Tourisme et voyages
Visiter Nantes autrement
Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre
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Présentation
Que reste-t-il d'une ville quand on a vu le château, pris la photo et repris le train ? Nantes se donne rarement à un visiteur pressé. Sous ses pierres claires se cachent une histoire portuaire considérable, une mémoire encombrante, une reconversion industrielle spectaculaire et des quartiers que les circuits balisés contournent soigneusement. Ce guide propose quatre journées de marche, conduites par un narrateur qui connaît sa ville et ne cache rien : ce qui est admirable, ce qui est douteux, ce qui a été détruit et pourquoi. On y traverse le quartier médiéval, les façades penchées d'une île bâtie sur la vase, les quais où se sont armés les navires négriers, les anciens chantiers navals devenus terrain de jeu, les jardins, les halles, les rives d'une rivière disparue sous un boulevard. Chaque étape s'accompagne d'adresses vérifiées, d'informations pratiques et de conseils pour éviter les erreurs qui gâchent un séjour. Un dernier chapitre permet de vérifier ce que l'on a retenu. Reste une question, et elle tient le lecteur jusqu'au bout : pourquoi cette ville-là, plutôt qu'une autre, a-t-elle décidé de tout raconter ?Sommaire
Avant-propos
Ni bretonne ni tout à fait ligérienne
Jour 1. Le Nantes des ducs
Sous les murs blancs du château
Les tours inachevées de Saint-Pierre
Pavés et lucarnes du Bouffay
Jour 2. La ville des armateurs
L’île Feydeau et ses mascarons
Le quai de la Fosse et la mémoire noire
Graslin, Pommeraye et le beau monde
Jour 3. L’île et le fleuve
L’éléphant sorti des chantiers
Sur les cales des Constructions navales
La butte Sainte-Anne et Chantenay
Jour 4. Jardins, halles et rivière
Le Jardin des Plantes et le Lieu Unique
De Talensac aux rives de l’Erdre
Informations pratiques
À la table des Nantais
Nantes mode d’emploi
Avant de partir
Testez vos connaissances
Extrait
Posez la question à dix Nantais et vous obtiendrez douze réponses. Nantes est-elle bretonne ? Est-elle ligérienne ? Appartient-elle à l’Ouest atlantique, au Val de Loire, à un pays qui n’existe sur aucune carte administrative ? Le débat traverse les familles, les comptoirs et les conseils municipaux depuis des décennies, et il n’est pas près de s’éteindre. Officiellement, la ville est le chef-lieu de la Loire-Atlantique, dans la région des Pays de la Loire. Historiquement, elle fut pendant des siècles la résidence des ducs de Bretagne et la capitale de fait du duché. Les deux affirmations sont exactes, et c’est bien le problème. Cette ambiguïté n’est pas un détail folklorique. Elle explique le caractère de la ville : Nantes est un lieu de seuil, un point de bascule. Le fleuve y devient estuaire, la terre y devient mer, la Bretagne y devient autre chose. Une ville de passage qui a fini par se fixer, et qui a gardé de sa position frontalière une manière de ne jamais se ranger tout à fait. On la dit rebelle. Elle est surtout, depuis toujours, un endroit où l’on négocie. Une ville d’eau à qui l’on a pris son eau Commençons par ce qui manque, car c’est la clé du reste. Le Nantes que vous allez parcourir est une ville amputée de ses rivières. Jusqu’au début du XXe siècle, la Loire se divisait ici en plusieurs bras qui enserraient des îles, et l’Erdre venait s’y jeter en plein centre. On traversait par une enfilade de ponts, on chargeait les gabares au pied des maisons, et les cartes postales vantaient une Venise de l’Ouest dont il ne reste presque rien. Presque rien, car tout a été comblé. Entre la fin des années 1920 et l’immédiat après-guerre, les bras secondaires du fleuve ont disparu sous des milliers de mètres cubes de remblai. L’Erdre a subi le même sort en 1938 : son cours inférieur a été enterré, et une large avenue l’a remplacée, celle que l’on appelle aujourd’hui le cours des 50 Otages. Les raisons invoquées étaient sanitaires, économiques et automobiles. Le résultat est une ville où l’on cherche l’eau et où on ne la trouve qu’au bout de la rue. Gardez cela en tête pendant les quatre jours qui viennent : chaque fois qu’un boulevard vous paraîtra étrangement large, chaque fois qu’un immeuble semblera bâti trop bas par rapport à la chaussée, vous marcherez sur un ancien bras de Loire. La ville n’a pas effacé son eau, elle l’a recouverte. Ce n’est pas la même chose. Le saviez-vous L’île Feydeau, où vous irez au deuxième jour, était bel et bien une île. Ses immeubles du XVIIIe siècle reposent sur des pieux de bois enfoncés dans la vase, et depuis que l’eau a disparu autour d’eux, ils travaillent. Certaines façades penchent visiblement, certains couloirs descendent, certaines portes ne ferment plus tout à fait droit. Les habitants s’y sont faits. Les visiteurs, eux, s’arrêtent au milieu de la rue Kervégan et vérifient qu’ils n’ont pas trop bu. Des Namnètes aux ducs Le nom de la ville vient du peuple gaulois qui occupait la rive droite, les Namnètes. Sous l’Empire romain, la cité prospère grâce à sa position de dernier point franchissable du fleuve avant l’océan : tout ce qui remonte ou descend la Loire passe par là. Elle est christianisée tôt, dotée d’un évêché, pillée par les Normands au IXe siècle, disputée entre comtes bretons et comtes angevins pendant des générations. Le tournant décisif arrive à la fin du Moyen Âge. Au XVe siècle, les ducs de Bretagne de la maison de Montfort veulent une capitale digne de leurs prétentions de princes souverains. En 1434, le duc Jean V et son chancelier posent la première pierre d’une cathédrale démesurée. Trente ans plus tard, le duc François II décide que son vieux château est indigne de lui et le fait raser pour en construire un autre. Ces deux chantiers, menés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, disent la même chose : la Bretagne se veut un État, et Nantes en est le siège. L’histoire tranche autrement. François II meurt en 1488 après avoir perdu la guerre contre le roi de France. Sa fille Anne de Bretagne, née dans cette ville en 1477, hérite d’un duché convoité, épouse successivement deux rois de France, devient deux fois reine, et voit son territoire glisser lentement dans l’orbite royale. Le rattachement définitif est scellé en 1532. Nantes cesse d’être une capitale.