Tourisme et voyages
Visiter Nice autrement
Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre
Format broché
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Format Kindle
6,99 €
Présentation
Que reste-t-il à découvrir dans une ville que des millions de visiteurs traversent chaque année sans jamais quitter le bord de mer ? Nice n'est pas une carte postale. C'est une ville qui a changé quatre fois de pays, qui parle encore sa langue, qui a vu naître un héros de l'unité italienne et mourir le violoniste le plus célèbre de son siècle. Ce guide propose quatre journées de découverte conduites par un narrateur qui connaît sa ville et qui raconte en marchant : les ruelles de la vieille ville et leurs façades peintes, la colline sans château, la capitale romaine oubliée sur les hauteurs, les palaces d'une clientèle disparue, un port qui travaille encore, des coupoles russes au milieu des palmiers. Chaque étape mêle histoire vérifiée, curiosités que les guides classiques ignorent, légendes démêlées, adresses de quartier et conseils d'heure et de saison. On y apprend aussi pourquoi la cuisine locale n'est pas provençale, ce qu'un marché du matin révèle d'une ville, et où monter pour voir deux baies d'un seul regard. Une promenade documentée, à faire sur place ou depuis son fauteuil.Sommaire
Avant-propos
Nissa la Bella
Jour 1. Le dédale de la vieille ville
Le réveil du cours Saleya
Sous les façades ocre
La colline sans château
Jour 2. Les hauteurs de Cimiez
La ville romaine oubliée
Matisse et Chagall, voisins de colline
Le temps des palaces
Jour 3. La baie des Anges
La promenade et ses Anglais
Les palais du Carré d’Or
Le vieux port et ses barques
Jour 4. L’autre Nice
Les coupoles de la Nice russe
Du marché de la Libération au mont Boron
Le carnet du voyageur
La cuisine du comté
Informations pratiques
Avant de partir
Testez vos connaissances
Extrait
Prenez le tramway un matin de semaine, n’importe lequel, et écoutez. Vous entendrez du français, bien sûr. Mais vous entendrez aussi, sur les banquettes du fond, chez deux dames qui rentrent du marché avec leurs cabas, une langue qui n’est ni tout à fait du français ni tout à fait de l’italien, avec des voyelles ouvertes et des mots qui claquent. Descendez à la station suivante et levez la tête vers la plaque de rue. Elle est écrite deux fois. En haut, le nom français. En dessous, en plus petit, le même nom dans une autre orthographe. Vous venez de comprendre l’essentiel de cette ville en trente secondes. Nice est française depuis 1860. C’est-à-dire depuis avant-hier. Une ville qui a changé de pays La date mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle explique presque tout le reste. Pendant plus de quatre siècles, de la fin du XIVᵉ siècle à 1860, Nice n’a pas appartenu à la France. Elle appartenait à la maison de Savoie, puis au royaume de Sardaigne, dont la capitale était Turin. Ses souverains parlaient l’italien, ses architectes venaient du Piémont, ses prêtres se formaient dans les séminaires de la vallée du Pô, et ses marchands regardaient vers Gênes plutôt que vers Marseille. En 1860, le traité de Turin cède le comté de Nice et la Savoie à la France, en échange de l’appui militaire de Napoléon III à l’unité italienne. Un plébiscite est organisé en avril. Le résultat, massivement favorable au rattachement, a été discuté, contesté, analysé par des générations d’historiens, et il vaut mieux le présenter pour ce qu’il fut : un vote public, sous la surveillance des autorités, dans une ville où l’abstention fut considérable1. Il n’empêche : au mois de juin 1860, Nice devient française. Ce que je vous demande de retenir, ce n’est pas la controverse. C’est la date. Cent soixante ans, à l’échelle d’une ville fondée par les Grecs, ce n’est rien du tout. La cuisine, la langue, l’architecture, les fêtes, les prénoms sur les boîtes aux lettres : tout cela s’est formé ailleurs, dans un autre pays, sous un autre roi. Vous ne visitez pas une ville française du Sud. Vous visitez une ville italienne à laquelle on a changé le drapeau, et qui a passé un siècle et demi à négocier avec ça. Les guides vous diront que Nice est « la capitale de la Côte d’Azur ». C’est vrai et c’est sans intérêt. Nice est surtout la seule grande ville française où l’on trouve du baroque piémontais, des raviolis autochtones et un hymne local que tout le monde connaît par cœur. Nikaia, la fille de Marseille Remontons. Vers le IVᵉ ou le IIIᵉ siècle avant notre ère, les Grecs de Marseille – Massalia – installent un comptoir au pied de la colline qui domine aujourd’hui le vieux port. Ils l’appellent Nikaia, la victorieuse. Le nom viendrait d’une bataille gagnée contre les tribus ligures de l’intérieur ; c’est l’explication traditionnelle, elle est plausible, elle n’est pas démontrée. Le comptoir vit sa vie de comptoir. Puis Rome arrive, et Rome, comme souvent, ne s’installe pas là où on l’attend. Elle bâtit sa ville non pas au bord de l’eau, mais sur la colline de Cimiez, à quelques kilomètres au nord, et lui donne le nom de Cemenelum. Cemenelum devient la capitale d’une province, avec des thermes, un amphithéâtre, une administration. Pendant plusieurs siècles, la vraie ville est en haut, et Nikaia n’est que le port de la vraie ville. C’est une situation dont Nice ne s’est jamais complètement remise, et vous le sentirez au deuxième jour de ce séjour, quand vous monterez à Cimiez : il y a là-haut une ville fantôme, une ville qui a perdu, et dont les pierres affleurent encore sous l’herbe des jardins. Le Moyen Âge redescend tout le monde vers la mer. La population se regroupe autour du rocher, se fortifie, s’organise en commune. En 1388, un épisode que les manuels appellent la dédition de Nice à la Savoie fait basculer la ville hors de l’orbite provençale : les Niçois, lassés des querelles de succession qui déchirent le comté de Provence, se placent sous la protection du comte de Savoie. Ils y resteront jusqu’en 1860. Ce que les sièges ont laissé Une ville frontière est une ville qu’on assiège. Nice l’a été souvent, et deux épisodes ont laissé des traces que vous verrez de vos yeux. Le premier est le siège de 1543, quand une flotte franco-ottomane vient mettre la ville à genoux.