Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Meurtre à Arcangues — Guillaume Germain — Éditions Revolu
Thriller et policier

Meurtre à Arcangues

Sept invités, un meurtre, mille mensonges — un thriller domestique au Pays basque

Pages 223
Langue Français
ISBN 9798259086807
Parution 27/04/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Arcangues. Une grande villa blanche aux volets bleus surplombe le golf, à l'écart du bourg. Madame Lormand, héritière du domaine viticole familial, fête ses cinquante ans. Sept couverts dressés sur la nappe brodée. Six invités, plus elle. Une extra recrutée pour la soirée passe entre les chaises, sert le velouté, écoute, observe. Personne ne lui parle vraiment, sauf une femme aux pieds nus dans le jardin. Au moment du dessert, l'hôtesse porte sa flûte aux lèvres. Trois minutes plus tard, elle s'effondre. La gendarmerie scelle la maison. Personne ne sort, personne ne dort. Au matin, l'autopsie révèle un poison qu'on ne croise plus depuis longtemps dans les vallées basques. Les craintes de l'extra montent d'un cran lorsqu'elle découvre une carte d'identité déplacée dans son sac. Et un dossier ouvert dans un bureau qu'elle n'aurait pas dû fouiller. Et un mot aimanté sur la porte du frigo, signé d'une initiale. Six convives. Six versions. Vingt-deux ans de silence. Et derrière chaque sourire poli, une vérité que personne ne voulait voir remonter.

Extrait

Mes chaussures me serrent depuis Bayonne. Je le sais avant même de descendre de la voiture. Je l’ai senti à Anglet, je l’ai senti sur la D932, je l’ai senti en montant la côte d’Arcangues. Maintenant que je coupe le moteur, je le sens vraiment. Le bord en cuir scie l’os de la cheville. Je ne devrais plus mettre cette paire. Je le sais depuis trois soirées. Je continue parce que c’est la seule paire correcte qui me reste. Je regarde la villa par la vitre. Grande. Blanche. Volets vert basque, presque noirs dans la lumière de fin d’après-midi. Une bâtisse longue, avec un perron de pierre, deux marronniers de chaque côté de l’entrée, et derrière, ce qu’il faut bien appeler une vue. Le golf en contrebas. Les Pyrénées au fond. Je ne suis pas connaisseuse, mais ça doit valoir cher, ce bout de paysage. J’ouvre le coffre, je sors mon sac. Le tablier blanc est plié en quatre au-dessus, comme toujours. Je le glisserai dans la cuisine, je le passerai en arrivant. C’est une habitude que m’a apprise une vieille extra de Saint-Jean-de-Luz, il y a des années. On n’arrive jamais en tablier. On entre comme une invitée. On ressort comme une domestique. Elle est morte l’année dernière. Je pense à elle souvent, sans savoir pourquoi. Je ferme la voiture. Je remonte l’allée. Le gravier crisse. Une odeur d’herbe coupée, fraîche, presque sucrée. Quelqu’un a tondu aujourd’hui, ou hier. Plus loin, je reconnais le bruit sourd d’une balle de golf qu’on tape — un bruit propre, mat, qu’on entend à des centaines de mètres dans ce genre de silence. Le clocher d’Arcangues sonne cinq heures. Cinq coups, espacés, lents. Je m’arrête une seconde sur le perron. Je respire. Je règle mon visage. Sourire poli, dos droit, voix basse. C’est le mode que j’enclenche avant chaque service, depuis dix ans. Je ne sais plus si c’est moi ou une fonction. Je sonne. La porte s’ouvre presque tout de suite — comme si on m’attendait derrière. Une femme grande, mince, en robe couleur sable. Cheveux blonds tirés en arrière. Pas de bijou apparent, sauf une chaîne fine au cou. Elle me regarde une seconde sans parler, puis elle sourit. — Mathilde ? — Bonsoir, madame. — Béatrice Lormand. Entrez. Elle s’efface. Je passe devant elle. Hall carrelé en tomettes anciennes, une console en bois sombre, un miroir piqué. L’odeur de l’intérieur me frappe avant tout le reste : cire d’abeille, fleurs coupées, et quelque chose d’autre, plus loin, qui sent le four. De l’agneau, peut-être. Du beurre. C’est elle qui a commencé à cuisiner. — La cuisine est par là. Je vais vous montrer. Elle marche devant moi. Je note la démarche. Précise, posée, un peu raide aux épaules. Une femme qui se tient. Ce n’est pas une qualité que j’enviais avant. Maintenant que j’ai trente-huit ans et le dos qui tire le matin, je l’enregistre comme une compétence. La cuisine est plus grande que mon studio. C’est ma première pensée — bête, immédiate. Elle est récente. Crédence en pierre claire, plan de travail en marbre, deux plaques à induction, un piano de cuisson au gaz, une grande hotte en cuivre. Au fond, une porte vitrée donne sur une terrasse couverte. Une bouteille d’huile d’olive est posée à côté de la planche. Le bouchon n’est pas vissé. — Vous avez l’habitude des grandes maisons ? — Oui. — Tant mieux. Je n’aime pas former. Elle dit ça sans agressivité. C’est un constat. Je hoche la tête. Elle me montre les choses. Le four à droite, qui ne ferme pas bien si on ne pousse pas fort. Le tiroir des couverts d’argent, en haut à gauche. La pièce d’office, derrière la double porte, où je trouverai les nappes, les serviettes, et le service de table. Elle parle vite, mais sans précipitation. Les phrases sont courtes. Elle ne répète rien. Si je rate une information, je la rate. — Sept couverts. Je vous ai laissé les indications sur le plan de table. C’est moi à cette place. Mon mari à celle-ci. Les autres, je vous explique au fur et à mesure si vous avez un doute. — Très bien, madame. — Le velouté en entrée — je l’ai préparé, vous n’avez qu’à le réchauffer doucement, à feu très bas, et ne le faites pas bouillir. Ensuite l’agneau. Le gigot est au four à basse température depuis quatorze heures, il sortira tout seul, vous n’avez rien à faire pour la cuisson.
Meurtre à Arcangues par Guillaume Germain - Éditions Revolu

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