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Meurtre à l’Île de Ré — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à l’Île de Ré

Corruption, immobilier et meurtre : enquête sur l'île des notables

Pages 329
Langue Français
ISBN 9798249526160
Parution 23/02/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Septembre. L'île de Ré. Un corps flotte face contre l'eau dans un bassin de sel, à l'aube.
Quinze centimètres de saumure. Des fibres grises sous les ongles du mort. Un promoteur parisien que personne ne regrette — sauf ceux qui avaient besoin de lui vivant.
Un commandant de La Rochelle débarque avec ses mandats. Un ancien inspecteur qui vit sur l'île depuis onze ans observe depuis son muret. Un Québécois venu écrire un article pose les mauvaises questions aux bonnes personnes.
Trois pistes. Trois silences. Un saunier qui menace en public. Un gestionnaire dont les comptes ne ferment pas. Une femme qui ne joue plus de piano depuis quinze ans.
La météo annonce cent quarante kilomètres par heure. Le pont va fermer. Personne ne quittera l'île. Personne n'y entrera.
Sur ce rocher de sel, tout le monde a quelque chose à taire. Et le vent qui se lève n'emportera pas les secrets — il les exhume.

Extrait

Le vent n’avait pas encore tourné. Gaël Perthuis pédalait dans l’obscurité qui reculait, celle des cinq heures quarante du matin quand l’été s’étiole et que septembre reprend les clés. La piste cyclable longeait les marais par le nord, entre Ars et la Pointe de Chanchardon, un ruban d’asphalte fendu par endroits où les racines de tamaris soulevaient la croûte. Il connaissait chaque fissure. Ses roues les évitaient sans qu’il y pense, comme la langue évite une dent cassée. L’air sentait la vase et l’iode, cette odeur épaisse des bassins quand la marée se retire et que la saumure se concentre sous le ciel bas. Gaël inspira par le nez, profondément, la bouche fermée. Cinquante ans de ce souffle-là. Son père avant lui. Le père de son père avant. Les marais salants ne se transmettaient pas par héritage — ils se transmettaient par les poumons. Il portait un pantalon de toile grise, un pull marin élimé aux coudes, des bottes en caoutchouc dont le talon gauche commençait à se décoller. Ses mains sur le guidon étaient larges, calleuses, les ongles cerclés de sel séché que la douche n’enlevait plus depuis vingt ans. Un mètre soixante-quinze, carré, le torse épais, les épaules prises dans le tissu comme deux blocs de granit sous une bâche. Visage tanné, ridé prématurément par le soleil et le vent, nez fort, mâchoire serrée. Il ne parlait pas beaucoup. Les gens qui travaillent avec le sel finissent par lui ressembler — blancs, secs, silencieux. Le vélo grinça quand il quitta la piste pour s’engager sur le chemin de terre qui menait à ses bassins. Les cristallisoirs se trouvaient à trois cents mètres de la route, dans un repli du paysage que le Fier d’Ars protégeait du vent d’ouest. L’aube commençait à teindre l’horizon d’une couleur sale, un gris rosé qui ne ressemblait à rien, ni à un lever ni à un coucher — juste cette lumière indécise des côtes atlantiques quand la nuit lâche prise sans conviction. Il posa le vélo contre le muret de pierres sèches qui bordait le premier bassin. Le cadenas, il ne le mettait jamais. Qui volerait un vélo au milieu des marais à cinq heures du matin ? Les touristes dormaient dans leurs locations de La Couarde et du Bois-Plage, à cinq kilomètres de là. Ici, il n’y avait que les hérons, les avocettes et lui. Le rituel ne variait pas. Vérifier les niveaux d’eau dans les vasières. Contrôler le débit des trappes qui reliaient les bassins entre eux par un système de canaux peu profonds. Inspecter les cristallisoirs — les bassins terminaux, les plus petits, ceux où le sel se déposait en couches fines et blanches après des semaines d’évaporation. Goûter la saumure. Gaël trempait toujours l’index dans l’eau et le portait à ses lèvres. La concentration se mesurait au densimètre, mais il la sentait avec la langue. Son père disait que le sel avait cinquante saveurs différentes selon l’heure, le vent, la saison, le taux d’argile au fond du bassin. Gaël n’en distinguait qu’une vingtaine. C’était suffisant. Il descendit le talus qui séparait le chemin des premiers bassins. L’herbe rase craquait sous ses bottes. L’humidité de la nuit avait déposé une pellicule de rosée sur les murets d’argile qui compartimentaient les marais, et la lumière naissante faisait luire les surfaces comme de l’étain. Le silence était total — pas un moteur, pas une voix, pas même le cri d’un oiseau. Ce silence-là n’existait nulle part ailleurs. Il était fait de sel, d’eau immobile et de vent retenu. Gaël longea le premier bassin, le deuxième, le troisième. Tout était en ordre. Les niveaux correspondaient à ce qu’il attendait. La nuit avait été calme, sans pluie — la pluie était l’ennemie du saunier, elle diluait la saumure, ruinait des semaines de travail. Il bifurqua vers le cristallisoir principal, celui qu’il appelait « le carré », un bassin de huit mètres sur six, profond de quinze centimètres, bordé d’argile compactée. C’était là que la fleur de sel se formait — la fine pellicule cristalline qui affleurait à la surface quand les conditions étaient réunies : chaleur, vent léger, absence d’humidité. En septembre, la récolte touchait à sa fin. Les dernières fleurs seraient les plus belles, les plus concentrées, celles que les connaisseurs s’arrachaient. Il vit la forme depuis le bord du bassin adjacent. Son cerveau mit trois secondes à traiter l’information. Trois secondes pendant lesquelles ses yeux transmirent une image que son esprit refusa d’assembler. Une masse sombre dans le cristallisoir. Allongée.
Meurtre à l’Île de Ré par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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