Thriller et policier
Mais Ashworth posait des questions depuis plusieurs jours. Des questions sur des certificats d'authenticité, sur des transactions anciennes, sur des noms que certains auraient préféré qu'il ne prononce pas.
Entre les salons dorés et les passages dérobés du palais, les alibis se contredisent, les loyautés vacillent, et des secrets vieux de trente ans commencent à remonter à la surface.
Les palais gardent tout — les dorures et les crimes.
Meurtre à Buckingham Palace
Une enquête criminelle dans les couloirs secrets de la Couronne britannique
Format broché
14,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Un vendredi soir de mars 2025, Buckingham Palace accueille une réception privée pour le dévoilement d'un Vermeer restauré. Dîner aux chandelles, Debussy au piano, champagne sous les lustres. Sir Edward Ashworth, gestionnaire des finances royales, est retrouvé étranglé dans l'East Gallery, un cordon de soie autour du cou et un bouton de manchette en argent serré dans la main gauche. Le palais est verrouillé. Soixante invités. Personne n'a rien vu.Mais Ashworth posait des questions depuis plusieurs jours. Des questions sur des certificats d'authenticité, sur des transactions anciennes, sur des noms que certains auraient préféré qu'il ne prononce pas.
Entre les salons dorés et les passages dérobés du palais, les alibis se contredisent, les loyautés vacillent, et des secrets vieux de trente ans commencent à remonter à la surface.
Les palais gardent tout — les dorures et les crimes.
Extrait
Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté cette invitation. Marcus m’avait appelé un mardi soir, ou peut-être un mercredi, pour me dire qu’il avait besoin d’un expert indépendant à une réception de la Royal Collection Trust, et que mon nom était le premier auquel il avait pensé. C’était flatteur. Marcus Jessop avait cette façon de vous flatter qui ne ressemblait pas à de la flatterie — il énonçait les choses calmement, avec son accent de Glasgow qui rendait tout un peu plus rugueux et un peu plus sincère, et on finissait par accepter sans savoir exactement à quel moment on avait dit oui. J’ai traversé le Mall à pied depuis mon hôtel de Buckingham Palace Road, un petit établissement sans charme à deux rues de Victoria Station dont j’ai oublié le nom. Il pleuvait, une pluie fine qui ne mouillait pas vraiment mais qui donnait aux réverbères un halo un peu flou, comme sur les photographies de Londres qu’on voit dans les guides et qui ne ressemblent jamais à Londres. Il devait être sept heures et demie. Le Mall était presque désert — quelques taxis noirs, un jogger en short malgré le froid, et au bout de l’avenue, derrière les grilles et le Victoria Memorial, la façade de Buckingham Palace éclairée par des projecteurs qui lui donnaient une blancheur de sucre. J’ai pensé à un gâteau de mariage. C’est une pensée idiote, mais c’est celle qui m’est venue, et je n’ai pas l’habitude de censurer mes pensées idiotes parce qu’elles sont parfois les plus justes. Le contrôle de sécurité au Grand Entrance1 m’a pris un certain temps. Un homme en costume sombre a vérifié mon invitation, mon passeport, puis m’a fait passer sous un portique qui n’a pas sonné. Un deuxième homme, tout aussi sombre, m’a accompagné jusqu’au pied du Grand Staircase. L’escalier montait en courbe, large, tapissé d’un rouge profond qui absorbait le bruit des pas. Les murs étaient couverts de portraits — des rois, des reines, des ducs dont je ne connaissais pas les noms mais dont je reconnaissais les peintres. Un Lawrence, ici. Un Winterhalter, là2. Les cadres dorés brillaient sous les lustres, et chaque marche de l’escalier produisait un craquement discret, comme si le palais accusait réception de ma présence. En haut du Grand Staircase, un couloir menait vers les salons d’État. J’entendais déjà le murmure d’une réception — ce bruit particulier que font cinquante ou soixante personnes qui parlent en même temps dans une pièce trop grande pour elles, un bruit qui ressemble à celui d’un ruisseau, régulier et sans signification. J’ai traversé la Guard Room, puis je suis entré dans la Green Drawing Room, et c’est là que j’ai retrouvé Marcus. Il portait un costume bleu marine qui lui allait très bien et tenait une coupe de champagne qu’il n’avait pas encore touchée. Marcus ne buvait jamais la première demi-heure — il regardait d’abord, il écoutait, il cartographiait la salle. C’était un réflexe de son métier. Expert en sécurité des œuvres d’art, il avait passé vingt ans à évaluer les risques dans les musées et les collections privées, et il ne pouvait pas entrer dans une pièce sans repérer les sorties, les caméras, les angles morts et les tableaux mal accrochés. — Tu as trouvé facilement ? m’a-t-il demandé. — Le palais est assez bien indiqué. Il a souri. Marcus souriait rarement, mais quand il le faisait, ses yeux se plissaient d’une façon qui donnait envie de lui faire confiance. Je lui faisais confiance. C’était l’un des rares. La réception se tenait dans la Ball Room3, une salle immense où les lustres en cristal semblaient flotter à une altitude improbable. Le plafond était si haut que les voix montaient et ne redescendaient pas. J’ai compté six lustres. Non, sept. L’un d’eux, le plus proche de l’orgue, avait une pampille légèrement désaxée — je ne sais pas pourquoi j’ai remarqué cela, mais c’est le genre de détail qui s’imprime dans ma mémoire sans que je l’y invite. Marcus m’a présenté quelques personnes dont je n’ai retenu que les noms et les fonctions, dans cet ordre. Il y avait un attaché du Lord Chamberlain, une conservatrice adjointe de la Royal Collection, un photographe officiel qui semblait s’ennuyer considérablement, et un couple dont l’homme travaillait dans la finance et la femme ne travaillait nulle part mais en faisait beaucoup de bruit. J’ai souri à chacun d’eux avec cette politesse automatique que dix ans de dîners professionnels m’avaient apprise et que la fatigue n’entamait jamais.