Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Le tueur de la citadelle — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Le tueur de la citadelle

Un thriller historique au cœur de la Braderie de Lille

Pages 211
Langue Français
ISBN 9798197512857
Parution 19/05/2026
Format broché 13,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Premier samedi de septembre. Deux millions de visiteurs descendent sur les pavés du Vieux-Lille pour la plus ancienne braderie d'Europe. Sur le parvis de la cathédrale, parmi les coupelles en bakélite et les pendules dépareillées, un brocanteur ambulant déballe son fourgon. Au fond d'une caisse, un coffret de bois sculpté sans serrure, qu'il n'a jamais réussi à ouvrir. À neuf heures et quart, il le vend trois cents euros à un antiquaire parisien. À quatorze heures, le coffret a déjà changé de mains trois fois. Le lundi matin, un commissaire muté de Bordeaux découvre, dans une chambre d'hôtel de la rue Faidherbe, le corps d'un homme mort en dormant. Le mardi, une retraitée de Wazemmes ne se réveille pas. Le mercredi, un étudiant s'effondre devant ses boîtes aux lettres. Personne, à Lille, n'a remarqué qu'un objet circulait dans la foule. Personne ne sait encore que la plus ancienne famille de la ville le cherche aussi. Cent dix-sept ans après, l'Histoire n'oublie jamais tout à fait.

Extrait

À une heure quarante-sept, dans la nuit du six au sept juillet, Mathieu Vandevelde poussa la grille du jardin de l’hôtel particulier des Wattremez avec la délicatesse d’un homme qui ouvre un piano à queue. La pluie de l’après-midi avait laissé sur le gravier de la cour une croûte fine qui craquait sous les semelles. Il fit trois pas, écouta, fit trois pas encore. Le Vieux-Lille à cette heure-là respirait à plat, sans secousse, sans badaud, sans rien que la rumeur lointaine d’un boulevard d’Avesnes qui ne dormait jamais tout à fait. Une cloche sonna deux heures du quart à la cathédrale Notre-Dame de la Treille, deux coups étouffés qui glissèrent sur les tuiles comme une main qui essuie un comptoir. Vandevelde s’arrêta devant la porte de service. Il portait un blouson noir, des gants de cuir noir, des chaussures à semelles caoutchouc qu’il avait achetées au marché de Wazemmes pour douze euros et qu’il considérait comme son meilleur investissement professionnel. Sa silhouette, qu’on aurait dite découpée pour soulever des sacs de ciment, se mouvait avec une économie de gestes propre aux pianistes et aux assassins. Il avait, sous cette lourdeur, l’élégance de ceux qui font un travail manuel demandant une précision millimétrique. Le code de l’alarme lui avait coûté trois cents euros à un certain Régis, technicien chez un installateur de Tourcoing, qui les revendait à la sortie de son service comme on vend des œufs frais. Vandevelde composa la séquence. La diode passa du rouge au vert. Il poussa la porte. Le silence intérieur le saisit immédiatement, ce silence particulier des grandes maisons qui ont été habitées par les mêmes meubles pendant deux siècles et qui semblent les avoir absorbés. L’odeur de cire d’abeille montait du parquet. C’était une odeur dense, presque sucrée, mêlée à un parfum plus discret de cèdre et de papier ancien. Vandevelde, qui avait visité dans sa carrière un nombre raisonnable de demeures bourgeoises, classait les hôtels particuliers de Lille selon leurs odeurs. La cire d’abeille indiquait un personnel encore à l’ancienne, des gens qui frottaient les parquets le jeudi matin et qui parlaient à l’imparfait du subjonctif. C’était bon signe : qui se donnait la peine de cirer ses sols se donnait rarement celle d’installer une caméra cachée derrière un Corot. Il monta l’escalier de service. Quatorze marches, qu’il avait comptées trois semaines plus tôt en venant livrer une commande imaginaire à la cuisinière. Au palier, le couloir tournait à droite. Le cabinet de monsieur Wattremez — c’est ainsi qu’on disait à Lille, sans prénom, comme s’il n’y en avait qu’un — donnait sur la cour intérieure. La fenêtre y était fermée. Il poussa la porte avec le coude. Le cabinet sentait le tabac froid d’un cigare que personne n’avait fumé depuis longtemps. Une bibliothèque en chêne courait sur deux murs, garnie de reliures cuir aux dos fanés. Un secrétaire d’époque Louis-Philippe se tenait sous la fenêtre, fermé à clé, sans intérêt évident. Sur le mur d’en face, dans un cadre doré démesuré, un homme en redingote noire posait pour la postérité avec l’air de quelqu’un qui n’a jamais douté d’y avoir une place. Vandevelde lui jeta un regard rapide. Le visage était fin, le menton dur, la moustache taillée à l’équerre. Il ne lut pas la plaque sous le portrait. Les morts ne l’intéressaient pas, sauf à pouvoir les revendre. Sur la cheminée, deux bagues posées dans une coupelle d’argent. Sur le bureau, un cendrier en argent massif. Sur la table basse, à côté d’un fauteuil en velours grenat, un coffret. Vandevelde s’approcha. Le coffret faisait à peu près la taille d’une boîte à chaussures pour pied d’enfant. Bois sombre, peut-être du noyer, peut-être du palissandre — il ne fit pas la différence à la lumière de sa lampe stylo. Les quatre faces étaient sculptées de motifs entrelacés, des arabesques que l’œil suivait sans pouvoir s’y reposer. Pas de serrure. Pas de charnière apparente. Le couvercle semblait soudé au corps de la pièce, comme si l’ouverture relevait d’un savoir-faire qu’on ne révélait qu’aux initiés. Il le souleva. C’était plus léger qu’il ne l’aurait cru. Un coffret de noyer plein aurait pesé deux kilos ; celui-ci en pesait à peine un. Vide, probablement. Ou rempli de papier. Vandevelde se moquait du contenu. Il regardait l’enveloppe, le travail du bois, la patine. Un brocanteur ambulant lui en donnerait soixante.
Le tueur de la citadelle par Guillaume Germain - Éditions Revolu

Dans la même collection

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. En continuant à naviguer, vous acceptez notre politique de confidentialité.