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Visiter Lille autrement — Alain Schmidt — Éditions Revolu
Tourisme et voyages

Visiter Lille autrement

Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre

Pages 175
Langue Français
ISBN 9798188062682
Parution 19/07/2026
Format broché 16,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Faut-il vraiment quatre jours pour comprendre une ville que l'on croit connaître en une après-midi ? Lille se visite mal quand on suit les circuits balisés : l'essentiel s'y cache derrière des porches, au fond des cours, dans des rues que personne ne photographie. Ce guide propose un parcours en quatre journées, du Vieux Lille flamand aux faubourgs ouvriers, de la Grand'Place à la citadelle de Vauban, en prenant le contre-pied du tourisme de masse. On y remonte une rue marchande avant l'ouverture des boutiques, on pousse la porte d'un hôpital médiéval devenu musée, on écoute un carillon jouer une berceuse ouvrière, on traverse un quartier rasé dont il ne reste presque rien. Chaque étape s'accompagne d'adresses vérifiées, de conseils d'heure et de saison, de mots du parler local et de curiosités que les guides classiques ignorent. Un carnet final rassemble la gastronomie du Nord, les transports, les horaires et un quiz pour mesurer ce qui reste une fois rentré chez soi. Une ville de brique, six changements de souverain, et beaucoup plus de portes à pousser qu'on ne l'imagine.

Sommaire

Avant-propos
L’île devenue capitale
Jour 1. Le Vieux Lille flamand
La rue de la Monnaie au petit matin
Les secrets de l’Hospice Comtesse
Un clocher de marbre et de verre
Jour 2. Le cœur marchand
Sous les yeux de la Déesse
Les bouquinistes de la Vieille Bourse
Le beffroi qui domine la plaine
Jour 3. Wazemmes et les faubourgs
Dimanche matin à Wazemmes
Le Louvre du Nord
Fleurs de pierre rue de Fleurus
Jour 4. La citadelle et la Deûle
L’étoile de Vauban dans les arbres
Les bords de Deûle et les Bois Blancs
Le carnet du voyageur
Bière, gaufre et carbonade
De l’arrivée au départ
Avant de partir
Testez vos connaissances

Extrait

Posez la main sur un mur, n’importe lequel, dans le Vieux Lille. Vous sentirez la brique : légèrement rugueuse, tiède quand il y a du soleil, avec ce grain particulier qui accroche la pulpe des doigts. Cette brique-là a une couleur qui n’existe qu’ici, entre l’orange brûlé et le rouge sombre, et elle vient de la terre qui est sous vos pieds. On l’a tirée des berges de la rivière, on l’a cuite sur place, on a bâti la ville avec. Toute l’histoire de Lille est dans ce geste : une ville pauvre en pierre, riche en argile et en eau, qui a fabriqué son propre matériau parce qu’elle n’avait pas le choix. Le résultat est une ville monochrome et têtue. La pierre blanche que vous verrez sur les façades les plus riches vient de Lezennes, à six kilomètres, et elle coûtait cher : on la réservait aux chaînages d’angle, aux encadrements de fenêtres, aux bandeaux qui soulignent un étage. Le reste est en brique. Regardez les proportions de blanc et de rouge sur une façade et vous saurez à peu près ce que valait le propriétaire. Une ville née de l’eau Le nom dit tout. Lille, c’est l’Isle – l’île. La ville est née sur des îlots de terre ferme au milieu des marécages de la Deûle, une rivière lente et capricieuse qui serpentait ici entre des bras multiples, des roseaux et des tourbières. Un endroit inconfortable, insalubre, et stratégiquement excellent : on ne prend pas facilement une place entourée d’eau. La première mention certaine remonte à 1066, dans une charte du comte de Flandre Baudouin V, qui dote la collégiale Saint-Pierre. Il y avait sans doute quelque chose avant, un port fluvial, un point de péage, un castrum – les archéologues en discutent encore et je me garderai bien de trancher. Ce qui est sûr, c’est que Lille naît comme un nœud : là où la route de terre qui va des Flandres vers la Champagne croise la voie d’eau qui descend vers l’Escaut et la mer du Nord. Une ville de passage, donc. Une ville de marchands. Ce statut explique presque tout le reste. Lille n’a jamais été une capitale religieuse, ni une ville de cour, ni un port. Elle a été un carrefour où l’on achète, où l’on vend, où l’on transforme. Le drap d’abord, dès le douzième siècle, puis la sayette, cette étoffe légère de laine peignée qui a fait la fortune locale, puis le lin, puis le coton, puis les machines. À chaque révolution du textile, Lille s’est adaptée. C’est ce qui la sauvera, jusqu’au jour où cela ne la sauvera plus. Le mot d’ici Quinquin, c’est l’enfant, le gamin, le petit. Le mot vient du flamand kindeken, « petit enfant », et il est resté dans le parler local, qu’on appelle ici le ch’ti – une variante du picard, et non un patois flamand, contrairement à ce qu’on entend parfois. Le ch’ti est truffé de flamandismes de ce genre. Quand un serveur vous dit « à l’arvoyure », il vous dit au revoir. Quand on vous appelle « biloute », on vous appelle mon gars. Et quand quelqu’un dit qu’il va « à l’estaminet », il va au café. Cette langue mélangée est le meilleur résumé de la ville. On y entend le flamand du nord, le picard du sud, le français administratif venu de Paris par la conquête. Trois strates, comme les strates de la brique. Le géant, l’ermite et le fondateur Il existe une autre version de la naissance de Lille, beaucoup plus spectaculaire, et il faut la raconter en précisant tout de suite qu’elle est fausse. C’est une légende, forgée au Moyen Âge par des chroniqueurs qui trouvaient qu’une ville sans mythe fondateur manquait de dignité. La légende raconte donc qu’un géant nommé Phinaert régnait sur ces marais depuis un château noir, et qu’il détroussait et tuait les voyageurs. Un prince de Dijon et son épouse, traversant la forêt, tombèrent sous ses coups. L’épouse, avant de mourir, accoucha d’un enfant. Un ermite recueillit le nouveau-né, le fit allaiter par une biche, et l’éleva. L’enfant s’appelait Lydéric. Devenu homme, il revint, provoqua le géant en combat singulier et le tua. Sur les terres du vaincu, il fonda une ville. C’était Lille. Vous croiserez ces deux-là partout, et vous les verrez pour de bon au pied du beffroi de l’hôtel de ville, où deux statues monumentales les représentent. La ville a beau savoir que l’histoire est inventée, elle l’a taillée dans la pierre. Le saviez-vous Lille a changé de souveraineté au moins cinq fois sans changer d’apparence.
Visiter Lille autrement par Alain Schmidt - Éditions Revolu

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