Éditions Revolu — Maison d'édition de guides pratiques
Meurtre à Toulouse — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Toulouse

Un thriller politique et criminel au cœur de la ville rose

Pages 281
Langue Français
ISBN 9798248581917
Parution 16/02/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Un galeriste est retrouvé mort dans le cloître du musée des Augustins, son corps disposé au pied d'un chapiteau roman avec un soin troublant. Tout le monde a un alibi. Tout le monde a un secret. Et tout le monde, autour d'une table dressée avec une politesse impeccable, fait semblant de ne rien savoir.
Le narrateur, venu passer quelques jours chez un ami à Toulouse, n'a aucune raison de s'en mêler. Il s'en mêle quand même — parce qu'il a vu, dès le premier soir, une trace de pigment sur le col d'une chemise que personne n'a regardée, et un chapiteau dont personne n'a lu le sujet.
Derrière la brique rose et les vernissages, un réseau se dessine : des faux tableaux, de l'argent qui change de forme, des informations qui fuient, et un homme qui s'apprêtait à parler — quatre jours avant qu'on le fasse taire.

Extrait

I La gare Matabiau sentait le café tiède et le caoutchouc mouillé. J’avais pris un train plus tôt que prévu, ou peut-être était-ce le bon train et Marc s’était trompé d’horaire — je ne sais plus très bien. Les deux versions coexistaient dans mon esprit avec la même vraisemblance, ce qui les rendait l’une et l’autre suspectes. Le quai était presque vide. Un homme en bleu de travail poussait un chariot chargé de colis, et le bruit des roulettes sur le béton produisait un rythme régulier, presque musical, que j’ai suivi un moment des yeux avant de me souvenir que je devais descendre. Janvier à Toulouse. La lumière n’était pas celle que j’attendais — pas la lumière du Sud, pas cette clarté grasse et dorée qu’on associe aux villes en dessous de la Loire. C’était une lumière d’hiver, blanche, un peu sèche, qui tombait sur la brique rose des façades et la rendait presque grise. La brique. J’avais oublié la brique. On m’avait dit que Toulouse était la Ville rose, mais ce matin-là elle était la Ville mauve, ou la Ville saumon, ou la Ville d’une couleur qui n’a pas de nom précis et que les fabricants de peinture appelleraient « terre cuite atténuée » ou quelque chose d’approchant. Le boulevard de Strasbourg était large, rectiligne, bordé d’immeubles dont les balcons en fer forgé avaient cette élégance provinciale qui n’existe qu’en France — ni tout à fait parisienne, ni tout à fait méridionale, quelque chose entre les deux qui ne choisit pas son camp. J’ai marché. Le vent soufflait. Pas un vent ordinaire — un vent chaud en janvier, un vent qui venait de quelque part et qui allait quelque part, avec une intention. Il soulevait les nappes des terrasses de café, faisait claquer les auvents, poussait les passants dans le dos comme un homme pressé qui ne s’excuse pas. Le vent d’autan, m’avait dit Marc au téléphone. « Tu vas voir, ça rend le monde un peu dingue, icitte1. Même les chiens marchent de travers. » J’ai tourné dans la rue de Bayard, puis j’ai rejoint les allées Jean-Jaurès. Des platanes dépouillés, un kiosque à journaux fermé, une pharmacie dont l’enseigne verte clignotait avec un décalage qui donnait l’impression qu’elle hésitait entre deux états — allumée ou éteinte, ouverte ou fermée, là ou pas là. J’ai pensé que c’était une bonne métaphore de mon propre état, puis j’ai pensé que non, ce n’était pas une métaphore du tout, c’était juste une enseigne défectueuse, et que j’avais cette tendance à chercher du sens dans les objets qui n’en demandaient pas. La place Esquirol était plus petite que dans mon souvenir. Mais il est possible que je confonde avec une autre place, dans une autre ville, à une autre époque. Marc m’attendait à la terrasse d’un café dont je n’ai pas retenu le nom — un de ces cafés qui s’appellent Le Commerce ou Le Central ou Le Français, et qui servent le même expresso dans la même tasse épaisse depuis quarante ans. Il portait un blouson en cuir fauve que je ne lui connaissais pas et qui lui allait bien. Marc a toujours eu cette capacité de porter les vêtements comme s’ils avaient été fabriqués pour lui, même quand ils venaient d’une friperie du boulevard Saint-Laurent à Montréal. — T’es en avance, a-t-il dit. — Tu es en retard. — C’est mon char2 qui est en panne, j’ai dû prendre le métro. Le métro ici, c’est pas pire pantoute3, mais y’a une seule ligne qui va où tu veux, l’autre elle va nulle part. Il s’est levé, m’a serré dans ses bras avec cette vigueur nord-américaine qui ne laisse aucune ambiguïté sur la sincérité de l’étreinte. Marc sentait le café et le tabac froid. Il avait un peu maigri. Ses yeux étaient les mêmes — gris, mobiles, un peu trop ouverts, comme ceux d’un homme qui regarde le monde avec un étonnement perpétuel qu’il refuse de laisser s’éteindre. — Tu vas voir, a-t-il dit en posant la main sur mon épaule. Toulouse, c’est quelque chose. C’est pas Montréal, c’est pas Paris, c’est un truc à part. Les gens sont un peu fous à cause du vent, la bouffe est incroyable, et y’a de la brique partout, comme si quelqu’un avait renversé une usine de briques sur la ville et que personne avait jamais pris la peine de nettoyer. Nous avons bu un café.
Meurtre à Toulouse par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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