Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à la chocolaterie — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à la chocolaterie

Un roman policier au cœur des chocolatiers de Saint-Germain-des-Prés

Pages 255
Langue Français
ISBN 9798259292758
Parution 28/04/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Rue Saint-Sulpice, le 8 décembre, à six heures vingt-deux. La présidente de la Maison Vasselin-Chambard, dynastie chocolatière fournisseuse des ambassades depuis quatre générations, est retrouvée le front posé dans une nappe de chocolat noir tempérée à la perfection. Le médecin de famille parle d'arrêt cardiaque sur fond d'allergie. Le tablier blanc cassé, immaculé, parle d'autre chose. À six jours du pic de Noël, dans un laboratoire qui sent le cacao chaud et la vanille de Tahiti, la petite-fille de la défunte refuse la version commode et cherche, parmi les six personnes qui composent le cercle de la maison, celle qui a posé sur le bureau de sa grand-mère une praline qui n'existe dans aucun catalogue. Une éprouvette d'arôme commandée à Anvers. Une boîte en cuivre qui change de cheminée. Une clause oubliée dans un avenant de 2019. Et un parfum de gardénia qui tient lieu de signature, à qui sait le sentir.

Extrait

À six heures vingt-deux, la température du laboratoire de la Maison Vasselin-Chambard1, rue Saint-Sulpice, oscillait entre vingt-deux degrés à hauteur d’homme et trente-deux degrés très précisément à la surface des marbres en exploitation. C’était la fourchette de cristallisation du chocolat noir 72 %, et c’était la seule température qui comptât dans cet immeuble depuis quatre générations. Le reste du monde — la rue dehors, la nuit qui s’achevait, la pluie fine qui posait son vernis sur les pavés — appartenait à un autre régime thermique, plus aléatoire, plus indigne. Pascal Daumier, chef de production depuis dix-neuf ans, avait poussé la porte du laboratoire à six heures dix-huit, comme tous les lundis de décembre. Il avait accroché son manteau sur la patère du vestiaire technique, enfilé sa veste blanche, attaché sa charlotte, lavé ses mains à l’eau tiède pendant les quarante-cinq secondes réglementaires, et il s’apprêtait à allumer la grande étuve à parois en cuivre martelé lorsqu’il avait remarqué, du coin de l’œil, qu’elle tournait déjà. Ce n’était pas, en soi, un événement. Aglaé Vasselin-Chambard, soixante-douze ans, présidente du directoire et arrière-petite-fille du fondateur, avait conservé l’habitude d’arriver avant ses équipes pendant les pics de production. Ce qui l’était davantage, c’était que la porte battante du grand laboratoire fût entrouverte d’une dizaine de centimètres, et que la lumière à l’intérieur fût restée en mode nuit — autrement dit, les seules veilleuses des étuves et la lampe basse au-dessus du marbre central. Une économie de lumière qui, chez Aglaé, signalait toujours qu’elle préparait quelque chose qui ne regardait personne. Pascal poussa la porte de l’épaule, par pur réflexe de courtoisie. Il dirait plus tard, à l’inspecteur, qu’il avait d’abord cru à une plaisanterie. Madame appuyait ses deux paumes contre le marbre, le buste basculé vers l’avant, le front posé dans une nappe de chocolat noir tempérée à la perfection2. Le couvercle de la cuve était relevé. La spatule en inox reposait à gauche du marbre, lame propre. La balance affichait encore le poids du dernier pesage : quatre cent cinquante grammes. Aglaé ne bougeait pas. Le tablier blanc cassé qu’elle réservait aux fournées de Noël n’avait pas une éclaboussure, pas une trace, pas un pli mal placé. C’était cela, surtout, qui ne tenait pas debout. — Madame, dit Pascal, à voix très basse. Le mot tomba dans l’air saturé de cacao chaud sans rencontrer de résistance. Pascal s’approcha. La main droite d’Aglaé reposait sur le marbre, légèrement crispée, l’index pointant vers son carnet de recettes ouvert à plat. La main gauche pendait dans le vide. Le parfum du chocolat noir 72 %, sucré, profond, presque animal, se mêlait à un autre parfum, plus discret, presque floral, où Pascal crut reconnaître la signature olfactive de Madame — un gardénia ancien qu’elle se faisait composer chez un parfumeur de la rue de Tournon. Il s’agenouilla. Il prit le poignet. Il le reposa. Il appela ensuite, dans l’ordre, le médecin de famille, le commissariat du sixième arrondissement, et Mathilde. Mathilde Vasselin-Chambard, vingt-six ans, petite-fille unique, dormait rue de Vaugirard quand son téléphone vibra à six heures vingt-neuf. Elle ne décrocha qu’à la troisième sonnerie, par principe. Pascal ne téléphonait jamais avant huit heures, et jamais en dehors d’une question de matière première. La voix qu’elle entendit dans l’écouteur n’était pas celle qu’elle connaissait. — Mademoiselle. Il faut que vous veniez. Elle s’habilla en quatre minutes. Elle prit un taxi rue de Sèvres parce qu’elle avait, depuis l’enfance, une méfiance instinctive pour le métro à l’aube. Le chauffeur, qui voulait parler du temps, comprit à la troisième phrase qu’on ne le suivrait pas. Mathilde regardait par la vitre la pluie déposer ses fines aiguilles sur le bitume, et elle essayait de se rappeler, sans y parvenir, à quelle heure exacte elle avait quitté le laboratoire la veille au soir. Vingt-deux heures, peut-être. Sa grand-mère était encore là. Sa grand-mère était toujours encore là. Elle franchit la porte de la rue Saint-Sulpice à sept heures cinq. La boutique n’avait pas ouvert : les rideaux tirés, les vitrines voilées par le tissu de protection nocturne. L’escalier de service, qui descendait au laboratoire, sentait le café que Pascal venait de faire couler — un café qui resterait dans la cafetière, intact, jusqu’au lendemain. Le laboratoire l’accueillit comme il l’avait toujours accueillie : par l’odeur d’abord.
Meurtre à la chocolaterie par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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