Thriller et policier
Meurtre à Ajaccio
Un thriller domestique entre maquis, clan et silences corses
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Un matin de septembre, on retrouve Dominique Casabianca mort dans la chapelle funéraire de son clan. La porte était fermée à clé. La clé, unique, n'avait pas bougé de la maison de famille — où tout le monde, ce week-end-là, était réuni pour fêter ses quatre-vingts ans. Casabianca tenait le journal de la ville depuis trente ans. C'est lui qui décidait qui existait. Paris envoie le commissaire Pignol, rondouillard et pressé, qui se jure de boucler l'affaire en trois jours et de rentrer avant que ses chemises ne sentent le maquis. Il avait tout prévu. Sauf une île où l'on répond aux questions en resservant du sanglier, où les rues baissent le rideau à l'heure de la sieste, et où un clan entier peut vous sourire à table en vous regardant chercher dans la mauvaise direction. Neuf jours. Une famille. Et un mort qui en savait trop pour un homme qui n'écrivait plus rien.Extrait
À six heures quarante, la chemise du commissaire Hervé Pignol avait déjà rendu les armes. Le tissu, un coton à fines rayures qu’une vendeuse de la rue de Rennes lui avait garanti respirant, collait à ses omoplates comme un emplâtre. L’avion s’était posé douze minutes plus tôt sur le tarmac d’Ajaccio-Napoléon-Bonaparte1, et le commissaire avait compris, dès la passerelle, que la Corse de septembre n’avait pas reçu le mémo selon lequel l’été était terminé. Il se tenait devant le tapis à bagages, les mains dans le dos, dans cette posture qu’il jugeait propre à inspirer le respect et qui, ajoutée à sa rondeur, ne lui valait le plus souvent que la sollicitude des hôtesses. Le tapis tournait à vide. Il tournait depuis sept minutes, avec la patience indifférente des choses mécaniques, et Pignol le regardait tourner en songeant qu’il était précisément le genre d’homme à qui la valise arrivait en dernier. C’était un homme de cinquante-trois ans que sa silhouette faisait paraître débonnaire, ce qui constituait, dans son métier, un avantage qu’il avait appris à ne jamais dissiper trop vite. On le croyait lent parce qu’il était rond. On le croyait jovial parce qu’il transpirait. Les deux erreurs lui avaient rendu, au fil de vingt-huit ans de service, des aveux que des collègues plus secs n’auraient jamais obtenus. Il cultivait son embonpoint comme un joueur de poker cultive un tic : pour qu’on le sous-estime. Sa valise parut enfin, coincée entre un carton ficelé et un sac de golf. Il la cueillit, vérifia d’un coup d’œil que la fermeture n’avait pas souffert, et se retourna vers le hall. Un homme l’attendait, qui tenait une pancarte. La pancarte était une feuille de classeur sur laquelle on avait écrit au marqueur noir, en lettres capitales appliquées : COMMISSAIRE PIGNOLE. Le E final tenait du zèle plus que de l’orthographe. L’homme qui la brandissait devait avoir quarante ans, peut-être moins ; le soleil avait sur les Corses cet effet trompeur qui ajoute une décennie aux uns et l’enlève aux autres, sans logique apparente. Il était mince, vêtu d’une chemisette de gendarme impeccablement repassée, et il regardait Pignol approcher avec l’expression de quelqu’un qui a déjà identifié sa cible mais juge inutile de se précipiter. — Brigadier Santoni, dit-il en abaissant la pancarte. Je vous emmène. — Pignol. Sans E. — Je sais. C’est l’imprimante qui ajoute des choses. Le commissaire considéra la feuille manuscrite, le marqueur, l’absence totale d’imprimante dans cette affaire, et décida que la matinée était trop avancée pour relever. Il tendit la main. Santoni la serra, brièvement, puis se saisit de la valise avant que Pignol ait pu protester, et se dirigea vers les portes vitrées d’un pas tranquille qui n’invitait pas à la discussion. Dehors, la chaleur tomba sur le commissaire comme une couverture qu’on n’avait pas demandée. Sept heures du matin, et l’air sentait déjà le goudron tiède, le sel, et quelque chose de végétal et de poivré qu’il n’aurait pas su nommer et qui montait des collines roussies au-delà du parking. La voiture de service était une berline grise garée en plein soleil, portière déjà brûlante. Santoni rangea la valise dans le coffre, s’installa au volant, et attendit que le commissaire ait bouclé sa ceinture pour démarrer. — Bon, dit Pignol en sortant un calepin. Faites-moi le tableau. — Le tableau. — La victime. Les circonstances. Ce qu’on a, ce qu’on n’a pas. Je voudrais avoir les grandes lignes avant d’arriver. Santoni engagea la berline sur la route de l’aéroport, doubla un autocar, et laissa s’installer un silence que Pignol prit d’abord pour de la concentration. — Vous êtes déjà venu en Corse ? demanda le brigadier. — C’est un tableau que je vous ai demandé, brigadier, pas un questionnaire de vacances. — Je demande parce que la route va longer le golfe dans deux minutes, et que les gens, en général, regardent. Après on parle. Pignol leva les yeux de son calepin. La route, en effet, venait de s’ouvrir sur une étendue d’eau d’un bleu si dense qu’elle paraissait épaisse, bordée de montagnes qui descendaient jusqu’à elle sans transition, comme si quelqu’un avait posé la mer au pied de l’île sans prendre la peine d’aménager un littoral. C’était indéniablement beau. Le commissaire l’enregistra de la même manière qu’il enregistrait tout : comme un fait, à classer, dont il verrait plus tard s’il avait une utilité. — C’est noté, dit-il. Le tableau.