hôtel troqués contre la location d’une casa-palacio que Vincent Lhermitte jurait avoir dénichée pour une bouchée de pain. Il y avait là Hubert Vasseur, le fondateur, qui marchait désormais en s’appuyant sur tout ce qui dépassait – un mur, une épaule, une rampe –, et qui pourtant continuait de parler comme si la maison entière reposait sur ses seules vertèbres. Il y avait Karine Delaune, qui ne s’appuyait sur personne et le faisait savoir, droite dans sa robe claire, le menton offert au soleil comme à un adversaire qu’on toise. Marc-Antoine Bréval, le directeur administratif, dont le costume de lin se froissait déjà aux coudes, et qui souriait de cette façon précise qu’ont les hommes patients quand la patience leur coûte le prix fort. Léa Mercier, l’assistante, qui comptait les têtes par réflexe et tendait les billets de train avant même qu’on les réclamât. Florence Quirot, la contrôleuse de gestion, petite, ronde, l’œil rapide et la bouche prudente, qui comptait autre chose que les têtes. Deux gestionnaires plus jeunes que personne ne distinguait encore tout à fait l’un de l’autre, et qui semblaient l’avoir accepté. Un commercial qui parlait fort pour combler les silences, et qu’aucun silence n’arrêtait jamais. Nathalie. Et Vincent, qui ouvrait la marche dans la ruelle comme s’il rentrait chez lui après une absence un peu longue. La porte de la casa était basse, cloutée, percée d’un judas à hauteur d’homme. Vincent y composa un code sur un petit boîtier noir, sans hésiter, sans chercher des yeux, comme on tape un numéro qu’on a fait mille fois, et le lourd battant céda sur une fraîcheur soudaine, une odeur d’eau et d’oranger amer. Le patio s’ouvrit devant eux comme une récompense qu’on n’aurait pas méritée. Quatre galeries de colonnes torses, un dallage de marbre usé jusqu’au velouté, et au centre une vasque ronde où l’eau débordait sans bruit sur une rigole creusée à même la pierre. Le vacarme de la ville s’éteignit d’un coup, comme on coupe une radio en pleine phrase. On n’entendit plus que l’eau, le froissement d’un palmier en pot, et le pas feutré d’une femme en tablier sombre qui s’avançait pour les accueillir. — Bienvenidos, dit-elle. Je suis Rosario. Je m’occupe de la maison. Elle avait l’âge qu’on ne demande pas, un visage tanné comme un cuir de bonne fabrique, des mains larges et sèches, et elle parlait un français lent, appliqué, où chaque mot semblait avoir été poli avant d’être prononcé. Elle leur montra la vasque, leur recommanda de n’y point laisser traîner les téléphones ni les lunettes, puis désigna d’un geste une dalle plus claire à l’angle du patio. — Là-dessous, il y a l’aljibe. La citerne. Aussi vieille que les murs. Les anciens savaient garder l’eau au frais quand il faisait quarante degrés dehors. Nous, nous avons oublié, et nous avons mis la climatisation, qui tombe en panne dès qu’on en a besoin.2 — Et encore, la citerne est du quatorzième, pas du treizième, glissa Vincent. On confond toujours. Mais le principe vient bien des Arabes, et il vaut toutes les climatisations du monde.
Qui a tué Nathalie ? par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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