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Visiter Strasbourg autrement — Alain Schmidt — Éditions Revolu
Tourisme et voyages

Visiter Strasbourg autrement

Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre

Pages 169
Langue Français
ISBN 9798188011000
Parution 19/07/2026
Format broché 16,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Et si vous quittiez la file d'attente pour voir enfin la ville ? Strasbourg se visite d'ordinaire en trois heures, entre une flèche de grès rose, un quartier à colombage et une choucroute servie à la chaîne. Ce guide propose l'inverse : quatre journées construites d'un seul tenant, chacune tenant dans un secteur qui se parcourt à pied, du cœur médiéval de la Grande Île aux avenues de la ville allemande, du quartier des tanneurs aux rives du Rhin que l'on franchit à pied jusqu'en Allemagne. On y raconte ce que les circuits laissent de côté : pourquoi ces maisons ont des greniers ouverts à tous les vents, ce que calcule vraiment l'horloge astronomique, à quoi servait le barrage construit en travers de la rivière, d'où vient le nom d'un quartier que tout le monde photographie sans en connaître l'histoire. Chemin faisant, des cours intérieures désertes, des tables tenues par ceux qui cuisinent, des points de vue gratuits que personne n'emprunte, et une ville qui a changé cinq fois de nationalité en soixante-quinze ans. Une manière de comprendre Strasbourg, plutôt que de la cocher.

Sommaire

Avant-propos
Entre deux mondes
Jour 1. Au pied de la cathédrale
La dame de grès rose
Les apôtres de midi
Des évêques au Palais Rohan
Jour 2. La Petite France et les tanneurs
Le quartier des mégissiers
Les Ponts Couverts et le barrage
Finkwiller et Saint-Thomas
Jour 3. La Neustadt impériale
La place que le Kaiser voulut
Les avenues de pierre et de fer
De l’Orangerie à l’Europe
Jour 4. Les rives de l’Ill et du Rhin
La Krutenau des pêcheurs
Du port du Rhin aux Deux Rives
Partie 5. Le carnet du voyageur
À la table alsacienne
Le carnet pratique
Avant de partir
Testez vos connaissances

Extrait

Arrêtez-vous un instant sur le pont Saint-Thomas, celui qui enjambe l’Ill entre le quai Saint-Nicolas et la vieille ville. Tournez-vous vers l’amont. Vous avez d’un côté des maisons à colombage penchées sur l’eau, avec leurs poutres brunes et leurs toits pentus percés de lucarnes, telles qu’on en trouve de Colmar à Heidelberg. Tournez-vous de l’autre côté, vers l’aval et le nord : par-dessus les toits, vous apercevez les masses de pierre grise et les frontons de la ville allemande du XIXᵉ siècle, et un peu plus loin, invisibles d’ici mais très proches, les façades de verre du Parlement européen. Trois villes en une seule vue. C’est tout le sujet. Strasbourg a passé son histoire à être le point de contact entre deux mondes, et à en tirer parti. Pas la frontière – la frontière, c’est le Rhin, à cinq kilomètres – mais le seuil, l’endroit où l’on passe. Elle en a payé le prix fort à plusieurs reprises. Elle en a aussi tiré une richesse, une langue, une cuisine, une architecture et une manière d’être qui n’appartiennent qu’à elle. Une île, un gué, une route Tout commence par un défaut du terrain. À cet endroit, l’Ill se divise en deux bras avant de rejoindre le Rhin, et dessine une île à peu près plate, facile à tenir, entourée d’eau, posée sur la grande plaine. Les Romains, qui savaient lire un paysage, y installent un camp vers la fin du Iᵉʳ siècle avant notre ère. Ils l’appellent Argentoratum, la huitième légion Augusta y stationne durablement, et le camp devient une vraie ville de garnison, avec ses thermes, ses ateliers, sa nécropole le long de la route de l’ouest. Retenez ce détail, parce qu’il déroute tous les visiteurs : la ville romaine ne se trouvait pas exactement sous la cathédrale, mais son axe et son emprise ont marqué le sol pour toujours, et le faubourg de Koenigshoffen, à l’ouest, conserve la mémoire de la route et des cimetières antiques. On ne visite pas Argentoratum. On marche dessus. Le nom actuel vient plus tard, à l’époque franque, et il dit exactement la même chose : Strateburgum, la place forte des routes. Une ville-carrefour, dès son baptême. La ville qui s’est achetée elle-même Au Moyen Âge, Strasbourg appartient à son évêque. Cela lui pèse. Le 8 mars 1262, la milice des bourgeois affronte la cavalerie épiscopale à Hausbergen, aux portes de la ville, et l’emporte. C’est un épisode que l’on raconte peu et qui explique tout : à partir de là, Strasbourg s’émancipe de son seigneur et devient, dans les faits puis dans le droit, une ville libre d’Empire. Elle ne relève plus que de l’empereur, c’est-à-dire de personne. Une ville libre, cela signifie des marchands qui gouvernent, des corporations puissantes, un conseil élu, une monnaie, une milice, une politique étrangère. Cela signifie aussi une chose que vous verrez partout dans les pierres : l’argent. La cathédrale n’a pas été payée par un roi. Elle a été payée par la ville, sou par sou, pendant deux cent cinquante ans, et administrée par une fondation bourgeoise qui existe toujours. L’atelier de l’imprimeur Vers 1434, un orfèvre de Mayence en délicatesse avec sa ville s’installe à Strasbourg et y reste une dizaine d’années. Il s’appelle Johannes Gutenberg. Ce que nous savons de son séjour, nous le devons à un procès : en 1439, les héritiers d’un associé mort le poursuivent, et les témoignages recueillis décrivent une entreprise secrète, une presse, des formes en métal, un homme qui fait démonter son matériel pour qu’on ne comprenne pas ce qu’il fabrique. L’imprimerie ne naîtra officiellement qu’à Mayence, une quinzaine d’années plus tard. Mais elle s’est cherchée ici. La ville en tire aussitôt profit. Elle devient l’une des grandes places de l’imprimerie européenne, avec des dizaines d’ateliers. En 1494 y paraît La Nef des fous de Sébastien Brant, juriste strasbourgeois, satire en vers des travers de son temps, illustrée de gravures sur bois dont plusieurs sont attribuées au jeune Dürer. Le livre est un succès continental, traduit partout, pillé partout. C’est probablement le premier best-seller de l’histoire de l’édition, et il est né ici. Imprimerie et pensée vont ensemble. Quand la Réforme arrive dans les années 1520, Strasbourg l’adopte, mais à sa manière : sans bûcher, sans massacre, en accueillant les proscrits de toutes les confessions et en essayant, avec une obstination qui a quelque chose de touchant, de réconcilier les partis. Le réformateur Martin Bucer y passe vingt-cinq ans à négocier.
Visiter Strasbourg autrement par Alain Schmidt - Éditions Revolu

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