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Visiter Madrid autrement — Alain Schmidt — Éditions Revolu
Tourisme et voyages

Visiter Madrid autrement

Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre

Pages 177
Langue Français
ISBN 9798190295917
Parution 02/08/2026
Format broché 16,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Pourquoi l'une des capitales les plus visitées d'Europe reste-t-elle celle que l'on comprend le moins ? Madrid n'a ni mer, ni fleuve, ni cathédrale millénaire. Elle a été désignée capitale en 1561 par une décision politique, remplie en trente ans, brisée deux fois, reconstruite trois. Elle ne se donne pas au premier regard : elle se pratique. Ce guide propose quatre journées de marche, quartier par quartier, conduites par un narrateur qui a ses horaires, ses détours et ses rancunes. On y pousse la porte d'un couvent de clôture où l'on achète encore des gâteaux à travers un tour de bois. On y descend dans une station de métro fermée en 1966 et laissée intacte. On y regarde un plafond où Goya a peint des gens du quartier à la place du ciel. Les grands musées y figurent, racontés par où personne ne les raconte. Chaque adresse est donnée avec ce qu'il faut savoir pour y entrer, chaque légende annoncée comme telle. Vous y trouverez la table de la ville, ses tavernes, ses horaires déroutants et ses fêtes. Vous n'y trouverez aucune liste des dix choses à faire.

Sommaire

Avant-propos
La capitale sortie de nulle part
Jour 1. Le Madrid des Austrias
Sous les arcades de la Plaza Mayor
Les couvents cachés du vieux Madrid
Le palais né d’un incendie
Tavernes et tapas de La Latina
Jour 2. Le Paseo del Arte
Les Ménines et leurs secrets
Huit siècles sous un même toit
Guernica et le siècle blessé
Les jardins du Buen Retiro
Jour 3. Malasaña, Chueca et Conde Duque
Le soulèvement du Dos de Mayo
Les enseignes oubliées de Malasaña
Le Madrid romantique de Chueca
Un temple égyptien face au couchant
Jour 4. Salamanca, Chamberí et Moncloa
L’atelier baigné de lumière
Le trésor de Lázaro Galdiano
L’arène de Las Ventas
Madrid vu d’en haut
Informations pratiques
La table madrilène
Le carnet pratique
Avant de partir
Testez vos connaissances

Extrait

Descendez la Cuesta de la Vega, en contrebas de la cathédrale. La rue tourne, le bruit de la circulation s’éloigne, et vous tombez sur un square en pente planté d’arbres, coincé entre un immeuble et un parking. Au fond de ce square, un long mur de silex et de mortier, épais, réparé, mangé par le temps. Personne ne s’arrête. Un chien renifle un banc, deux adolescents mangent un sandwich sur les marches. C’est la plus vieille chose visible de Madrid. Ce mur a onze siècles. Il faut commencer par là, parce que tout le reste de la ville s’explique par ce que ce mur n’est pas. Ce n’est pas l’enceinte d’une capitale, ni d’une cité épiscopale, ni d’un port. C’est le flanc d’une petite forteresse de frontière, bâtie pour surveiller une route. Madrid n’a pas grandi comme les autres grandes villes d’Europe, patiemment, autour d’un pouvoir ancien. Elle a été désignée. Et cette désignation, brutale, tardive, presque arbitraire, explique presque tout ce que vous allez voir pendant quatre jours. Une forteresse pour surveiller Tolède Au IXᵉ siècle, la péninsule est musulmane et la vraie ville de la région s’appelle Tolède, à soixante-dix kilomètres au sud. Tolède est riche, ancienne, remuante, et elle se révolte régulièrement contre l’émirat de Cordoue. Pour la tenir, l’émir Muhammad Iᵉʳ fait construire, vers 860, une chaîne de places fortes sur la ligne du Guadarrama. L’une d’elles s’appelle Mayrit. Elle occupe un éperon rocheux au-dessus d’un ruisseau médiocre, à un endroit qui n’a qu’un seul avantage réel, mais décisif dans une région sèche : l’eau. Le sous-sol de granit et d’argile de la colline retient les nappes, et les ingénieurs andalous savent en tirer parti par un système de galeries drainantes creusées à flanc de coteau. Le nom de la ville viendrait de là, d’une racine désignant les conduites et les sources – l’hypothèse est solide, plusieurs autres circulent, et aucune n’est définitivement tranchée. Ces galeries, on les appellera plus tard les viajes de agua, les voyages de l’eau. Elles ont alimenté Madrid pendant mille ans, et une partie du réseau existe toujours sous vos pieds. Curiosité insoliteSous les rues du centre court un réseau de galeries souterraines maçonnées, en légère pente, qui captait l’eau des nappes et la conduisait par gravité jusqu’aux fontaines publiques. Certains tronçons datent de l’époque andalouse, d’autres ont été creusés jusqu’au XIXᵉ siècle : Madrid a bu cette eau-là jusqu’à l’arrivée du Canal de Isabel II, en 1858. Le réseau n’est pas ouvert à la visite, mais il ressort par endroits – un regard de pierre dans un jardin, une voûte au fond d’un parking, une cave d’établissement du centre historique aménagée dans une ancienne citerne. Vous en croiserez une dans ce livre, transformée en bains. Quand on vous dit à Madrid que le sous-sol est plein de galeries, ce n’est pas une légende ; c’est de l’hydraulique. En 1083, les Castillans prennent la place sans grande bataille. Madrid devient une petite ville chrétienne de frontière, avec ses paroisses, ses artisans, son conseil municipal. Pendant quatre cents ans, il ne s’y passe à peu près rien. Pas d’évêché. Pas d’université. Pas de cathédrale. Les rois y viennent chasser dans les bois de chênes verts alentour, y tiennent quelques Cortes, y meurent parfois. C’est un bourg de province, propre sur lui, sans destin particulier. La décision de 1561 Puis arrive une année qui change tout. En 1561, Philippe II installe sa cour à Madrid. Il n’y a pas de décret solennel, pas de proclamation. Le roi et son administration se déplacent, et ils ne repartent pas. La ville compte alors une vingtaine de milliers d’habitants ; l’Espagne dont elle devient le centre gouverne la moitié du monde connu. Pourquoi ici ? Les raisons tiennent en trois lignes et elles sont toutes prosaïques. Madrid est au centre géométrique de la péninsule, ce qui compte pour un souverain qui gouverne par courrier. Elle dispose d’un vieil alcázar déjà transformé en résidence royale. Elle est entourée de forêts giboyeuses, et cette dynastie chasse comme elle respire. Elle a de l’eau. Enfin, et ce n’est pas le moins important, elle n’a pas d’archevêque, pas d’université, pas de grande noblesse locale installée – c’est-à-dire aucun contre-pouvoir capable de gêner la cour. Philippe II ne choisit pas une capitale prestigieuse. Il choisit une page blanche. À retenir : Madrid est la seule grande capitale européenne à avoir été créée par décision politique plutôt que par croissance historique.
Visiter Madrid autrement par Alain Schmidt - Éditions Revolu

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