Éditions Revolu — Maison d'édition de guides pratiques
Meurtre à Colmar — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Colmar

Enquête au cœur du marché de l'art et des secrets de l'Alsace

Pages 227
Langue Français
ISBN 9798249551636
Parution 23/02/2026
Format broché 13,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Colmar, novembre 2025. Un antiquaire est retrouvé mort au pied d'un escalier de pierre, dans la salle gothique du Koïfhus. La porte était verrouillée de l'intérieur. Ses chaussures étaient propres. Sa montre s'était arrêtée à 23h47.
Sur son bureau, rue des Marchands, un socle en noyer. Rond, de la taille d'une soucoupe. Vide.
L'homme préparait une exposition sur un panneau disparu de Martin Schongauer — une Annonciation sur bois de tilleul, confisquée à une famille juive en 1943. Autour de cette exposition qui n'aura jamais lieu, des notables se taisent, un assistant classe des dossiers, une experte autrichienne renverse des piles de documents, et un Québécois photographie les reflets dans la Lauch.
Le narrateur observe. Il ne sait pas encore ce qu'il cherche. Mais quelque chose manque sur ce socle, et ce qui manque explique tout.
À Colmar, les silences tuent aussi.

Extrait

Il me semble que c’était un mardi. Oui, un mardi, le 18 novembre. Je m’en souviens à cause du brouillard — un brouillard épais, presque solide, qui donnait aux rues de Colmar l’aspect d’un décor dont on n’aurait pas encore réglé l’éclairage. J’étais arrivé le samedi précédent, par le train de l’après-midi. Marc m’avait attendu sur le quai de la gare, les mains dans les poches de son caban, avec cet air de propriétaire satisfait qu’il prenait chaque fois qu’il me faisait découvrir un endroit qu’il aimait. J’étais descendu à l’hôtel, place de la Gare. Une chambre au deuxième étage, avec une vue sur les toits et, au loin, la silhouette de la collégiale qui dépassait de la brume comme un navire à l’ancre. Marc avait insisté pour que je vienne. Il insistait depuis des semaines. « Tu as besoin de sortir de chez toi, ça fait six mois que tu ne fais rien. » Ce n’était pas tout à fait exact. J’avais fait des choses. Des choses sans importance, des choses qui ne comptaient pas, des choses qu’on fait quand on ne fait rien. Mais Marc avait cette capacité, que je lui enviais sans le lui dire, de transformer une inquiétude en invitation — il ne demandait pas comment j’allais, il proposait un train. Ce mardi matin, donc, j’ai quitté l’hôtel vers sept heures moins le quart. Je ne dormais plus très bien depuis quelque temps. Le lit était confortable, la chambre silencieuse, mais quelque chose me réveillait toujours avant l’aube — une pensée, peut-être, ou l’absence de pensée, ce qui revient au même quand on a l’habitude que la tête ne s’arrête jamais. J’ai pris le café au bar de l’hôtel, seul, debout, et je suis sorti. La place de la Gare était déserte. Le brouillard effaçait les contours des immeubles, les transformait en masses grises dont on ne distinguait que les étages inférieurs. J’ai remonté la rue de la Gare, puis la rue Kléber, et je me suis retrouvé dans la vieille ville sans vraiment l’avoir décidé — mes pieds connaissaient déjà le chemin, après trois jours. Il y a des villes qui se laissent arpenter comme ça, sans carte, sans intention, et Colmar était de celles-là. Les rues convergeaient vers le centre avec une logique presque organique, les colombages servaient de repères, on finissait toujours par retrouver un nom qu’on avait lu la veille. J’ai pris la Grand’Rue. Le pavé était mouillé, il avait dû pleuvoir pendant la nuit, et mes pas résonnaient dans le silence avec cette netteté que seul le brouillard permet — comme si la ville, en effaçant les distances, amplifiait les sons. Les boutiques étaient encore fermées. Quelques lumières aux fenêtres des étages, le bruit d’une radio derrière un volet, l’odeur du bois mouillé qui montait des façades à colombages. Je me demandais si c’était du chêne ou du sapin. Je ne sais plus pourquoi cette question m’occupait ce matin-là, mais elle m’occupait, et je regardais les poutres sombres des façades en essayant de reconnaître l’essence du bois à sa couleur, à son grain, à la manière dont il avait vieilli. Le chêne noircit. Le sapin grisonne. Ou l’inverse. Je n’étais plus très sûr. La Grand’Rue débouchait sur un croisement que je connaissais déjà — à droite, la rue des Marchands ; à gauche, quelque chose que j’avais oublié. J’ai pris à droite, par habitude ou par curiosité, je ne sais plus. La rue des Marchands est étroite, bordée de maisons dont les étages en surplomb semblent vouloir se toucher par-dessus la chaussée. Le brouillard y était plus dense encore, comme pris au piège entre les façades. J’ai marché lentement, en levant les yeux vers les enseignes, les oriels, les détails sculptés que la brume rendait flous puis nets selon les caprices d’un courant d’air. Et puis j’ai vu la Maison Pfister. Je l’avais déjà remarquée les jours précédents, mais ce matin-là, dans le brouillard, elle avait quelque chose de différent — une présence, une densité. Sa façade peinte émergeait de la brume par fragments : d’abord l’oriel d’angle, massif, soutenu par une console sculptée, puis les médaillons, les allégories, les portraits d’empereurs romains alignés sous la corniche. L’ensemble datait de 15371. Renaissance rhénane, disaient les guides — ce qui signifiait en pratique une Renaissance encore tributaire du Moyen Âge, empêtrée dans ses colombages et ses tourelles, incapable de se défaire tout à fait de l’architecture gothique qu’elle prétendait dépasser.
Meurtre à Colmar par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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