Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à la Synagogue — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à la Synagogue

Un thriller psychologique autour d'un héritage qui ne devait jamais ressortir

Pages 241
Langue Français
ISBN 9798195845766
Parution 06/05/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

À dix-neuf heures vingt-deux, le mardi 17 décembre 2024, l'archiviste de la synagogue de la Paix redescend seule de la salle des archives. Sur l'épaule droite de son cardigan gris, une fine pellicule de poussière blanchâtre qu'elle n'a pas brossée. Au dernier étage, sur la table de consultation, le philanthrope new-yorkais venu de Manhattan pour le centenaire de la communauté gît à côté d'une chaise renversée. Sur sa poitrine, un volume du Pirkei Avot, édition de Vienne, 1923, posé pages contre le manteau, à l'envers, comme s'il fallait le retourner pour le lire. Six personnes ont la clé de la salle. Une présidente du consistoire, un rabbin talmudiste, un jeune chazan, une archiviste, un héritier remonté de Tel-Aviv, une doctorante en sténo. Toutes étaient à la synagogue ce soir-là. À Strasbourg, en plein hiver alsacien, la capitaine Sarah Vidal-Naquet va devoir comprendre quel verset accuse, et qui.
Ce que la communauté avait gardé un siècle ne se laisse pas reprendre.

Extrait

À dix-huit heures quatre, le mardi 17 décembre 2024, la température extérieure rue du Grand-Rabbin-René-Hirschler avait chuté à moins quatre degrés, et la neige tombée depuis le matin avait pris cette consistance grise et tassée des neiges alsaciennes qui ne fondent plus avant février. La synagogue de la Paix éclairait le trottoir d’une lumière jaune qui filtrait à travers la verrière de l’oratoire d’hiver, et les invités, en arrivant, marquaient un instant d’arrêt sur le seuil pour secouer leurs manteaux avant de pénétrer dans la chaleur. L’oratoire d’hiver était une salle de volume vertical, dessinée en 1958 par Claude Meyer-Lévy1, fermée d’une verrière abstraite dont les bleus profonds s’éteignaient à mesure que le jour tombait. On avait disposé une centaine de chaises en arc de cercle face à un pupitre de bois clair. Les chandeliers à neuf branches alignés sur le rebord des fenêtres marquaient le sixième soir de Hanoucca, six bougies allumées, trois à éteindre encore, et l’odeur de la cire chaude flottait au-dessus de l’assistance, mêlée à celle, plus discrète, des bouquets d’anémones blanches commandés pour la circonstance. Au fond de la salle, sur une longue table nappée, on avait dressé un buffet d’attente : pain de seigle, harengs en rollmops, pickles, vin blanc d’Alsace dans des carafes en cristal, et une pyramide de petits gâteaux au pavot dont la disposition trop ordonnée trahissait la nervosité du traiteur. Trois rangs avant le pupitre, Samuel Abramovitch s’installait, manteau de cachemire encore ouvert, écharpe rouge bordeaux, lunettes à monture d’écaille qu’il essuya méthodiquement avec un chiffon sorti d’un étui. Sa silhouette élancée le faisait paraître plus jeune que ses soixante-sept ans, comme si l’argent avait le pouvoir de rajeunir par la seule force de la volonté. Il salua deux conseillers consistoriaux d’un hochement bref, un troisième d’un sourire plus appuyé, et une femme âgée qui passait dans son dos d’un baiser rapide qu’elle reçut avec un froncement de sourcils. À sa gauche, à deux fauteuils de distance, Léa Hirschberg consultait son téléphone. Elle portait un tailleur noir coupé près du corps, un collier de trois rangs de perles fines, et des escarpins dont les talons faisaient sur le parquet ciré ce bruit précis que font les présidentes quand elles veulent qu’on les entende avancer. Son maquillage était impeccable. Ses ongles aussi. Elle leva les yeux du téléphone, croisa le regard de Samuel, lui adressa un sourire qui ressemblait à une signature au bas d’un contrat, et reprit la lecture du message qu’elle pianotait. Elle le pianota en deux fois. Entre les deux pressions de la touche d’envoi, elle effaça une phrase et la réécrivit. Au premier rang, le rabbin Élie Wajsbrot s’était assis bien droit, mains posées à plat sur les genoux, regard fixé sur le pupitre. Il avait cinquante-huit ans et ce visage des talmudistes qui ont beaucoup lu sans avoir trop dormi, traits réguliers, peau pâle, barbe coupée court. Sa kippa de velours noir était fixée par deux pinces à l’arrière du crâne. Il portait un costume gris dont il était évident, à la patine du col, qu’il l’avait acheté quelque part avant les années 2000 et qu’il n’avait jamais vu la nécessité d’en changer. Le quatuor klezmer commença à jouer. C’était un ensemble venu de Lyon, deux violons, une clarinette et un accordéon, et leurs premières mesures, qui étaient celles d’un freylekhs2, firent passer dans la salle ce mouvement physique qu’on observe dans toutes les cérémonies juives quand la musique commence : une légère détente des épaules, un balancement à peine perceptible, comme si le corps se rappelait quelque chose que l’esprit n’avait pas encore décidé d’évoquer. Une dame au troisième rang ferma les yeux. Un monsieur au cinquième sortit un mouchoir. Au fond de la salle, debout contre une colonne, une jeune femme prenait des notes. Elle s’appelait Charlotte Lévy, elle avait vingt-sept ans, elle portait un manteau de laine bleu marine trop grand qu’elle avait gardé sur elle, et un carnet ouvert dans la main gauche où elle griffonnait en sténo. Elle avait l’allure d’une étudiante de licence, avec cette assurance intellectuelle qui surprenait toujours ceux qui la rencontraient pour la première fois. Elle ne connaissait personne, ou presque, dans cette salle. Elle avait été invitée par Samuel Abramovitch deux mois plus tôt, dans le cadre de sa thèse, et elle prenait des notes parce qu’elle prenait toujours des notes, et parce qu’elle pressentait, sans pouvoir le formuler, que cette soirée méritait d’être tenue par écrit.
Meurtre à la Synagogue par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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