Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à Nancy — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Nancy

Un thriller politique dans les salons d'apparat du Grand Hôtel de la Reine

Pages 157
Langue Français
ISBN 9798259381742
Parution 29/04/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Place Stanislas, sept heures quarante. Un samedi de novembre, le vent du nord-est frappe les pavés et les grilles dorées de Jean Lamour. Au cinquième étage du Grand Hôtel de la Reine, la femme de chambre ouvre la suite Stanislas et trouve, dans une baignoire qui déborde, le conseiller spécial de la présidente de région. Sur la coiffeuse, un téléphone à la conversation effacée. Sur un carton d'invitation au gala du soir, trois mots tracés à la plume large : Vous n'irez pas. Le procureur appelle Strasbourg. À midi dix-sept, une commandante descend du train. Elle ne connaît pas la ville. Elle ne connaît personne. Une candidature à l'Élysée se prépare. Un mariage se brise. Une vieille photographie dort dans les archives d'un palace parisien. Et dans une suite trop pleine, l'eau sait des choses qu'elle ne dira pas seule. À Nancy, ce week-end-là, plusieurs carrières devaient se jouer.

Extrait

À sept heures quarante, le samedi 7 novembre, le vent du nord-est soufflait à dix-huit kilomètres-heure sur la place Stanislas, et la température affichée par le thermomètre municipal de la rue Sainte-Catherine indiquait deux degrés. Au cinquième étage du Grand Hôtel de la Reine, le couloir était silencieux. La moquette amande absorbait les pas. Deux appliques en bronze doré, espacées de douze mètres, diffusaient une lumière tiède qui ne réveillait personne. Yolanda Cruz poussa son chariot devant la porte de la suite 512, comme elle le faisait depuis six ans, à la même heure, dans le même ordre. Elle avait quarante-trois ans, des mains de pianiste et un dos qu’elle ménageait. Les autres femmes de chambre l’appelaient madame Cruz, à cause d’une autorité discrète qu’elle ne revendiquait pas. Elle tenait dans la poche gauche de sa blouse un chapelet de bois de rose qu’elle ne sortait jamais en service, et un téléphone qu’elle consultait deux fois par jour pour parler à sa fille restée à Manille. Elle frappa trois coups. Elle attendit. Personne ne répondit. C’était l’usage, pour la suite Stanislas, dont l’occupant avait l’habitude des petits déjeuners servis à neuf heures précises et qui n’aimait pas être dérangé avant. Yolanda glissa sa carte dans la serrure et entra avec la délicatesse d’une infirmière de nuit. L’antichambre sentait la cire et le papier vergé chaud. Sur la console en marqueterie, un plumier en cuir vert ouvert, deux stylos à plume soigneusement alignés, une enveloppe non décachetée. Elle posa le linge propre. Elle remarqua, sur la coiffeuse du salon, un carton d’invitation crème, à la cocarde tricolore légèrement brillante, posé bien en évidence comme une carte qu’on aurait laissée à l’attention d’un visiteur. Elle lut, sans curiosité particulière, les lignes imprimées en lettres anglaises : Gala caritatif de la fondation Grand Est, samedi 7 novembre, dix-neuf heures trente, salons d’apparat du Grand Hôtel de la Reine. Elle vit, en travers du nom imprimé, une phrase manuscrite à l’encre noire, tracée d’une plume large et d’une main qui ne tremblait pas : Vous n’irez pas. Elle ne s’arrêta pas. Ce n’était pas son métier de s’arrêter. Le salon attenant était dans l’état exact où elle l’avait laissé la veille. Téléviseur éteint. Carafe d’eau pleine. Téléphone professionnel posé sur la coiffeuse, écran allumé, fil chargeur déroulé sur la moquette. La porte de la chambre était entrouverte. Elle frappa de nouveau, par habitude, et entra. Le lit n’avait pas été défait. Les rideaux n’avaient pas été tirés. La lumière du jour, encore grise, traversait les voilages de soie et venait mourir sur la couverture en piqué. C’est à ce moment-là qu’elle entendit l’eau. Pas un robinet ouvert. Le clapotis discret d’une nappe qui débordait sur du marbre. Un son d’aquarium fendu. Yolanda traversa la chambre, posa la main sur la poignée de la salle de bain, et, par un réflexe qu’elle n’expliqua pas plus tard à la police, frappa une troisième fois. Elle entra. La salle de bain était encore tiède de la nuit. Une vapeur résiduelle s’accrochait aux miroirs. La baignoire en îlot, posée au centre de la pièce comme un autel, débordait. L’eau coulait depuis une heure ou deux, par ondes lentes, sur le marbre Carrare, où elle formait une flaque qui avait gagné le tapis de bain et commençait à lécher le seuil. Au fond de la baignoire reposait un homme nu, les genoux légèrement repliés, la nuque calée contre le rebord, les bras le long du corps. Vincent Hourcade avait cinquante-six ans, des cheveux gris coupés court et une mâchoire que Yolanda avait souvent reconnue de profil quand il prenait son café à neuf heures, dans le salon de la suite. Sa peau était pâle et marbrée. Ses yeux étaient ouverts. Posé entre ses cuisses, à demi immergé, un sèche-cheveux à manche noir flottait, le câble tendu sur le rebord, la prise toujours encastrée dans la goulotte murale. Yolanda recula d’un pas. Puis d’un deuxième. Elle se retint à la console en bois clair sur laquelle reposaient, encore alignés, un peigne en corne, un flacon d’eau de toilette Hermès Eau d’orange verte, et un blaireau dont le manche était mouillé. Elle eut une pensée pour sa fille. Elle eut une pensée pour le directeur de salle, M. Brassart, qui ne supportait pas le désordre.
Meurtre à Nancy par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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