Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à Saint-Estèphe — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Saint-Estèphe

Un roman policier à énigme dans un grand cru classé

Pages 199
Langue Français
ISBN 9798196520334
Parution 11/05/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Le 14 novembre, à vingt et une heures quarante, sept couverts brillent dans la salle à manger lambrissée du Château Lévis-Marsac. C'est le second jeudi du mois, comme depuis 1995. Le chevreuil est servi. Le personnel s'est retiré. On parle à voix nue. Une heure plus tard, le maître de maison est mort, le menton dans la sauce grand veneur. Strychnine. Aucun cri. Quand la gendarmerie arrive, les six convives survivants attendent dans le grand salon. Ils ne se concertent pas. Ils ne pleurent pas. L'un après l'autre, ils avouent le meurtre. Chacun seul. Chacun avec précision. À Lévis-Marsac, on ne pose jamais de question. On les met en barrique.

Extrait

À vingt et une heures quarante, le 14 novembre, la pendule du grand salon du Château Lévis-Marsac sonna trois coups, deux de plus que ne l’exigeait l’heure, par un défaut mécanique que personne, depuis trente ans, n’avait jugé utile de faire réparer. La pluie tombait sur les tuiles du chai voisin avec la régularité d’un comptable. Dans la salle à manger lambrissée, sept couverts brillaient sous les lustres en bronze patiné, et l’odeur de la sauce grand veneur1, longuement réduite à la cuisine, montait dans la pièce comme une promesse à peine tenue. Albertine avait servi le chevreuil à vingt et une heures vingt-cinq. Elle avait posé la carafe d’eau, redressé deux serviettes pliées en lotus, et s’était retirée sur un signe d’Hippolyte Brézin, comme chaque second jeudi du mois depuis 1995. C’était le rituel : le personnel disparaissait après le plat, on se servait soi-même le fromage et le dessert, on parlait à voix nue, sans oreilles louées. Albertine ne savait pas pourquoi son maître exigeait ce départ. Elle avait cessé de se le demander vers la huitième année. Hippolyte présidait à un bout de la table. Soixante-quatorze ans, costume de flanelle grise commandé chez le même tailleur bordelais depuis quarante ans, cheveux blancs coupés très court, mains posées de part et d’autre de son assiette. Sa cravate était bordeaux, à motifs de palmes, nouée d’un demi-Windsor approximatif. Il avait passé l’apéritif en cravate verte, et un toast au foie gras lui avait valu, à vingt et une heures, une tache de vinaigrette qui l’avait obligé à monter au vestiaire attenant. Eugénie l’avait suivi pour l’aider — geste machinal d’une avocate qui rédigeait ses contrats depuis vingt-huit ans et savait nouer une cravate aussi bien qu’un compromis. Ils étaient redescendus deux minutes plus tard. Personne n’avait commenté. Marguerite occupait l’autre bout. Cinquante-huit ans, ancienne galeriste parisienne dont les mains conservaient la blancheur d’un métier qu’elle n’exerçait plus, robe de jersey couleur ardoise, collier de jais. Elle souriait à son mari avec l’application d’une convive qui sait qu’on l’observe, et le mépris discret d’une femme qui sait pourquoi. À la droite d’Hippolyte, Eugénie Vallorin. Cinquante-quatre ans, tailleur sombre, broche en jade au revers, mèche grise tenue par un peigne d’écaille. Elle avait la posture droite des avocates qui ont plaidé toute leur vie aux assises et qui ne s’autorisent plus une seule épaule basse, même en privé. À sa propre droite, Augustin — vingt-six ans, l’œnologue de la maison, fils naturel d’Hippolyte selon la version officielle, présenté comme tel par toute la famille depuis trente ans. Il avait les mains tachées de moût qu’aucun savon ne nettoie en novembre, et le regard fuyant de quelqu’un qui n’a pas encore appris à dîner sans surveiller la porte. En face d’Augustin, le Dr Léopold Beaussant. Soixante-sept ans, médecin de famille à Saint-Estèphe, cheveux gris en arrière, doigts longs et soignés, ongles courts. Il mangeait peu et buvait moins. À sa droite, Constant Mériel, l’œnologue-conseil. Cinquante et un ans, veste de tweed un peu lustrée aux coudes, regard mobile, voix grave dont il usait avec parcimonie comme d’un capital. Et fermant la table, à la gauche de Marguerite, Sabine Rouvière — quarante-neuf ans, ancienne maîtresse du maître de maison entre 2005 et 2008, restaurée à cette table depuis quatre ans pour des raisons que personne autour du chevreuil n’aurait pu énoncer à voix haute. Elle portait du gris perle et une bague qu’elle ne portait jamais ailleurs. Sept couverts. Sept convives. Sept silences distincts, qui s’assemblaient en une conversation continue, comme la pluie sur le chai. — Le millésime se tient, dit Mériel en levant son verre vers la lumière. Mieux qu’on ne l’espérait. — Tu disais la même chose en 2017, observa Hippolyte. — J’avais tort en 2017. J’ai raison maintenant. C’est l’avantage du métier, on a deux fois plus de chances qu’un médecin. Beaussant sourit, sans y mettre les yeux. — Je vous laisse cette consolation, répondit-il. Marguerite découpa son chevreuil avec l’application d’une chirurgienne. Sabine ne mangeait pas encore : elle attendait, comme elle attendait toujours, qu’Hippolyte porte sa fourchette à la bouche, par une déférence dont elle n’avait jamais réussi à se défaire. Eugénie versa du vin à Augustin, qui n’avait rien demandé, et qui la remercia d’un mouvement de tête à peine perceptible. — Augustin, dit Hippolyte sans la regarder, ton avis sur la cuvée. Le jeune homme posa son verre, but une gorgée, le reposa. — Plus tendu qu’en 2022.
Meurtre à Saint-Estèphe par Guillaume Germain - Éditions Revolu

Dans la même collection

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. En continuant à naviguer, vous acceptez notre politique de confidentialité.