Tourisme et voyages
Visiter Avignon autrement
Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre
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Présentation
Et si vous aviez traversé Avignon sans jamais la voir ? Derrière le palais que tout le monde photographie et le pont que tout le monde chante, la cité des papes garde des rues où l'on ne va pas, des chapelles fermées la plupart du temps, des musées gratuits et vides, un quartier d'ateliers traversé par un canal à ciel ouvert. Ce guide propose quatre journées de découverte construites comme des promenades, quartier par quartier, avec ce qu'il faut d'histoire pour comprendre ce que l'on regarde et ce qu'il faut d'adresses pour bien vivre le séjour. On y croise un berger devenu saint, un poète italien qui détestait la ville où il a rencontré Laure, un philosophe anglais enterré au bout d'une allée de cyprès, des teinturiers, des vanniers et des confréries encapuchonnées. On y apprend aussi où déjeuner sans se tromper, quand venir, comment échapper à la foule et pourquoi la moitié des collections de la ville ne coûte rien. Un séjour se prépare. Celui-ci se raconte.Sommaire
Avant-propos
Fière derrière ses remparts
Jour 1. Le rocher et le palais
Le colosse des papes
Les jardins suspendus du Rocher
Le pont qui s’arrête au milieu
Jour 2. Les hôtels et les collections
Sous l’horloge et le beffroi
La rue des collectionneurs
Autour de Saint-Didier
Jour 3. Le ventre d’Avignon
Les Halles et la place Pie
La roue des teinturiers
Des Lices aux Corps-Saints
Jour 4. L’autre rive
La Banasterie et les Carmes
Le tour des remparts
La Barthelasse et Villeneuve
Le carnet du voyageur
À la table du Comtat
Le carnet pratique
Avant de partir
Testez vos connaissances
Extrait
Prenez n’importe quelle carte de France du XVIIe siècle et cherchez Avignon. Vous ne la trouverez pas. Ou plutôt : vous la trouverez, mais colorée d’une autre teinte que le royaume qui l’entoure, avec une frontière tracée tout autour, comme une île posée au milieu des terres françaises. Ce n’est pas une erreur de graveur. Pendant quatre cent quarante-trois ans, Avignon n’a pas été en France. C’est le fait le plus important qu’on puisse savoir sur cette ville, et c’est celui qu’on oublie toujours de dire. Tout le reste en découle : l’architecture, la démesure du palais, le nombre invraisemblable de couvents, l’accent qui n’est pas tout à fait celui de la Provence voisine, la réputation de refuge et de coupe-gorge que la ville a traînée pendant des siècles, et jusqu’à ce caractère un peu fermé, un peu à part, que les Avignonnais eux-mêmes reconnaissent volontiers. Une enclave. Pas une métaphore : une enclave au sens juridique, avec ses douanes, ses lois, sa monnaie, sa justice, et un souverain qui vivait à mille kilomètres de là. Comment une ville du Rhône est devenue capitale de la chrétienté L’affaire commence par un déménagement qui devait être provisoire. Au début du XIVe siècle, Rome est invivable. Les grandes familles s’y entretuent, le pape n’y est en sécurité nulle part, et la papauté est en conflit ouvert avec le roi de France. En 1309, Clément V, un Gascon élu à Lyon, s’installe dans le Comtat Venaissin, territoire que l’Église possède depuis 1274. Il ne s’installe pas à Avignon, mais tout près. Son successeur, Jean XXII, était évêque d’Avignon avant d’être élu. En 1316, il rentre chez lui, tout simplement. Il s’installe dans le palais épiscopal, et la cour pontificale le suit. Ce qui devait durer quelques années dura soixante-sept ans, et sept papes. La ville, alors, n’appartient toujours pas à l’Église. Elle relève de la comtesse de Provence, Jeanne de Naples, jeune reine dans une situation politique et judiciaire compliquée. En 1348, Clément VI lui achète Avignon pour quatre-vingt mille florins. La somme est considérable. L’opération est contestée depuis six siècles et demi – on a dit que le prix était dérisoire, que le pape avait profité de la situation de Jeanne, qu’il y avait eu marchandage sur autre chose que de l’argent. Ce qui est certain, c’est que l’acte a été signé et qu’il a tenu. À partir de cette date, Avignon est terre pontificale. Elle le restera jusqu’en 1791. Ce qui suit est plus confus, et il faut l’accepter. En 1376, Grégoire XI ramène la papauté à Rome. Il meurt deux ans plus tard, et l’élection de son successeur déclenche le Grand Schisme d’Occident : deux papes, l’un à Rome, l’autre à Avignon, chacun excommuniant l’autre, chacun soutenu par la moitié de l’Europe. Il y en aura même trois à un moment. Les papes d’Avignon de cette période sont appelés antipapes par l’histoire officielle, ce qui est une façon commode de trancher un débat que les contemporains ne tranchaient pas du tout. Le dernier, Benoît XIII, s’est barricadé dans le palais et y a soutenu un siège de plusieurs années avant de s’enfuir par le Rhône en 1403. Après quoi la ville cesse d’être capitale et devient ce qu’elle restera longtemps : une ville pontificale de province, gouvernée par un légat puis par un vice-légat, riche, cléricale et un peu somnolente. Ce que soixante-sept ans de papauté ont laissé dans les murs Tout, en réalité. D’abord le Palais des Papes lui-même, le plus grand édifice gothique d’Occident, quinze mille mètres carrés de plancher, bâti en moins de vingt ans par deux papes qui ne s’entendaient sur rien. Ensuite les remparts, élevés dans la seconde moitié du XIVe siècle pour protéger une ville devenue immensément riche des compagnies de routiers qui ravageaient alors la vallée du Rhône. Puis les églises, les couvents, les collèges. Et surtout les livrées cardinalices : les hôtels des cardinaux, une trentaine à l’époque, dont chacun tenait maison, cour et domesticité. Le mot vient de la livraison – l’attribution d’un logement à un prélat. Il en subsiste des morceaux un peu partout dans la ville close, souvent invisibles depuis la rue, parfois transformés en bibliothèque, en école ou en immeuble d’habitation. Une cour pontificale, ce n’est pas seulement un pape. C’est une administration, une chancellerie, une trésorerie, un tribunal, une armée de copistes, de banquiers, de messagers, de médecins, de cuisiniers, de peintres et de maçons.