Thriller et policier
Qui a tué Isabelle ?
Thriller psychologique — un secret de famille
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Octobre, à Londres. Dans une vieille maison de tisserands de Spitalfields, Isabelle meurt trois jours après avoir rejoint la famille anglaise qu'un test génétique venait de lui révéler. Une chute dans l'escalier, la nuit. Un accident, conclut la police. Sa fille Camille arrive de France pour ramener un cercueil. Elle ne repart pas. Sur la table de nuit, un comprimé que sa mère n'oubliait jamais est resté intact. Au fond d'un tiroir, un châle d'enfant brodé de trois lettres. Et dans le salon, une famille qui sert le thé avec trop de douceur. Derrière les portes closes de Fournier Street dort un secret scellé depuis 1974, l'année de deux morts et d'une enfant effacée. Camille tire un fil. Chaque réponse ouvre une pièce plus sombre. Certaines vérités, dans cette maison, ont déjà tué pour rester enterrées.Extrait
À quinze heures dix, le soleil d’octobre tombait sur la brique de Fournier Street avec cette obliquité qui ne dure qu’une heure et qui donne aux vieux quartiers de Londres l’air d’avoir été repeints pour l’occasion. J’étais descendue à Liverpool Street une demi-heure plus tôt, ma valise roulant sur des trottoirs trop étroits pour elle, et j’avais remonté la rue en lisant les numéros à voix basse, comme on récite une adresse qu’on a peur d’oublier. J’avais cinquante-six ans et je remontais une rue de Londres vers des gens dont j’ignorais l’existence six mois plus tôt. On m’avait confiée à l’adoption à quatre ans, après l’accident, et le dossier qu’on m’avait remis une fois adulte tenait en trois lignes administratives : nés, morts, transférée. J’avais grandi à Annecy dans une famille qui m’avait aimée sans jamais combler le trou qu’on porte en soi quand on ignore de qui l’on tient ses mains, sa voix, sa façon de pencher la tête. Puis, un soir d’avril, un site de généalogie m’avait écrit qu’un échantillon de ma salive correspondait, à un degré que la machine jugeait certain, à une lignée anglaise. Un nom. Ashworth. J’avais cliqué, et la porte qu’un demi-siècle avait scellée s’était entrouverte sur cette rue, cette brique, ce soleil oblique. Crispin Whitlock attendait sous le porche du dix-sept. Je le reconnus avant de l’avoir vu, à la silhouette que je m’étais composée d’après ses lettres : un homme long, légèrement voûté, en veste de tweed couleur de feuille morte, qui tenait son parapluie comme un homme tient une canne dont il n’a pas besoin mais qu’il garde par habitude. Il avait une de ces figures anglaises qui paraissent vieilles à quarante ans et ne vieillissent plus ensuite. — Madame Vasseur, dit-il. Vous avez le visage de votre père. Je n’avais jamais vu le visage de mon père. C’était précisément pour cela que j’étais venue. Je ne relevai pas. On ne corrige pas un homme qui vous offre, sans le savoir, le premier cadeau de votre séjour. La maison était haute et étroite, trois fenêtres de front, du genre qu’on dessine quand on demande à un enfant de dessiner une maison de conte. Whitlock posa la main sur la rampe de pierre du perron. — Les tisserands huguenots1 bâtissaient pour la lumière, dit-il. On reconnaît leurs maisons à l’étage du haut, là où les fenêtres mangent le mur. C’est là qu’ils tissaient. Aujourd’hui on y loge les invités, ce qui est une autre manière de tisser. Il sourit de sa propre phrase, content de l’avoir préparée. J’aimai cela chez lui aussitôt. Les hommes qui préparent leurs phrases vous laissent le temps de préparer les vôtres. La porte s’ouvrit avant qu’il eût frappé. Vivian Ashworth se tenait dans l’encadrement, et la première chose que je remarquai, avant son visage, avant sa voix, fut sa main posée sur le bord du battant. Une main de femme âgée, marbrée, fine, et parfaitement immobile. Pas le plus léger tremblement. À son âge – elle devait approcher des quatre-vingts ans –, cette stabilité avait quelque chose de presque indécent, comme un détail qu’on aurait oublié de vieillir. — Isabelle, dit-elle. Elle ne dit pas madame Vasseur, ni mademoiselle, ni rien qui m’eût tenue à distance. Elle dit mon prénom comme on rouvre un tiroir resté fermé cinquante ans, avec une douceur qui me serra la gorge sans prévenir. Je m’étais préparée à beaucoup de choses. Pas à être attendue. — Entrez, entrez, le froid de cette rue est un vrai mensonge anglais. Il fait soleil et il gèle. L’intérieur sentait la cire et le bois ancien, une odeur dense, un peu sucrée, qui s’accrochait au fond de la gorge. Le couloir était sombre après l’éclat de la rue, et il me fallut quelques secondes pour distinguer les choses : un escalier qui montait raide vers l’ombre, des portraits aux cadres noircis, un tapis usé jusqu’à la trame en son milieu, là où trois siècles de pas avaient choisi le même chemin. Tout était propre, tenu, et tout était vieux. La maison ne se cachait pas son âge ; elle le portait comme certaines femmes portent leurs rides, avec une fierté qui décourage la pitié. Vivian me précéda au salon. Elle marchait lentement, une main effleurant le mur, mais sans hésitation, sachant exactement où poser le pied dans la pénombre. Quarante ans, je le compris plus tard, qu’elle ne posait pas le pied ailleurs. — Le thé est prêt, annonça-t-elle.