Tourisme et voyages
Visiter Aix-en-Provence autrement
Découvrir la ville en 3 ou 4 jours loin des circuits touristiques : histoire, lieux insolites, légendes, bonnes adresses et art de vivre
Format broché
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Présentation
Que reste-t-il à voir dans une ville que les cars traversent en trois heures ? Beaucoup plus qu'on ne le croit, à condition de tourner le dos aux files d'attente. Ce guide propose quatre journées de découverte à Aix-en-Provence, construites comme un parcours à pied, quartier par quartier, sans zigzag inutile. Les monuments connus y sont racontés par un angle inattendu : la cathédrale par son baptistère antique, la grande avenue par son côté à l'ombre, le quartier des magistrats comme une opération immobilière du XVIIᵉ siècle. Entre deux étapes, on pousse une porte que personne ne pousse — un site archéologique désert, une carrière ocre, une place née d'une démolition. Chaque lieu cité vient avec son adresse, son téléphone et son jour de fermeture. Chaque légende est présentée comme une légende, jamais comme un fait. On y trouve aussi ce qui se mange, ce qui se rapporte, et comment organiser un séjour sans perdre une demi-journée devant une porte close. Un carnet de voyage à suivre pas à pas, écrit pour le visiteur curieux qui préfère comprendre une ville plutôt que la cocher.Sommaire
Avant-propos
La ville née de ses eaux
Jour 1. Le cœur du vieil Aix
Sous les platanes du cours Mirabeau
Le beffroi, la halle et les Cardeurs
La rue des comtes et Saint-Sauveur
Jour 2. Le quartier Mazarin
Quatre dauphins et un damier
Les maîtres du musée Granet
Derrière les portes cochères
Jour 3. Sur les pas de Cezanne
L’atelier des Lauves
Du Jas de Bouffan à Bibémus
Face à la Sainte-Victoire
Jour 4. Aix hors les murs
L’oppidum d’Entremont
Les alvéoles de Vasarely
La tuilerie des Milles
Le carnet du voyageur
La table provençale et le calisson
Aix mode d’emploi
Avant de partir
Testez vos connaissances
Extrait
Posez la main sur la margelle d’une fontaine aixoise un matin de janvier. Sur la plupart, la pierre est glacée. Sur l’une d’elles, en haut du cours Mirabeau, elle est tiède, et une buée légère monte du bassin dans l’air froid. Cette fontaine-là est recouverte d’une mousse épaisse qui a fini par avaler la sculpture. Elle n’a plus de forme, plus de statue, plus rien à voir. Elle a seulement de l’eau à dix-huit degrés qui sort du sol depuis bien avant qu’on ait songé à construire une ville par-dessus. Voilà le point de départ. Tout le reste – les hôtels particuliers, le parlement, les peintres, les calissons, les touristes de juillet – n’est qu’une conséquence de cette eau tiède. Le camp romain et l’oppidum rasé Avant Aix, il y avait une capitale, et elle était gauloise. Elle occupait le plateau d’Entremont, à trois kilomètres au nord de l’actuel cours Mirabeau, et elle appartenait aux Salyens, une confédération de peuples celto-ligures qui tenait la basse Provence. Ville organisée, avec ses remparts, ses rues tracées, ses maisons alignées et ses sculptures. Rien d’un campement. Les Salyens ont eu le tort de gêner Marseille, alors cité grecque et alliée de Rome. Marseille a appelé au secours. Rome est venue, comme toujours, et n’est jamais repartie. Vers 123 avant notre ère, l’oppidum est pris et détruit. Deux ans plus tard, en 122 avant J.-C., le consul Caius Sextius Calvinus installe un poste militaire en contrebas, près des sources chaudes qui sortent du sol au pied de la colline. Il lui donne son nom et celui de l’eau : Aquae Sextiae, les eaux de Sextius. Retenez ce détail, il commande toute la suite. Les Romains n’ont pas fondé Aix pour sa position stratégique, ni pour un gué, ni pour un port. Ils l’ont fondée pour ses sources thermales. La ville s’appelle littéralement « les eaux », et elle porte encore ce nom deux mille cent ans plus tard, en français comme en provençal. Marius, les Teutons et une histoire de prénoms Vingt ans après la fondation, la région voit passer l’un des épisodes les plus violents de l’histoire romaine en Gaule. Des peuples germaniques, Teutons et Cimbres, descendent vers l’Italie et écrasent plusieurs armées romaines. En 102 avant J.-C., le général Caius Marius les attend dans la région d’Aix et les anéantit. L’emplacement exact du champ de bataille est discuté depuis des siècles, et je ne vous servirai pas la version assurée que vous lirez ailleurs. Plusieurs sites ont été proposés à l’est de la ville, aucun ne fait l’unanimité chez les archéologues. Ce qui est certain, en revanche, c’est la trace laissée par cet homme dans la mémoire provençale. Marius y est resté une figure familière, presque domestique. Son prénom s’est transmis en Provence pendant des siècles, au point de devenir le prénom provençal par excellence – celui que le théâtre et le cinéma du XXᵉ siècle reprendront comme une évidence. Les anciens racontaient aussi que la victoire avait été annoncée à Rome par une prophétesse syrienne qui accompagnait le général. C’est un récit, pas un fait, et je vous le donne pour tel. Il en dit surtout long sur le besoin qu’ont eu les générations suivantes de rendre cette bataille surnaturelle. Une capitale sans royaume Passons quatorze siècles d’un coup, ce que l’histoire a fait sans nous demander notre avis. Aix traverse l’Antiquité tardive, devient siège d’un archevêché, subit les invasions, se rétracte derrière des murs, se relève. Au Moyen Âge, elle devient la capitale du comté de Provence, ce qui la place au centre d’un territoire indépendant du royaume de France. La figure qui domine cette période est celle du roi René, René d’Anjou, comte de Provence, duc d’Anjou, roi titulaire de Naples et de Jérusalem – c’est-à-dire d’un royaume qu’il ne gouvernait pas. Il meurt à Aix en 1480. On lui prête un peu tout, et il faut trier. Il a réellement été un prince lettré, protecteur des arts, commanditaire d’œuvres remarquables dont vous verrez la plus belle à la cathédrale. On raconte aussi qu’il aurait introduit le raisin muscat en Provence, et sa statue, en bas du cours, le montre une grappe à la main. C’est une tradition tenace ; prenez-la comme telle. Sa mort ouvre la porte à ce qui allait suivre. En 1481, la Provence est rattachée à la couronne de France. Aix cesse d’être la capitale d’un État pour devenir le chef-lieu d’une province.