Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Ne réveille pas Bruxelles — Étienne Broyard — Éditions Revolu
Thriller et policier

Ne réveille pas Bruxelles

Un thriller à suspense où le passé refuse de mourir

Pages 191
Langue Français
ISBN 9798186976325
Parution 12/07/2026
Format broché 14,90 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Margot tient une librairie dans les Marolles et veille son père, un vieux chauffeur que la mémoire abandonne. Chaque jour, il lui raconte ses rencontres avec les grands hommes de Bruxelles : un empereur, un peintre, une cantatrice. Elle sourit. Elle note tout dans un carnet, avant qu'il n'y ait plus rien à noter. Des divagations de vieil homme. Jusqu'au jour où l'une d'elles se révèle vraie. Une robe verte. Une nuit de pluie. Un nom : Lena. Une chanteuse disparue en 1985, oubliée en une semaine. Son père sait quelque chose que personne ne devrait savoir. Personne ne veut la croire. La police classe. Un inconnu très poli veut racheter les papiers du vieux. Plus Margot cherche, plus le passé se fissure. Et certains, derrière une belle façade, tueront pour qu'il reste enterré. Que reste-t-il d'un crime qu'on a choisi d'oublier ?

Extrait

Firmin Le trône est là, à trois pas, et personne ne songe à me demander ce que je fais si près. C’est le bon côté d’avoir mon âge, même dans ce siècle-ci : on me prend pour un meuble. Un vieux buffet qu’on a poussé contre le mur de la grande salle et qu’on oublie. Alors je regarde. J’ai toujours su regarder. C’est le seul métier que je me connaisse vraiment. L’empereur entre. On l’annonce comme un tonnerre, on déroule des titres à n’en plus finir, roi de ceci, seigneur de cela, maître de la moitié du monde connu et de l’autre qu’on n’a pas fini de compter. Et voilà qu’entre un homme qui a mal aux jambes. Un homme gris, tassé, la goutte au pied, qui avance en s’appuyant sur l’épaule d’un jeune prince blond. Le prince a vingt ans et l’avenir plein les yeux. L’empereur en a cinquante-cinq et il n’a plus envie de rien. Je le sais parce que je porte son manteau. On me l’a tendu à l’entrée sans un mot, comme on tend un fardeau à celui qui n’a pas la force de refuser. Il pèse une tonne. De la fourrure, du velours, de l’or fil à fil, et dessous, cousu quelque part, tout le poids de ce qu’un homme finit par ne plus vouloir tenir. Je le tiens pour lui. C’est à ça que je sers. Autour de nous, la salle est pleine de gens importants qui font des mines importantes. Des évêques, des ambassadeurs, des seigneurs cousus d’or, tout un troupeau venu assister à la seule chose qui les fascine vraiment : un homme plus grand qu’eux qui redevient un homme comme eux. Ils ont l’air grave. Au fond, ils jubilent. Il n’y a rien qu’un puissant aime autant qu’un puissant qui tombe, surtout quand c’est de son plein gré et que ça ne coûte de sang à personne. Le jeune prince blond, lui, ne jubile pas. Il soutient le vieux avec un sérieux d’enfant à qui l’on confie trop tôt une chose fragile. Je l’aime bien, ce petit. Il ne sait pas encore que porter les grands, ça vous casse le dos pour la vie. L’empereur parle. Sa voix tremble un peu. Il dit qu’il est fatigué, et pour une fois un puissant dit la vérité. Il dit qu’il a couru sa vie d’un royaume à l’autre, d’une guerre à la suivante, qu’il a compté ses voyages – neuf fois en Allemagne, six en Espagne, sept en Italie, on croirait un chauffeur qui récite ses courses – et qu’à présent il veut s’asseoir. Rien de plus. S’asseoir, et qu’on le laisse. Il pose ses couronnes comme on rend les clés d’un taxi à la fin du service. Voilà ce qui me tue chez les puissants. Ils passent leur vie à saisir, à garder, à ne rien lâcher, et puis un jour ils comprennent que le plus difficile, ce n’était pas de prendre. C’était de reposer. Je l’ai vu, ce jour-là, l’homme le plus puissant du monde apprendre à disparaître. Quelqu’un me touche l’épaule. — Firmin. Votre café va être froid. Une femme en blouse. Elle a une voix douce et des chaussures qui ne font pas de bruit. Je ne sais pas son nom. Je sais qu’elle vient souvent, qu’elle range des choses que je n’ai pas dérangées, et qu’elle m’appelle par mon prénom comme si nous avions gardé les vaches ensemble. — Il fait froid, dans cette salle, je lui dis. Elle regarde autour d’elle. La grande salle a rétréci. Le trône est devenu un fauteuil, le mien, avec l’accoudoir usé là où je pose toujours la main. Le velours est parti je ne sais où. La fenêtre donne sur une rue en pente et sur des toits gris qui pleurent doucement. — Vous voulez que je remonte le chauffage ? — Ce n’est pas le chauffage. C’est le siècle. Elle sourit sans comprendre. Les gens sourient beaucoup quand ils ne comprennent pas. J’ai fait pareil toute ma vie, à l’arrière de ma voiture, avec des clients qui me racontaient des choses trop grandes pour l’heure qu’il était. La tasse est là, sur la petite table. Le café a fait une peau. Je ne me rappelle pas qu’on me l’ait servi. Il y a beaucoup de choses, maintenant, que je ne me rappelle pas qu’on m’ait servies. La vie me revient froide, avec une peau dessus. — Votre fille passe cet après-midi, dit la femme. Vous vous souvenez ? Margot.
Ne réveille pas Bruxelles par Étienne Broyard - Éditions Revolu

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