Thriller et policier
Un appel, un train de nuit, une gare sous le givre. Une femme descend sur le quai avec un sac de voyage et une question que personne ne lui a posée.
Dans les locaux d'un cabinet de gestion de fortune, l'alarme était désactivée. Dans les relevés trimestriels, les chiffres sourient aux clients. Dans un parking souterrain, quelqu'un attend.
Entre Annecy, Luxembourg et Singapour, les flux circulent. Les façades tiennent. Les sourires aussi — jusqu'à ce qu'une analyste commence à lire ce que les tableaux ne disent pas.
Le lac est transparent. Ce qui se passe en dessous ne l'est jamais.
Meurtre à Annecy
Thriller financier et romance noire — Quand la traque mène là où les défenses s'effondrent
Format broché
13,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Annecy, un vendredi de janvier. Un homme est retrouvé mort à son bureau, le café encore tiède sur le sous-main. Arrêt cardiaque, classe le parquet. Quarante-huit heures, et le dossier se ferme.Un appel, un train de nuit, une gare sous le givre. Une femme descend sur le quai avec un sac de voyage et une question que personne ne lui a posée.
Dans les locaux d'un cabinet de gestion de fortune, l'alarme était désactivée. Dans les relevés trimestriels, les chiffres sourient aux clients. Dans un parking souterrain, quelqu'un attend.
Entre Annecy, Luxembourg et Singapour, les flux circulent. Les façades tiennent. Les sourires aussi — jusqu'à ce qu'une analyste commence à lire ce que les tableaux ne disent pas.
Le lac est transparent. Ce qui se passe en dessous ne l'est jamais.
Extrait
Il devait être un peu plus de dix-huit heures quand le téléphone a sonné. Je me souviens que la lumière dans le bureau avait déjà changé — cette lumière de janvier à Lyon, grise et courte, qui donne l’impression que la journée ne s’est jamais vraiment levée. J’étais en train de refermer un dossier, un contrôle de routine sur une société de gestion parisienne dont je ne retrouve plus le nom. Peut-être Richelieu Capital, ou Rivoli Capital — quelque chose avec une rue parisienne, comme beaucoup de ces cabinets qui croient que l’adresse fait la compétence. Le nom de Nora s’est affiché sur l’écran. Nora Vasseur. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis presque deux ans — un déjeuner rapide à Genève, entre deux trains, dans un restaurant près de la gare de Cornavin dont j’ai oublié le nom mais pas la nappe, blanche avec un fil tiré sur le bord. C’est étrange, les détails qui restent. J’ai décroché. — Mon père est mort. Sa voix était celle d’une avocate, pas d’une fille en deuil. Rapide, nette, sans vibrato. Elle parlait comme on rédige un mémoire — chaque phrase était un argument. — Mardi dernier. Arrêt cardiaque, au bureau. Il était assis à sa chaise quand la secrétaire l’a trouvé le matin. Le café était encore sur le sous-main. Le parquet a classé en quarante-huit heures. J’ai attendu. Avec Nora, il fallait toujours attendre la troisième phrase. Les deux premières posaient les faits. La troisième disait ce qu’elle pensait vraiment. — Je n’y crois pas. Il y a eu un silence. Pas le silence de quelqu’un qui attend une réponse — le silence de quelqu’un qui a fini de parler et qui sait que l’autre a compris. Nora n’était pas du genre à supplier. Elle n’a pas dit « j’ai besoin de toi ». Elle n’a pas dit « tu es la seule personne qui peut m’aider ». Elle a posé les trois phrases, et elle a laissé le silence faire le reste. J’ai regardé par la fenêtre. Le bureau de l’AMF1 donnait sur un parking et, au-delà du parking, sur les rails de la gare de la Part-Dieu. Un TGV venait de s’immobiliser, ses phares encore allumés dans le crépuscule. — Ton père avait des problèmes cardiaques ? — Aucun. Son dernier bilan était parfait. Septembre dernier. J’ai le compte rendu. — Le médecin légiste ? — Arrêt cardiaque d’origine indéterminée. Aucune autopsie approfondie. Aucune analyse toxicologique ciblée. Elle a marqué une pause, très brève — le temps de tirer sur une cigarette, j’ai reconnu le petit bruit sec de l’aspiration. Nora fumait des Vogue Superslims2, elle les tenait entre l’index et le majeur à l’ancienne, un geste que je lui avais toujours trouvé déplacé chez une fiscaliste et qui, peut-être pour cette raison, me la rendait sympathique. — Il y a autre chose, a-t-elle repris. L’alarme de son bureau était désactivée cette nuit-là. Mon père activait toujours l’alarme. Toujours. J’ai noté le détail sans le commenter. L’alarme désactivée. Un homme méthodique qui ne l’aurait pas oubliée. Le genre de chose qui ne veut rien dire ou qui veut tout dire, et qu’on ne peut distinguer qu’après coup. — Tu veux que je vienne. Ce n’était pas une question. Nora n’a pas répondu. Elle n’avait pas besoin de répondre. Le TER de 19 h 42 pour Annecy partait du quai C. Je me souviens du quai parce qu’il était à l’écart des autres, tout au bout de la gare, et qu’il fallait traverser un couloir souterrain mal éclairé pour l’atteindre — un de ces passages où l’on croise des gens pressés dont on ne voit que les chaussures. Il faisait froid. Pas le froid humide de Lyon, qui s’infiltre par les manches et colle à la peau — un froid plus sec, plus net, comme si l’air de janvier avait été passé au tamis. Le train était à moitié vide. Je me suis installée côté fenêtre, dans un carré de quatre places dont les trois autres sont restées vacantes. Le chauffage soufflait un air tiède qui sentait la poussière et le plastique chaud. J’ai posé mon sac à mes pieds — un sac de voyage pas très grand, noir, sans marque, que j’emportais pour les déplacements de deux ou trois jours. Je n’avais pris que le minimum : deux pulls, un jean de rechange, ma trousse de toilette, le chargeur de l’ordinateur. Je ne savais pas combien de temps je resterais. Je crois que je ne me posais pas encore la question.