Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Les algorithmes de l'âme — Ryoichi Kuroda — Éditions Revolu
Romans et littérature

Les algorithmes de l'âme

50 récits d'anticipation sur l'intelligence artificielle et l'âme humaine

Pages 217
Langue Français
ISBN 9798195540357
Parution 04/05/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

LA NOUVELLE GÉNÉRATION DE FICTION D'ANTICIPATION : 50 RÉCITS DANS LA TRADITION DU SHORT SHORT JAPONAIS !
Les algorithmes de l'âme est un recueil de 50 récits d'anticipation qui interrogent ce que l'intelligence artificielle fait de l'humain. Mémoire augmentée, identité fragmentée, lien sous algorithme, conscience sous-traitée, émotion calibrée : cinq thèmes, dix récits chacun, une chute glaçante à chaque fin de page.
Ryoichi Kuroda, déjà auteur d'un manuel sur l'art du haïku salué pour sa rigueur (HaikuMania), explore ici une autre forme brève de la tradition japonaise : le short short, micro-nouvelle popularisée par Shin'ichi Hoshi et devenue un genre littéraire à part entière au Japon. Économie radicale, ton clinique, situations apparemment ordinaires qui basculent dans le vertige en quelques phrases : chaque récit dure le temps d'un trajet, mais reste en mémoire bien plus longtemps.
Si vous avez aimé l'inquiétude diffuse de Black Mirror, les chutes vertigineuses de La Quatrième Dimension ou la fiction philosophique de Ted Chiang, vous tenez entre les mains un livre qui prolonge cette lignée — en français, et avec la concision tranchante héritée de la tradition japonaise du récit court.
50 récits. 50 chutes. 50 questions sur ce qu'il restera de nous.

Sommaire

Mémoire augmentée
L’archiviste
Service après-vente
Le témoin
Capacité saturée
Don d’organes
Mode démonstration
La fille de l’inventeur
Le contrat
Mise à jour obligatoire
Le centenaire
Identité fragmentée
Avatar de courtoisie
Le double
Profil supprimé
Service funéraire premium
Ressemblance frappante
Tableau de bord
La voix
Démission
Test de Turing inversé
Héritage
Lien sous algorithme
Compatibilité
Médiateur
Le deuil optimisé
Ami recommandé
Non-réponse
Le mariage
Anniversaire
Service inclus
Conflit d’intérêts
Successeur désigné
Conscience sous-traitée
Décision assistée
Question morale
Pilote automatique
Diagnostic
Vote éclairé
Conseiller spirituel
Examen de conscience
Délégation totale
Le philosophe
Auto-suggestion
Émotion calibrée
Thérapie express
Modulation affective
Désir prédictif
Peur dosée
Pleurer sur commande
Le client satisfait
Empathie augmentée
La colère manquante
Couple apaisé
Le dernier sentiment

Extrait

L’homme avait choisi la clinique la plus chère. Le bâtiment se trouvait dans un quartier discret, à l’écart du centre. Aucune enseigne. Une simple plaque de cuivre près de la porte indiquait le nom de l’établissement en lettres minuscules. Il avait pris rendez-vous trois mois plus tôt. La liste d’attente était longue. On lui avait expliqué que la qualité du service exigeait une préparation soignée, des entretiens préalables, une analyse approfondie du dossier. Il avait répondu à toutes les questions, signé tous les formulaires, payé l’acompte et le solde. Il voulait oublier une femme. Une relation de trois ans, un mariage évité de justesse, une rupture mal vécue. Il en avait assez de la voir dans son sommeil. Il en avait assez de croire la reconnaître dans la rue. Il voulait que cela cesse, proprement, définitivement. Le médecin l’avait reçu une dernière fois la veille de l’opération. — Vous comprenez bien que la procédure est irréversible. — Je comprends. — Tout sera retiré. Le visage. La voix. Le prénom. Les habitudes. Les disputes. Les bons moments aussi. Nous ne pouvons pas trier finement. — C’est ce que je veux. — Vous risquez de croiser cette personne après l’opération. Vous ne la reconnaîtrez pas. Mais elle, oui. — Je m’en moque. Le médecin avait hoché la tête. Il avait fait signer un dernier formulaire. L’opération dura quatre heures. À son réveil, il se sentit léger, comme après une longue maladie. On lui présenta un récapitulatif officiel : trois ans de souvenirs avaient été retirés, soit environ deux cent soixante gigaoctets. Il signa la décharge sans regarder. Il quitta la clinique en début d’après-midi. La rue lui parut plus vive qu’à l’arrivée. Il marcha sans but. Il s’arrêta devant un café qu’il ne connaissait pas et entra. Il commanda un thé. Il sortit son téléphone, fit défiler distraitement les photos. Aucune ne lui posait problème. Une femme entra et s’installa à deux tables de la sienne. Elle commanda un café noir. Elle posa sa tasse, puis s’arrêta net en le voyant. Elle ne dit rien. Ses yeux se remplirent lentement de larmes. Elle baissa la tête. Il se leva par politesse. Il s’approcha. — Madame, vous allez bien ? Elle leva les yeux. Elle dit son prénom, à lui. Elle le dit doucement, comme on prononce un mot étranger qu’on hésite à mal articuler. Il sourit. — Vous me confondez sans doute avec quelqu’un. Elle le regarda longtemps. Elle dit son nom de famille, son lieu de naissance, le nom de sa mère. Il y eut un silence. — Je suis désolé, dit-il. Je ne vous connais pas. Elle posa de l’argent sur la table. Elle quitta le café sans terminer son café. Il retourna à sa place. Il but son thé. Il pensa que cette femme devait être malade. Elle avait pourtant l’air équilibrée. Sans doute une coïncidence troublante : un visage qui rappelle un visage, un prénom partagé. Cela arrive. Il finit son thé, paya, sortit. La rue était belle. Il décida de marcher jusque chez lui. Le soir, il oublia complètement l’incident. La femme, elle, ne l’oublia pas. Elle rentra chez elle. Elle ouvrit l’album photo qu’ils avaient fait ensemble. Elle le regarda longtemps. Puis elle prit rendez-vous, à son tour, dans la même clinique. La liste d’attente était toujours de trois mois. Elle paya l’acompte le soir même.

Service après-vente La veuve appela le support technique trois mois après l’enterrement. L’opérateur décrocha à la troisième sonnerie. Sa voix était posée, courtoise, légèrement nasale. — Bonjour madame. Numéro de contrat ? Elle dicta la longue série de chiffres figurant sur la carte plastifiée que son mari conservait dans son portefeuille. L’opérateur consulta le dossier. Il y eut quelques secondes de silence pendant qu’il parcourait les informations. — Je vous écoute, madame. Elle hésita. Elle avait préparé sa phrase, mais elle hésita quand même. — Voilà. Mes souvenirs de mon mari me semblent étranges. — Étranges en quel sens ? — Il y a des moments où je suis sûre qu’il a été odieux avec moi. Des disputes, des humiliations. Et quand j’essaie d’y penser maintenant, je les revois autrement. Plus douces. Presque tendres. Comme si on les avait reformulées. — Je comprends, madame. Pouvez-vous me donner un exemple précis ? Elle réfléchit.
Les algorithmes de l'âme par Ryoichi Kuroda - Éditions Revolu

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