Thriller et policier
Mais le docteur Frédéric Merlin, médecin légiste au CHU de Rouen, soulève les paupières du corps. La couleur des tissus ne correspond pas. Un CO-oxymètre, une lame d'histologie, un tuyau dissimulé dans un grenier — et le certificat de décès devient un mensonge.
Puis une infirmière est trouvée morte dans sa voiture, face à la mer, un flacon vide sur le siège passager. Puis un fils, au pied d'une mezzanine, dans un hangar qui sent le foin et le fuel.
Trois morts. Trois diagnostics. Trois mises en scène que seul un légiste obstiné pouvait défaire.
Les morts ne mentent jamais. Ce sont les vivants qui trichent.
Meurtre à l’Institut Medico-légal
Un Thriller médico-scientifique où chaque autopsie révèle un nouveau mensonge
Format broché
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Format Kindle
6,99 €
Présentation
Rouen, un matin d'octobre. Un homme de soixante-dix-huit ans est retrouvé mort dans son fauteuil, un volume de Montaigne ouvert sur les genoux. La cheminée est éteinte. Le médecin traitant rédige le certificat de décès sans hésiter.Mais le docteur Frédéric Merlin, médecin légiste au CHU de Rouen, soulève les paupières du corps. La couleur des tissus ne correspond pas. Un CO-oxymètre, une lame d'histologie, un tuyau dissimulé dans un grenier — et le certificat de décès devient un mensonge.
Puis une infirmière est trouvée morte dans sa voiture, face à la mer, un flacon vide sur le siège passager. Puis un fils, au pied d'une mezzanine, dans un hangar qui sent le foin et le fuel.
Trois morts. Trois diagnostics. Trois mises en scène que seul un légiste obstiné pouvait défaire.
Les morts ne mentent jamais. Ce sont les vivants qui trichent.
Extrait
L’Institut médico-légal du CHU de Rouen se trouve au bout d’une allée que personne n’emprunte par hasard. Il faut longer le bâtiment principal de l’hôpital, dépasser le service de pneumologie, tourner à gauche devant un préfabriqué dont je n’ai jamais su la fonction, traverser un petit parking réservé aux véhicules de service — quatre places, dont une toujours occupée par une Renault Kangoo blanche aux vitres teintées qui servait au transport des corps — et pousser une porte vitrée sans inscription, ou plutôt avec une inscription si discrète qu’elle ressemblait à une excuse : Institut de Médecine Légale — Entrée du personnel. Une plaque de laiton, à hauteur d’épaule, que la pluie normande avait verdie sur les bords. C’était un lundi d’octobre 2023. Il me semble que c’était le 9, ou peut-être le 10 — je me souviens que la veille était un dimanche et qu’il avait plu sans interruption, parce que j’avais passé la journée dans mon meublé du quartier Martainville à relire des notes et que le bruit de la pluie sur le velux de la chambre avait fini par couvrir la musique que j’avais mise — du Bach, les Variations Goldberg par Glenn Gould, l’enregistrement de 1981, celui où Gould est lent et grave et où l’on entend parfois le bruit de sa chaise1. Le meublé appartenait à une dame dont je n’ai retenu que le prénom — Françoise — et qui m’avait remis les clés en me demandant si j’étais médecin. J’avais dit non, écrivain, et elle avait eu cette expression que je connais bien, un léger recul du menton, comme si le mot écrivain sentait vaguement quelque chose de pas tout à fait sérieux. Le meublé se trouvait au deuxième étage d’un immeuble à colombages, rue Eau-de-Robec, au-dessus d’une boutique de bougies artisanales qui diffusait dans la cage d’escalier une odeur de vanille et de cire d’abeille. Je n’ai jamais compris pourquoi cette odeur me rappelait un enterrement, mais c’était le cas. J’étais venu à Rouen pour un livre. Un essai — c’est le mot que j’utilisais quand on me posait la question, même si le mot ne correspondait pas tout à fait à ce que j’avais en tête. Ce que j’avais en tête, c’était quelque chose de plus proche d’un portrait — le portrait d’un homme qui passe ses journées à ouvrir des corps pour comprendre pourquoi ils se sont arrêtés de fonctionner. Un ami magistrat au parquet de Rouen, Philippe Dorsey, m’avait parlé de cet homme à un dîner chez des amis communs, avenue de Ségur, un soir de juin. Dorsey avait dit : « Il parle aux morts. » Et comme je n’avais rien trouvé à répondre — ce qui ne m’arrive pas souvent —, Dorsey avait ajouté : « Il leur parle comme toi tu parles à ton chat. Sauf que ses interlocuteurs sont sur une table en inox et qu’ils ne ronronnent pas. » Je n’avais pas de chat à l’époque. J’en avais eu un, un chartreux nommé Descartes, mort à dix-sept ans d’une insuffisance rénale. Je ne l’avais pas remplacé. On ne remplace pas un chat. On en adopte un autre, ce qui est différent, et je n’étais pas prêt pour cette différence. Dorsey avait organisé la rencontre. Il avait téléphoné au docteur Merlin — c’était son nom, Frédéric Merlin, et je me souviens d’avoir pensé que le nom était presque trop bien choisi pour un homme qui passait sa vie à déchiffrer des mystères, comme si ses parents avaient eu un sens de l’anticipation que la plupart des parents n’ont pas2 —, et Merlin avait accepté. Pas immédiatement. Il avait demandé à réfléchir, avait rappelé trois jours plus tard, avait posé des conditions : ne pas être identifiable dans le livre sous son vrai nom (il m’avait autorisé depuis à lever cette réserve), ne pas photographier les corps, ne pas enregistrer les conversations sans accord préalable, ne pas publier d’informations couvertes par le secret médical ou le secret de l’instruction. J’avais tout accepté. Dorsey m’avait prévenu : « Il est méticuleux. Très méticuleux. Ne sois pas en retard. » Je n’étais pas en retard. J’avais poussé la porte vitrée à huit heures moins cinq. L’entrée donnait sur un couloir recouvert de linoléum gris — un gris qui avait été bleu, ou un bleu qui avait tourné au gris, les deux hypothèses me semblaient également plausibles — éclairé par des néons dont l’un clignotait avec une régularité qui aurait pu servir de métronome. Il faisait frais.