Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à Cannes — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Cannes

Un thriller psychologique dans les coulisses du Festival

Pages 229
Langue Français
ISBN 9798197099778
Parution 15/05/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Mai, à Cannes. Le Festival bat son plein. À l'aube du sixième jour, on retrouve Aurélien Vasse immergé jusqu'aux clavicules dans la baignoire de la suite 614 du Martinez. Soixante-deux ans, producteur. Son film, La Pantiéro, devait être projeté en compétition officielle le surlendemain. Sur le rebord, une bouteille de Krug à moitié bue. Au sol, une coupe intacte, le pied tourné vers la porte, et au revers du verre une trace de rouge à lèvres corail. La porte était verrouillée de l'intérieur. Le commissaire Roland Chasselat, muté de Lyon, prend la Croisette à pied. Une veuve dans une villa Belle Époque. Un co-producteur hongrois au Carlton. Une jeune comédienne aperçue dans le hall à vingt-trois heures quarante. Une secrétaire, chignon strict, bracelet d'argent au poignet droit. Et un manuscrit relié toilé bleu nuit dont personne, à Cannes, n'a jamais lu une ligne. Le Festival se termine dans neuf jours. À Cannes, en mai, il faut savoir choisir entre le tapis rouge et la vérité.

Extrait

À huit heures quinze, la Croisette était encore une promesse. Les barrières du Festival s’élevaient le long des trottoirs, manipulées par des hommes en gilet fluorescent qui parlaient peu et bâillaient beaucoup. Sur la chaussée, deux camions de tapis rouge déchargeaient leurs rouleaux, et l’asphalte renvoyait déjà la chaleur de mai comme une plaque chauffée. La mer, en face, s’étalait sans rides, d’un bleu presque indécent à cette heure. Le commissaire Roland Chasselat traversa le hall du Martinez sans regarder personne. Il portait un costume gris fer un peu trop chaud pour la saison, une cravate sombre, et une serviette en cuir si vieille qu’elle avait pris la teinte du tabac. Le directeur de l’hôtel, M. Lambrechts, l’attendait près de l’ascenseur de service, en complet bleu nuit, les mains croisées devant lui à la manière d’un homme qui attendrait l’oraison funèbre d’un parent éloigné. Il s’inclina à peine. — Commissaire. Sixième étage. Le couloir est dégagé. Mes équipes ont été informées de ne rien dire à personne. — Vos équipes savent quoi, exactement ? — Le moins possible. — C’est en général le mieux que l’on puisse demander à des équipes. Lambrechts ne sourit pas. La cabine monta sans bruit. Quand les portes s’ouvrirent au sixième, l’odeur d’encaustique et de fleurs coupées tomba sur Chasselat comme un voile. Il marcha le long du couloir tapissé d’un velours côtelé crème, dépassa trois portes identiques, et s’arrêta devant la 614. Le capitaine Sandra Brogniart l’attendait, dossier sous le bras, les pommettes rougies par on ne savait quelle indignation contenue. Derrière elle, le lieutenant Brice Vauthier prenait des notes avec une application excessive. — Personne n’est entré depuis sept heures quarante, dit Brogniart. La femme de chambre a ouvert, a refermé, a appelé. — Elle est où, cette femme de chambre ? — Dans la lingerie du quatrième. Sous médicament léger. — Ne la lâchez pas. Je la vois après. Il poussa la porte. La suite 614 était de celles que l’on photographie pour les magazines : un salon en enfilade, un petit cabinet en alcôve, une chambre dont on apercevait le pied du lit par une porte entrouverte, et, au fond, la salle de bain dont la lumière débordait sur le parquet. Tout, ici, était mesuré au cordeau — les coussins, les rideaux, le bouquet de tubéreuses qui sentait déjà la fin d’une fête. Sur la table basse, une bouteille de Krug à moitié vidée transpirait dans son seau d’argent. Un peignoir blanc traînait sur le bras d’un fauteuil, comme jeté en chemin. Chasselat connaissait ce genre de pièces. Elles avaient le bon goût de ne jamais paraître habitées par quiconque en particulier, et celui, plus redoutable, de garder pour elles ce qui s’y passait. Il avança jusqu’à la salle de bain et s’arrêta sur le seuil. Aurélien Vasse reposait dans la baignoire en marbre, immergé jusqu’aux clavicules, le menton légèrement relevé par l’angle du dossier, la bouche entrouverte sur une absence de souffle qui paraissait, à première vue, presque délibérée. Le visage était gris, les paupières bleutées. Une main flottait sur l’eau, paume offerte. L’autre était posée sur le rebord de la baignoire, comme s’il avait voulu se redresser au dernier moment et y avait renoncé. Sur le marbre, près du robinet, une coupe de champagne vide. Au sol, une seconde coupe, intacte, couchée sur le flanc. Chasselat ne fit pas un pas de plus. — Le photographe est en route ? — Dix minutes, dit Brogniart. — Personne ne touche rien. Il regarda longuement le sol. Le carrelage autour de la baignoire était sec. Sec en entier — pas une éclaboussure, pas une trace d’eau remontée par les flancs de marbre. C’était la première chose qui ne convenait pas. Un homme qui se noie agite les bras, frappe l’eau, soulève des vagues. Vasse, lui, avait coulé comme une pierre soigneusement déposée. Il passa au salon. La fenêtre donnait sur la Croisette. En bas, les ouvriers déroulaient le tapis rouge devant le Palais à un kilomètre, et la mer, derrière les palmiers, ressemblait à une toile que personne n’aurait encore songé à signer. Chasselat la regarda quelques secondes. Il avait quitté Lyon huit mois plus tôt pour cette ville qu’il n’avait jamais vraiment voulue ; il s’y déplaçait depuis lors comme un visiteur dans la maison d’un cousin éloigné. Brogniart le rejoignit. — Aurélien Vasse, soixante-deux ans, producteur. Devait présenter demain La Pantiéro, en compétition officielle. — Devait. — Festival oblige, tout le monde l’attendait. C’est son retour. Quinze ans qu’il n’avait rien sorti.
Meurtre à Cannes par Guillaume Germain - Éditions Revolu

Dans la même collection

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. En continuant à naviguer, vous acceptez notre politique de confidentialité.