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Visiter Marrakech autrement — Alain Schmidt — Éditions Revolu
Tourisme et voyages

Visiter Marrakech autrement

Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre

Pages 135
Langue Français
ISBN 9798190297355
Parution 02/08/2026
Format broché 14,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Et si Marrakech se laissait comprendre autrement qu'en suivant la file d'attente ? Ce guide propose quatre jours de découverte conduits par un narrateur qui connaît la ville, ses heures creuses, ses portes closes et ses raccourcis. On y avance quartier par quartier, du cœur ancien aux jardins d'eau, en s'arrêtant là où les circuits commerciaux passent sans ralentir : une fontaine qu'on longe sans la voir, une école dont les cellules disent plus que les mosaïques, un métier qu'on croyait disparu. L'histoire est là, mais elle sert à voir, jamais à réciter. Les légendes sont données pour ce qu'elles sont. Les adresses sont choisies, pas énumérées. Et chaque journée ménage son moment de répit, parce qu'une ville se comprend aussi assis. Ce livre n'est ni un catalogue de monuments ni un carnet de voyage sentimental. C'est le regard d'un connaisseur qui vous prend par le bras, vous raconte ce que vous avez sous les yeux, et vous emmène ailleurs quand la foule arrive. Reste à savoir par quelle porte vous entrerez.

Sommaire

Avant-propos
La ville rouge
Jour 1. Le cœur battant de la médina
Le minaret qui veille sur la ville
La place aux mille métiers
Sous les toits de roseaux des souks
Jour 2. La médina savante
L’école aux murs de cèdre
Fontaines et secrets de Mouassine
La ruelle des tanneurs
Jour 3. Palais, tombeaux et Mellah
Le palais de la favorite
Splendeur et ruine du Badii
Les tombeaux murés et le Mellah
Jour 4. De Guéliz à la Palmeraie
Le bleu de Majorelle
Guéliz, la ville neuve
Des bassins à la palmeraie
Informations pratiques
À la table de Marrakech
Le carnet pratique
Avant de partir
Testez vos connaissances

Extrait

Montez sur une terrasse, n’importe laquelle, un soir de février. Devant vous, un océan de toits plats couleur de brique cuite, hérissé d’antennes et de cordes à linge. Au-dessus, un ou deux minarets. Et derrière, à quatre-vingts kilomètres, une barrière blanche qui barre tout l’horizon sud : le Haut Atlas, sous la neige. Un palmier au premier plan, un sommet à 4 000 mètres au fond. Il n’y a pas beaucoup de villes au monde où l’on tient les deux dans le même regard, et c’est déjà toute l’histoire de Marrakech. Parce que cette ville n’aurait jamais dû exister ici. Elle est posée sur une plaine sèche, le Haouz, une étendue caillouteuse et brûlante entre la montagne et le désert. Il n’y a pas de fleuve. Il n’y a pas de source. Il n’y a même pas de colline pour se défendre. Tout ce que Marrakech possède, elle a fallu aller le chercher, et l’essentiel de ce que vous allez visiter pendant quatre jours n’est, au fond, que la conséquence de cette rareté-là. Pourquoi elle est rouge Commençons par la couleur, puisque c’est elle qu’on voit en premier et qu’on comprend en dernier. Le rouge de Marrakech n’est pas une peinture. C’est la terre elle-même. Les remparts, les vieilles maisons, les murs de jardin sont bâtis en pisé : de la terre argileuse prélevée sur place, mélangée à de la chaux et à des cailloux, damée dans des coffrages de bois, couche après couche. En séchant, elle prend la teinte du sol dont elle sort – un ocre orangé qui vire au rose à l’aube et au sang à la tombée du jour. Regardez de près une portion de rempart : vous verrez les stries horizontales laissées par les banchées successives, et les trous carrés où passaient les traverses de l’échafaudage. C’est une technique ancienne, économique, remarquablement isolante, et terriblement sensible à l’eau : chaque hiver pluvieux ronge les murs, chaque printemps voit passer les maçons. Ce qui surprend davantage, c’est que la ville moderne soit rouge elle aussi. Là, ce n’est plus la terre, c’est la règle. Quand la ville nouvelle sort de terre au début du XXᵉ siècle, on impose aux constructions un enduit dans les tons ocre de la médina, pour que le neuf ne jure pas avec l’ancien. La consigne a tenu. Les immeubles de bureaux, les cliniques et les centres commerciaux d’aujourd’hui obéissent encore à cette gamme imposée. Le résultat, vu d’avion, est saisissant : une agglomération d’un million d’habitants d’un seul et même ton, cernée de vert sombre par la palmeraie et les oliveraies. À retenir : la couleur de Marrakech n’est pas un décor. Elle vient du sol, elle est devenue un règlement d’urbanisme, et elle explique pourquoi la ville paraît d’un seul bloc alors qu’elle s’étale sur près de mille ans de constructions. L’eau qu’il a fallu inventer Maintenant, la vraie question. Comment fait-on tenir une capitale, des jardins, des vergers et une palmeraie sur une plaine sans rivière ? La réponse tient dans un mot que vous ne verrez sur aucune carte postale : les khettaras. Ce sont des galeries souterraines, creusées en pente très douce depuis les nappes du piémont de l’Atlas jusqu’à la ville, sur des kilomètres, et jalonnées de puits d’aération verticaux à intervalles réguliers. L’eau y circule par simple gravité, à l’abri de l’évaporation. En surface, ces puits forment un chapelet de petits cratères alignés dans la caillasse, que l’on aperçoit encore par endroits en allant vers l’aéroport ou vers la palmeraie. En dessous, un homme a rampé, piqué, étayé, pendant des mois. Ce réseau a permis d’irriguer les jardins, d’alimenter les fontaines publiques, de remplir les bassins des palais et de faire pousser des dizaines de milliers de palmiers là où le climat ne le permettait pas. Il a été creusé, agrandi, réparé et abandonné selon les époques et la santé du pouvoir. Une bonne partie est aujourd’hui hors service, victime du forage des puits profonds et de la baisse des nappes, mais quelques tronçons ont été remis en eau, et vous en verrez fonctionner un au jardin secret de Mouassine, au deuxième jour. Retenez ce principe, parce qu’il revient partout : à Marrakech, les jardins ne sont pas des ornements. Ce sont des ouvrages hydrauliques. Les grands bassins de la Ménara et de l’Agdal, que l’on prend volontiers pour des plans d’eau d’agrément, sont d’abord des réservoirs agricoles. Le décor est venu après. Le saviez-vous Le mot khettara désigne une technique répandue de l’Iran à l’Espagne, sous des noms différents.
Visiter Marrakech autrement par Alain Schmidt - Éditions Revolu

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