Thriller et policier
Meurtre au Vésinet
Sept invités, sept secrets, un meurtre — vous croirez avoir compris jusqu'à la dernière page
Format broché
12,50 €
Format Kindle
6,99 €
Présentation
Le 14 juin 2025, Élisabeth Kerléau fête ses soixante ans dans sa villa du boulevard d'Angleterre, au cœur du Vésinet. Sept couverts sont dressés, le menu validé, les bouquets disposés. Tout doit être parfait. Sa gouvernante, employée depuis cinq mois, sait où ranger l'argenterie, à quelle heure servir le thé, quel verre réserver à Madame. Elle connaît la maison mieux que personne. Au cours de la soirée, Élisabeth annonce qu'elle a quelque chose à révéler. Elle préfère attendre le dessert. Elle n'aura pas le temps. Une cicatrice ancienne sous la nuque. Un tiroir entrouvert. Un nom écrit sur une enveloppe blanche. Sept invités autour d'une table, et personne qui soit tout à fait celui qu'il prétend être. Lisez attentivement. Tout est là, dès le premier chapitre.Extrait
Je passe la main sur la rampe en descendant l’escalier. C’est devenu un geste. Le bois est tiède sous la paume, ciré tous les vendredis matin par Mme Berthier, lisse au point qu’on dirait qu’il n’a jamais reçu d’écharde. Cinq mois que ma main glisse dessus à la même heure, dans le même sens, à la même vitesse. Cinq mois que je connais le grain. Je ne crois pas que je le ferai encore longtemps. Je m’arrête à la dernière marche. Le hall sent la cire. Et le lys. Madame a fait livrer trois bouquets ce matin - deux pour les consoles d’entrée, un pour la cheminée du salon. Elle les a disposés elle-même à sept heures, en peignoir de soie bleue, sans m’attendre. Elle ne laisse personne toucher ses vases. Elle les sort de la vitrine du buffet l’un après l’autre, elle les remplit d’eau, elle taille les tiges, elle place les fleurs. Je l’ai regardée faire une fois, à travers l’embrasure de la cuisine, en janvier. Elle ne m’avait pas vue. Elle est remontée sans me dire bonjour. C’est son anniversaire. Soixante ans aujourd’hui. Je traverse le hall sur la pointe des pieds - réflexe inutile, le marbre étouffe les pas mieux que n’importe quel tapis. Le marbre. Veines grises sur fond blanc. Importé de Carrare en 1989 selon Étienne, qui en parle parfois aux invités quand il a bu un verre de trop. Étienne aime parler d’argent. Élisabeth déteste qu’il en parle. Je l’ai entendue le lui reprocher trois fois en cinq mois. Je passe au salon. Les rideaux ont été tirés tôt ce matin. La lumière de juin entre par la baie vitrée et se pose sur le tapis persan que je connais désormais par cœur. La tache claire à droite du fauteuil bas - tache de thé, m’a dit Élisabeth une fois, sans préciser de qui ni de quand. Le motif décousu près de la cheminée, qu’aucun restaurateur n’a réussi à réparer. Les franges qui se prennent dans l’aspirateur que je passe trois fois par semaine. Je touche le dossier du canapé en passant. C’est un autre geste. Je ne m’en aperçois plus. Sur le buffet, un cadre en argent. Je l’ai astiqué la semaine dernière avec le chiffon spécial que Mme Berthier m’a montré à mon arrivée. Une photo en noir et blanc, années quatre-vingt à la lumière. Élisabeth jeune, en robe blanche, devant l’entrée d’une maison qu’on ne voit pas entièrement. Elle sourit, mais pas à l’objectif. Elle regarde quelqu’un qui se tient hors-champ. Je m’arrête une seconde. Une seconde de trop. Elle était belle. C’est étrange à penser. Je détourne les yeux. La table du dîner est dressée dans la salle à manger attenante, séparée du salon par une double porte en bois sombre que je laisse toujours ouverte le matin pour aérer. Sept couverts. Je les compte une fois. Puis je les recompte. C’est un tic que j’ai pris depuis que j’ai commencé à servir. Sept. Je m’approche du verre d’Élisabeth. Cristal taillé, gravé à ses initiales, EK enlacés dans un médaillon ovale. Elle ne boit que dans celui-là. Personne d’autre n’a le droit d’y toucher - pas même Étienne. Je l’ai sorti ce matin de la vitrine du buffet, je l’ai poli avec la peau de chamois rangée dans le tiroir du dessous, je l’ai posé sur la table à sa place exacte. Pas à droite du couteau, comme l’aurait fait une autre. À gauche du couteau, parce que c’est là qu’elle aime le voir. Je sais ce qu’elle aime. Je sais ce qu’elle déteste. Je sais qu’elle prend son thé à sept heures dix, jamais à sept heures, jamais à sept heures et quart. Je sais qu’elle tient son stylo entre l’index et le majeur quand elle réfléchit, jamais quand elle écrit. Je sais qu’elle fait pivoter sa bague - solitaire monté sur or blanc, héritée de sa mère — chaque fois qu’on prononce le nom d’Étienne en sa présence. Je sais qu’elle a une cicatrice ancienne sur la nuque, dissimulée par les cheveux, à peine visible quand elle relève son chignon devant le miroir de la coiffeuse. Je connais cette maison mieux qu’elle. Je continue. La cuisine est à l’arrière, séparée de la salle à manger par un long couloir tapissé de gravures équestres - Étienne collectionne les chevaux, Élisabeth supporte les chevaux. Je le sais aussi. Je sais beaucoup de choses qu’on ne m’a pas dites.