Thriller et policier
Meurtre à Mougins
Roman policier à huis clos, le whodunit d'un été sur la Riviera
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Mougins, un soir de juillet. Sur une terrasse dominant la baie de Cannes, Victor Naudé reçoit. Fortune, charme, réussite : un homme à qui tout sourit, entouré des siens dans la douceur de l'été. Au milieu du dîner, sous les yeux de ses invités, il s'effondre. On parle d'accident. Sur cette côte, on enterre ses morts avec discrétion, et l'on déteste qu'on remue. Mais Louise, la fille qu'il avait tenue à distance toute sa vie, ne se résout pas à ce silence trop lisse — ni à ces proches trop calmes, ni à cette main qui s'offre un peu trop vite à la guider. Derrière la façade des beaux jardins, chacun protège quelque chose. Et ce qu'on croit avoir noyé finit toujours par remonter.Extrait
À vingt et une heures, la chaleur du jour n’avait pas encore lâché les pierres du mas. Elle montait des dalles, des murs blanchis, du gravier tiède de l’allée où Louise avait garé sa petite voiture entre deux berlines allemandes, et elle se mêlait à l’odeur du safran qui venait de la cuisine et à celle, plus ancienne, plus têtue, du jasmin qui courait sur la treille. La maison s’appelait le mas des Restanques. Elle était basse, longue, couleur de miel, tapie contre la colline comme une bête qui a trouvé sa place et n’en bougera plus. Louise, qui avait grandi dans un trois-pièces sans balcon, n’entrait jamais dans ce genre d’endroit sans sentir, à la racine du dos, qu’elle n’y était pas à sa place. Elle tenait un verre qu’elle n’avait pas bu et regardait son père recevoir. Victor Naudé recevait comme d’autres respirent. Il allait d’un convive à l’autre, la main posée sur une épaule, le mot juste sur les lèvres, et l’on riait à mesure qu’il avançait, ainsi qu’un sillage suit une coque. À soixante ans passés, il était sec, bruni par des étés qu’on devinait nombreux, et il portait sa fortune avec la légèreté de ceux qui n’ont jamais craint de la perdre. La chemise était de lin pâle, le col ouvert, le poignet nu – il avait cette coquetterie des hommes très riches de ne porter aucune montre, comme si le temps, chez eux aussi, avait fini par céder. Louise, qui l’avait peu connu, mesurait ce soir combien il était facile de l’aimer, et se demandait, sans oser tout à fait formuler la question, combien cela devait être commode. — Ma fille aînée, dit-il en la prenant par le bras pour la présenter à la ronde. La seule personne ici qui gagne sa vie honnêtement. Elle enseigne le français à des enfants qui n’en veulent pas. C’est de l’héroïsme, ou de l’entêtement, je n’ai jamais su. — Les deux, dit Louise. — Voilà pourquoi je l’admire. Il souriait en le disant, et son sourire avait toujours ce quelque chose d’aiguisé qui faisait qu’on ne savait jamais tout à fait s’il vous flattait ou vous découpait. Louise avait appris, en trois dîners espacés sur trente ans, à ne pas trancher. C’était plus prudent, et cela lui laissait la liberté d’espérer. La terrasse dominait la baie qu’on devinait plus qu’on ne la voyait, une longue nappe de lumières basses là où finissait la colline et où commençait la mer. La piscine, en contrebas, renvoyait un bleu profond et immobile qu’aucun souffle ne froissait. On était neuf. La faïence était ancienne, l’argenterie lourde, les verres si fins qu’on hésitait à les saisir ; rien, dans cette maison, n’était neuf ni tapageur ; tout disait l’argent d’avant, celui qui n’a plus besoin de se montrer parce qu’il a cessé de se compter. Clara veillait au service. La jeune femme de Victor – trente ans de moins que lui, disait-on sur la côte avec cette arithmétique gourmande que les gens réservent aux mariages des autres – avait une grâce d’hôtesse que rien ne prenait en défaut. Elle passait, redressait une bougie, remplissait un verre d’un geste qui semblait deviner la soif avant qu’on l’eût sentie. Louise la trouvait belle et lisse comme une eau dont on ne connaît pas la profondeur, et dont on ne sait si elle est calme ou seulement immobile. Théo, le fils, était venu de Marseille et se tenait un peu à l’écart, comme un invité qu’on aurait convié par erreur et qui l’aurait su. Il avait la maigreur nerveuse des gens qui vivent de convictions, une barbe mal tenue, un regard qui allait de son père à son verre sans jamais s’attarder sur rien. On l’avait placé loin de Victor, ce qui, dans cette maison, tenait moins du hasard que de la diplomatie. Gabrielle Sorel, la galeriste, parlait fort et riait plus fort encore. C’était une femme d’une soixantaine d’années, cuivrée, cliquetante de bracelets, qui avait fait profession de vendre à des gens sans goût des choses qu’ils n’aimaient pas, et qui en avait tiré une gaieté increvable. Elle occupait l’espace comme d’autres occupent un fauteuil, avec le confort de celle qui a payé sa place et compte en profiter jusqu’au café. Les Berthier, Paul et Hélène, formaient ce couple lisse et doré qu’on trouve à toutes les bonnes tables de la côte et dont nul ne sait exactement ce qu’il fait, sinon être là. Ils avaient l’art d’approuver.