Tourisme et voyages
Visiter Arles autrement
Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre
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Présentation
Que reste-t-il à voir dans une ville que la plupart des visiteurs traversent en une journée ? Arles concentre sur quelques centaines de mètres un amphithéâtre romain habité pendant mille ans, une cathédrale sculptée comme un livre d'images, une nécropole que l'Europe médiévale s'arrachait, les lieux d'un peintre qui y a travaillé quinze mois, et une fondation d'art contemporain posée sur d'anciens ateliers ferroviaires. Encore faut-il savoir dans quel ordre les aborder. Ce guide propose quatre journées à pied, organisées zone par zone, sans retour en arrière ni trajet inutile. Chaque étape raconte ce que l'on regarde, pourquoi le monument se trouve là, ce qu'il a été avant, et ce que les visites rapides laissent de côté. Les curiosités que personne ne remarque, les points de vue à la bonne heure, les quartiers où vivent les habitants, les tables et les marchés y tiennent autant de place que les sites classés. On y trouve aussi ce qui fâche : les attributions discutées, les reconstitutions présentées comme des originaux, les légendes qui n'en sont que. Une ville se comprend mieux quand on sait ce qu'elle a perdu.Sommaire
Avant-propos
Une petite Rome en Provence
Jour 1. Quand Arles était Rome
Le peuple des arènes
Les deux colonnes veuves
La ville sous la ville
Jour 2. Le vieux centre et ses saints
Le portail du Jugement dernier
Le cloître aux quatre galeries
Picasso au bord du Rhône
Jour 3. Le Midi de Van Gogh
La maison jaune qui n’existe plus
Le jardin de l’ancien hôpital
L’allée des morts illustres
La tour de verre et les hangars
Jour 4. Le Rhône et ses deux rives
La Roquette des pêcheurs
Le buste sorti du fleuve
Trinquetaille et le pont jaune
Le carnet du voyageur
Le riz, le taureau et le sel
Le carnet pratique
Avant de partir
Testez vos connaissances
Extrait
Montez sur les gradins supérieurs de l’amphithéâtre, un matin où il n’y a personne, et tournez lentement sur vous-même. Au nord, le Rhône, large, rapide, couleur de terre. À l’ouest, les toits de tuiles rondes serrés les uns contre les autres et le clocher carré de Saint-Trophime. Au sud, les Alpilles, une ligne de calcaire blanc. À l’est, une tour d’acier torsadée qui accroche la lumière. Et sous vos pieds, trente-quatre rangs de gradins où vingt et un mille personnes ont pris place, à une époque où la ville en comptait à peu près autant que d’habitants aujourd’hui. C’est tout le problème d’Arles, et tout son intérêt. Les monuments sont trop grands pour la ville. Ils n’ont pas été bâtis pour elle telle qu’elle est, mais pour ce qu’elle a été pendant quatre siècles : une capitale. La ville qui a misé sur le bon camp Avant les Romains, il y avait déjà quelque chose ici. Les Grecs de Marseille avaient installé un comptoir sur cette butte qui domine le fleuve, à l’endroit précis où le Rhône cesse d’être un delta et redevient un fleuve franchissable. Les Ligures étaient là avant eux. La ville s’est toujours appelée par des variations d’un même mot, Arelate, qu’on rattache généralement à une racine celtique désignant le lieu près du marais. C’est une étymologie honnête : elle dit que la ville existe à cause de l’eau, et malgré elle. Regardez une carte du delta et tout devient clair. Le Rhône, en arrivant ici, se divise. Au sud, ce ne sont plus que bras, étangs, roselières, terres qui bougent. Au nord, la plaine de la Crau, un désert de galets. Entre les deux, une butte de calcaire, sèche, élevée de quelques mètres au-dessus des crues, juste assez large pour poser une ville et juste assez haute pour la garder au sec. Il n’y avait pas d’autre endroit possible sur des dizaines de kilomètres. Toute l’histoire d’Arles découle de cet accident de terrain. Tout bascule en 49 avant notre ère. Rome se déchire entre César et Pompée. Marseille, riche et sûre d’elle, choisit Pompée. Arles choisit César, et fait mieux que le soutenir : elle lui construit une flotte de douze navires de guerre en trente jours. Marseille est assiégée, prise, dépouillée de ses privilèges et de ses territoires. Arles, elle, devient en 46 avant notre ère une colonie de droit romain, peuplée par les vétérans de la sixième légion, et reçoit une partie des dépouilles de sa rivale. Il faut mesurer ce que cela veut dire. En quelques années, une bourgade de bord de fleuve hérite d’un territoire immense, du contrôle du trafic entre la Méditerranée et la vallée du Rhône, et d’un statut qui lui donne accès à tout ce que Rome sait faire. Le résultat est visible dès le règne d’Auguste : un plan en damier, un rempart, un forum posé sur des galeries souterraines, un théâtre en pierre parmi les premiers du monde romain. Un siècle plus tard, sous les Flaviens, la ville a tellement grossi qu’elle déborde ses propres murailles, et l’on construit l’amphithéâtre en dehors du quadrillage initial, de biais, parce qu’il n’y avait plus de place pour le poser droit. Le saviez-vous La ville a longtemps vécu sur un pont qui n’était pas un pont. Pour franchir le Rhône, les Romains ont installé un pont de bateaux, une file de barques ancrées supportant un tablier de bois, souple, démontable, capable d’encaisser les crues. Il reliait la ville au quartier de Trinquetaille, sur la rive droite. Des maçonneries en subsistent encore de chaque côté du fleuve. C’est une solution d’ingénieur, pas de bâtisseur de monuments : elle en dit long sur un fleuve qu’on n’a jamais réussi à dompter, seulement à négocier. Une ville d’usines et d’entrepôts On a tendance à ne voir dans une colonie romaine que ses monuments de spectacle. C’est passer à côté de l’essentiel : Arles était d’abord une ville qui travaillait, et qui gagnait beaucoup d’argent. Elle avait des chantiers navals, des corporations de bateliers puissantes et reconnues par Rome, des entrepôts sur les deux rives, une flotte fluviale qui remontait vers Lyon et une flotte maritime qui descendait vers l’Italie et l’Afrique. On y transbordait l’huile d’Espagne, le vin d’Italie, le blé, le sel des étangs, la poix, les métaux. Les amphores retrouvées par centaines dans le lit du fleuve racontent ce trafic mieux que n’importe quel texte : elles viennent de partout.