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Visiter Barcelone autrement — Alain Schmidt — Éditions Revolu
Tourisme et voyages

Visiter Barcelone autrement

Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre

Pages 177
Langue Français
ISBN 9798189351297
Parution 27/07/2026
Format broché 16,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Combien de visiteurs repartent de Barcelone en ayant vu trois monuments, une avenue piétonne et une plage ? La ville reçoit chaque année plusieurs fois sa propre population, et la plupart de ceux qui la traversent passent à côté de l'essentiel. Ce guide propose quatre journées construites pour marcher, pas pour cocher des cases. Chacune tient dans un quartier cohérent, du matin consacré à la découverte à l'après-midi qui ralentit. On y aborde les grands sites par la porte de service, avec l'histoire qui va avec et sans le discours convenu ; le reste du temps, on emprunte les rues où les groupes ne vont pas. Une ville romaine enfouie sous les pavés, un quartier gothique de marchands, une grille du dix-neuvième siècle sur laquelle une poignée d'architectes ont posé les bâtiments les plus fantasques d'Europe, et une façade maritime reconquise en une génération : quatre villes superposées occupent le même sol. À cela s'ajoutent les adresses qui font la différence, les curiosités que personne ne signale, la table catalane et un carnet pratique complet. De quoi comprendre une ville plutôt que la visiter.

Sommaire

Avant-propos
La ville qui n’a jamais obéi
Jour 1 : Aux pierres de Barcino
Sous les dalles de la ville romaine
Le Call et les ombres du gothique
Le Raval sans sa mauvaise réputation
Jour 2 : Le Born et le goût de la mer
Santa Maria del Mar et ses bastaixos
Montcada, la rue des palais
De la Ciutadella aux quais de la Barceloneta
Jour 3 : L’Eixample des rêveurs
La pomme de la discorde
La Pedrera, une carrière habitée
Le chantier sans fin de la Sagrada Família
Sant Pau, l’hôpital qui soignait par la beauté
Jour 4 : De Gràcia à la montagne
Gràcia, le village qui a résisté
Les mosaïques du Park Güell
Montjuïc au soleil couchant
Informations pratiques
Le goût de la Catalogne
Le carnet pratique
Avant de partir
Testez vos connaissances

Extrait

Un dimanche matin, sur la plaça de Sant Jaume, une centaine de personnes se serrent en cercle au pied de l’hôtel de ville. Elles portent toutes la même chemise, un pantalon blanc et une large ceinture de toile enroulée autour des reins. Elles se poussent, s’agrippent, se hissent sur les épaules les unes des autres. Une seconde rangée monte sur la première, puis une troisième, puis une quatrième. Les corps tremblent. Une grosse caisse et une flûte donnent un rythme lent, presque funèbre. Tout en haut, un enfant de six ou sept ans grimpe le long de cette colonne humaine de huit mètres, atteint le sommet, lève une main, et redescend. La tour se défait dans l’ordre inverse. Personne n’applaudit avant que le dernier pied ait touché le sol. Ce sont les castells, les tours humaines catalanes. Elles ne sont pas un spectacle pour visiteurs : ce sont des équipes de quartier, avec des membres de sept à soixante-dix ans, qui répètent deux soirs par semaine dans un hangar. Leur devise tient en quatre mots – force, équilibre, courage et bon sens. Si vous ne deviez retenir qu’une image de ce que Barcelone pense d’elle-même, ce serait celle-là. Des gens ordinaires, qui s’organisent tout seuls, sans chef visible, pour faire ensemble quelque chose de difficile et de parfaitement inutile, et qui portent l’échec collectivement si la tour s’écroule. Une capitale sans État Barcelone compte environ un million six cent mille habitants, plus du double avec son agglomération. C’est la deuxième ville d’Espagne, la capitale de la Catalogne, et le premier port de la Méditerranée occidentale pour le trafic de conteneurs. Elle n’a jamais été une capitale d’État. C’est la clé de tout le reste. Madrid a une cour, des ministères, une administration centrale, des palais royaux. Barcelone a des marchands, des armateurs, des industriels, des corporations d’artisans et des associations de voisins. Elle a été le centre politique d’un ensemble méditerranéen pendant trois siècles, mais elle l’a été comme une ville commerçante, pas comme une ville de pouvoir : ses grands bâtiments sont une bourse, un consulat de la mer, une halle, une église payée par les porteurs de pierre – pas un Louvre. Cela se voit encore aujourd’hui dans le tissu de la ville. Il n’y a pas d’avenue triomphale menant à un palais. Il n’y a pas de perspective monumentale. Il y a une trame régulière, des rues qui se ressemblent, et des bâtiments extraordinaires plantés dedans sans hiérarchie, entre une pharmacie et un magasin de chaussures. Et cela se voit dans la manière dont les choses se font. La plus somptueuse salle de concert de la ville a été financée par souscription populaire, pour une chorale d’amateurs. Sa plus belle église a été bâtie par les corporations de son quartier. Son parc central a été obtenu de haute lutte contre l’armée. Sa façade maritime a été arrachée à des voies ferrées. Rien ici n’a été offert d’en haut. Seny et rauxa Les Catalans se décrivent volontiers par deux mots que vous entendrez si vous restez assez longtemps : seny et rauxa. Le seny, c’est le bon sens, la mesure, le sérieux, la parole tenue, le calcul juste, la maison bien tenue, le compte à jour. C’est la vertu que les Catalans revendiquent et que le reste de l’Espagne leur reconnaît, parfois avec un peu d’agacement. La rauxa, c’est exactement le contraire : le coup de sang, l’emportement, l’excès, la décision brutale, l’insurrection. C’est ce qui fait qu’une ville de comptables méticuleux a brûlé ses couvents à trois reprises en un siècle, dressé des barricades à chaque génération, refusé de capituler devant une armée dix fois supérieure, et laissé un architecte passer quarante ans sur une église qu’il savait ne jamais voir finie. L’idée que les deux cohabitent – que le même peuple soit à la fois le plus raisonnable et le plus exalté d’Espagne – est un lieu commun local. Comme beaucoup de lieux communs, il explique plus de choses qu’il n’y paraît. Vous en verrez la trace dans presque chaque bâtiment de ce livre : une prouesse technique parfaitement maîtrisée, au service d’une idée complètement déraisonnable. Deux mille ans en huit dates L’histoire de Barcelone tient dans une poignée de moments où la ville a changé de nature. Les voici, dans l’ordre ; nous les croiserons tous sur le terrain. Vers 10 avant notre ère. Rome fonde une petite colonie de vétérans, Barcino, sur une éminence de seize mètres. Ce n’est pas la capitale : c’est Tarraco, à cent kilomètres au sud.
Visiter Barcelone autrement par Alain Schmidt - Éditions Revolu

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