Thriller et policier
Meurtre à Monaco
Un thriller psychologique au cœur du gala le plus prestigieux du monde
Format broché
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Format Kindle
6,99 €
Présentation
Monaco, en juillet. Le gala de la Croix-Rouge réunit trois cents convives au Sporting Monte-Carlo. Frédéric Merlin, mécène et philanthrope, ouvre une bouteille de Château Cheval Blanc 1947 dans un salon privé. À minuit, on le retrouve mort sur un banc de pierre. Le médecin conclut à un infarctus. L'autopsie dit autre chose. Derrière la façade du bienfaiteur, un coffre-fort révèle que la victime avait des secrets — et qu'elle collectionnait ceux des autres. Douze dossiers. Douze suspects. Une veste bleue aperçue au mauvais endroit, un mot manuscrit froissé dans une poubelle, un jardin perché au-dessus de la principauté... Entre les interrogatoires feutrés de la Sûreté et les terrasses du port Hercule, chaque indice dort en pleine lumière depuis les premières pages. Mais à Monaco, tout le monde sourit, tout le monde ment, et la vérité se cache là où personne ne regarde : derrière la générosité.Extrait
La gare de Monaco-Monte-Carlo est souterraine. Je ne m’y attendais pas. Le train s’enfonce sous la roche après Beausoleil, et quand les portes s’ouvrent, on est dans un tunnel de béton lisse, éclairé au néon, qui pourrait être n’importe quelle station de métro parisienne si ce n’était la propreté. Tout est propre à Monaco, je l’apprendrai vite. Les quais, les murs, les ascenseurs — une propreté qui n’est pas celle de l’entretien mais celle de la surveillance. Quelqu’un veille à ce que rien ne dépasse. J’ai pris ma valise sur le porte-bagages et je suis sorti sur le quai. Il devait être quatorze heures, ou peut-être un peu plus. La chaleur m’a frappé dès la sortie des ascenseurs, quand les portes vitrées se sont ouvertes sur le boulevard Princesse Charlotte. Pas la chaleur de Paris en août, sèche et poussiéreuse — une chaleur épaisse, saturée d’humidité, qui collait immédiatement à la peau. L’odeur de jasmin mêlée aux gaz d’échappement. Le bruit des travaux, quelque part au-dessus, un marteau-piqueur dont le rythme irrégulier s’est superposé dans ma tête à un passage de Prokofiev — la Toccata, je crois, celle en ré mineur — avant que je revienne au trottoir et à ma valise dont la roulette gauche grinçait. Monaco descend vers la mer par paliers. C’est la première chose que l’on comprend en sortant de la gare. La ville n’est pas posée sur un sol plat — elle est accrochée à un rocher, et tout s’étage, se superpose, s’emboîte. Des ascenseurs publics relient les niveaux. Des escaliers mécaniques percent les immeubles. Des passerelles enjambent les rues. J’ai mis un moment à saisir la géographie : la gare est à mi-hauteur, le port est en bas, le Rocher est en face, et au-dessus de tout, les immeubles de Monte-Carlo grimpent vers Beausoleil comme une dentition de béton et de verre plantée dans la colline. Je me suis demandé combien de temps il fallait pour cesser de se perdre ici. Et puis j’ai pensé à autre chose — à un dessin de Piranèse que j’avais vu chez un antiquaire de la rue Jacob, ces architectures impossibles où les escaliers montent et descendent en même temps, où l’on ne sait jamais si l’on s’élève ou si l’on s’enfonce. Monaco avait quelque chose de Piranèse2. J’ai descendu le boulevard Princesse Charlotte en tirant ma valise. Des vitrines de luxe, des agences immobilières dont les annonces affichaient des prix à sept chiffres, des femmes en tenues de sport qui montaient vers la gare d’un pas décidé. Tout le monde marchait vite. À Monaco, même les piétons ont l’air pressé — comme si le temps, sur ces deux kilomètres carrés, valait plus cher qu’ailleurs. Ce qui est probablement le cas. Mon hôtel était dans le quartier de la Condamine, quelque part entre le port Hercule et la place d’Armes. Élisabeth m’avait réservé une chambre dans un petit établissement qu’elle connaissait — « très correct, pas tape-à-l’œil, tu verras ». Je n’ai pas vu grand-chose. Une réception étroite, un ascenseur minuscule, une chambre au quatrième étage avec un balcon donnant sur une rue en pente. De la fenêtre, en se penchant, on apercevait un triangle de mer entre deux immeubles. J’ai posé ma valise, ouvert les volets, et je suis resté un moment debout devant ce triangle bleu. Élisabeth Staniforth-Delbarre m’avait appelé trois semaines plus tôt. Elle dirigeait une école d’arts à Monaco — une de ces institutions privées financées par le mécénat où l’on enseigne la restauration de tableaux et l’histoire de l’art à des étudiants fortunés. Frédéric Merlin, un mécène suisse installé en principauté depuis un quart de siècle, souhaitait céder des toiles à son école. Il fallait les expertiser. Élisabeth avait besoin de quelqu’un de confiance, quelqu’un qui connaissait la peinture autrement que par les catalogues. Elle avait pensé à moi. J’avais dit oui sans réfléchir — j’avais trois jours libres, Monaco m’était inconnu, et la perspective d’examiner des toiles dans un appartement avec vue sur la mer valait bien le trajet. Je suis descendu vers le port en fin d’après-midi. La lumière avait changé — plus rasante, plus dorée, elle découpait les mâts des voiliers en ombres nettes sur le quai. Le port Hercule est un demi-cercle creusé dans le rocher, protégé par deux digues. Les yachts sont amarrés en rang serré, leurs poupes tournées vers le quai, et l’on peut lire les noms et les ports d’attache en passant : Nassau, George Town, Hamilton. Les pavillons des Bahamas, des îles Caïmans, des Bermudes.