Tourisme et voyages
Visiter Toulouse autrement
Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre
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Présentation
Pourquoi tant de visiteurs repartent-ils de Toulouse avec le sentiment d'être passés à côté de quelque chose ? Parce que cette ville ne se donne pas au premier regard. Elle n'a pas de silhouette évidente, pas de monument que le monde entier reconnaît, pas de centre historique qui se coche en une matinée. Elle a des cours qu'il faut pousser, des plafonds peints derrière des portes ordinaires, des clochers qu'on ne voit qu'en reculant, un fleuve qu'elle a longtemps traité en voisin encombrant. Ce guide propose quatre journées de découverte, une par quartier, conçues pour marcher et non pour courir : le cœur du pouvoir municipal et les palais nés d'une plante à teinture, les grandes pierres du nord et un quartier populaire que les circuits ignorent, la rive gauche d'où la ville se regarde enfin en entier, puis les marchés, la cathédrale inachevée et l'eau du canal. Histoire vérifiée, légendes annoncées comme telles, curiosités que personne ne signale, adresses confidentielles et art de vivre à table. De quoi comprendre une ville de brique rouge, et pas seulement la traverser.Sommaire
Avant-propos
La ville qui rougeoie
Jour 1. Au pied du Capitole
Les huit colonnes et leurs secrets
Rues étroites du vieux Toulouse
La fortune des marchands de pastel
Jour 2. Les pierres saintes du Nord
Le vaisseau de brique de Saint-Sernin
Le palmier des Jacobins
Arnaud-Bernard et ses tables du monde
Jour 3. La Garonne et sa rive gauche
Les arches têtues du Pont-Neuf
Saint-Cyprien, l’autre Toulouse
Une lumière sur les quais
Jour 4. Des Carmes au canal
Le ventre de la ville
À l’ombre des platanes du canal
Le carnet du voyageur
Le cassoulet et la violette
Tout ce qui se glisse dans la poche
Avant de partir
Testez vos connaissances
Extrait
Arrivez un soir de mai, vers vingt heures, et postez-vous au milieu de la place du Capitole. Vous verrez quelque chose qui ne se produit dans aucune autre ville de France. Le soleil descend derrière les toits de la rive gauche, la lumière prend cette obliquité de fin de journée, et la façade en face de vous change de couleur. Elle était rose à midi, d’un rose un peu fade, presque décevant. La voilà orange. Puis cuivre. Puis, pendant quelques minutes, franchement rouge, d’un rouge sourd de terre cuite qui semble venir de l’intérieur du mur. Les gens autour de vous sortent leur téléphone. Ils ont raison. Ce phénomène a une explication très simple et très matérielle, et je préfère vous la donner tout de suite, parce qu’elle explique aussi le reste de la ville. Toulouse est bâtie sur une plaine alluviale. Sous vos pieds, il y a des galets roulés par la Garonne et de l’argile, beaucoup d’argile. Ce qu’il n’y a pas, dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, c’est du calcaire de taille. Pour construire, les Toulousains ont donc fait ce que faisaient déjà les Romains sur place, ils ont cuit la terre du fleuve. La brique foraine est née de cette absence. C’est une brique particulière, que vous reconnaîtrez partout une fois qu’on vous l’aura montrée. Elle est plate, large, très mince par rapport à sa surface, à peu près comme un gros carreau. Elle était cuite dans des fours en plein champ –d’où son nom, « foraine », de « hors les murs » –et son format se prête à des appareillages décoratifs que la pierre ne permet pas. L’argile de la Garonne est riche en oxyde de fer. Voilà le rouge. Et comme la cuisson n’était jamais parfaitement homogène, chaque brique a sa nuance propre, du saumon pâle au bordeaux profond. Un mur toulousain n’est jamais d’une seule couleur. C’est pour cela qu’il vibre à la lumière rasante. Ce que la brique dit d’une ville Un matériau modeste impose une architecture modeste, dit-on. C’est faux, et Toulouse le prouve. Les bâtisseurs d’ici ont fait avec la brique tout ce que d’autres faisaient avec la pierre, et parfois davantage. Ils ont monté des clochers de cinquante mètres, des voûtes gothiques, des palais Renaissance. Ils ont simplement dû ruser. Quand on n’a pas de bloc, on multiplie les assises. Quand on ne peut pas sculpter, on dessine avec les joints, on alterne les orientations, on ménage des ombres. Vous verrez donc, au fil de ces quatre journées, des façades entières où le décor tient uniquement à la manière dont les briques sont posées. Des arcs en plein cintre montés en éventail. Des corniches en dents d’engrenage. Des clochers dont chaque étage change de rythme. Cela demande un œil un peu exercé, et je vous promets qu’il s’exerce vite. Il faut aussi savoir que la brique a une deuxième conséquence, moins poétique. Elle stocke la chaleur toute la journée et la restitue la nuit. En juillet, à vingt-trois heures, un mur de la rue Saint-Rome est encore tiède au toucher. La ville entière fonctionne comme un four à inertie. Les Toulousains le savent d’instinct, c’est pour cela qu’ils vivent dehors le soir et qu’ils disparaissent entre quatorze et dix-sept heures. Adoptez leur horaire, votre séjour s’en portera mieux. Le mot d’ici Vous entendrez très vite le mot boudu, souvent suivi de con, et il ne faut surtout pas s’en offusquer. C’est une contraction de l’occitan bou Diou, « bon Dieu », une exclamation de surprise, d’agacement ou d’admiration selon le ton. Le mot qui suit n’a ici aucune valeur d’insulte, il ponctue la phrase comme un point d’exclamation. Un Toulousain qui vous lance « boudu, quelle chaleur ! » ne dit rien d’autre que ce qu’il dit. En revanche, méfiez-vous des imitations. L’accent toulousain se moque plus facilement qu’il ne s’imite, et les visiteurs qui s’y essaient au bout de deux jours font sourire, ce qui n’est pas exactement l’effet recherché. Deux mille ans en quelques dates Toulouse existait avant Rome, sous la forme d’un oppidum gaulois installé un peu au sud de la ville actuelle, à Vieille-Toulouse. Les Romains descendent la vallée, fondent Tolosa sur son emplacement définitif au premier siècle avant notre ère, la dotent d’un rempart de brique dont vous verrez des morceaux, et en font une ville de passage entre la Méditerranée et l’Atlantique. C’est déjà sa vocation. Toulouse n’a jamais été un port ni une place forte de frontière, elle a toujours été un carrefour.