Religions et Spiritualités
Au fil d'un récit tendu comme un câble d'acier, on découvre un État de quarante-quatre hectares où se jouent les mêmes comédies du pouvoir qu'ailleurs — en plus feutré, en plus lent, en plus impuni. Un pape qui signe un pacte avec Mussolini pour exister sur la carte. Un autre qui se tait pendant que les camions de la Gestapo se remplissent à quatre cents mètres de sa fenêtre. Un garde du corps devenu banquier qui blanchit l'argent de la pègre au pied d'un crucifix. Un pontife retrouvé mort trente-trois jours après avoir voulu voir les comptes. Un pape polonais qui fait tomber le mur de Berlin avec des discours et des fonds occultes. Un majordome qui vide les tiroirs du palais apostolique pour sauver l'Église de ceux qui la dirigent.
Derrière la majesté des cérémonies et la solennité des encycliques se révèlent, aux origines, de vulgaires surfacturations, des valises de billets déposées au guichet d'une tour médiévale, des bulletins de vote brûlés dans une imprimerie pour empêcher une réforme, et des sourires de cardinaux qui attendent patiemment la mort de celui qu'ils feignent de servir.
Vatican : L’histoire secète
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Présentation
11 février 2013 : un vieil homme en soutane blanche prononce quelques mots en latin devant une assemblée de cardinaux médusés. Il renonce. Sur son bureau, un rapport de six cents pages décrit l'étendue de la corruption qui ronge l'institution à laquelle il a consacré sa vie. Le soir même, la foudre frappe la coupole de la basilique Saint-Pierre. De cette scène procède un siècle de secrets, de pactes et de trahisons que les murs épais du Vatican avaient jusque-là contenus.Au fil d'un récit tendu comme un câble d'acier, on découvre un État de quarante-quatre hectares où se jouent les mêmes comédies du pouvoir qu'ailleurs — en plus feutré, en plus lent, en plus impuni. Un pape qui signe un pacte avec Mussolini pour exister sur la carte. Un autre qui se tait pendant que les camions de la Gestapo se remplissent à quatre cents mètres de sa fenêtre. Un garde du corps devenu banquier qui blanchit l'argent de la pègre au pied d'un crucifix. Un pontife retrouvé mort trente-trois jours après avoir voulu voir les comptes. Un pape polonais qui fait tomber le mur de Berlin avec des discours et des fonds occultes. Un majordome qui vide les tiroirs du palais apostolique pour sauver l'Église de ceux qui la dirigent.
Derrière la majesté des cérémonies et la solennité des encycliques se révèlent, aux origines, de vulgaires surfacturations, des valises de billets déposées au guichet d'une tour médiévale, des bulletins de vote brûlés dans une imprimerie pour empêcher une réforme, et des sourires de cardinaux qui attendent patiemment la mort de celui qu'ils feignent de servir.
Sommaire
Introduction
Composer avec les dictatures
Créer un État sous la tutelle fasciste
Signer un concordat avec le Reich
Mourir sans avoir publié l’encyclique
Se taire face à l’extermination
Ouvrir les portes aux persécutés de Rome
Secouer une institution millénaire
Convoquer un concile contre la curie
Brûler les bulletins pour empêcher le vote
Humilier le grand inquisiteur en séance
Blanchir l’argent sous la coupole
Confier la banque à un garde du corps
Accepter les valises de la pègre
Décéder trente-trois jours après son élection
Ébranler l’empire soviétique depuis Rome
Élire un pape derrière le rideau de fer
Infiltrer la Pologne par le verbe
Survivre à deux balles sur la place
Financer la révolution par des fonds occultes
Retrouver un banquier pendu sous un pont
Assister à l’effondrement du bloc soviétique
Affronter l’implosion interne
Découvrir l’ampleur de la pédocriminalité
Laisser un secrétaire d’État régner seul
Divulguer des documents depuis le palais apostolique
Renoncer pour forcer la curie à tomber
Imposer un pontificat de rupture
Élire un jésuite contre la vieille garde
Diagnostiquer les maladies de l’institution
Réconcilier deux puissances ennemies depuis Rome
Gouverner face à une majorité d’adversaires
Extrait
Créer un État sous la tutelle fasciste Le matin du 11 février 1929, un cortège de voitures noires remonte la via Merulana en direction du palais du Latran. Les chauffeurs portent l’uniforme. Les passagers portent des dossiers. Rome est froide, le ciel bas, et les carabiniers ont bouclé les rues adjacentes depuis l’aube. Dans les voitures, des hommes du gouvernement italien, mandatés par le président du Conseil. Ils ont rendez-vous avec les représentants du Saint-Siège pour signer un accord qui va redessiner la carte de l’Europe. Le palais du Latran est l’ancienne résidence des papes. Pendant plus de mille ans, c’est ici que le pouvoir pontifical s’exerçait sur Rome et sur une bonne partie de la péninsule italienne. Puis, en 1870, les troupes du royaume d’Italie avaient pris Rome, unifié le pays, et confisqué les États pontificaux3. Depuis cette date, le pape n’avait plus de territoire. Plus d’État. Plus de statut international. Il vivait reclus dans les bâtiments du Vatican, refusant de reconnaître l’Italie unifiée, se déclarant prisonnier volontaire. Soixante ans de bras de fer silencieux. Soixante ans pendant lesquels l’Église catholique, qui prétend à l’universalité, n’existe sur aucune carte. L’homme qui va mettre fin à cette situation ne porte pas la soutane. Il porte la chemise noire. Benito Mussolini, chef du Parti national fasciste, président du Conseil depuis 1922, dirige l’Italie d’une main de fer. Le Duce, comme on le surnomme, n’a pas l’Église dans son cœur. Il s’en méfie. Mais il a compris une chose que ses prédécesseurs libéraux avaient négligée : on ne règne pas durablement sur l’Italie sans se mettre les catholiques dans la poche. Trente-cinq millions d’Italiens sont baptisés. Leurs curés sont les seuls fonctionnaires de proximité qui maillent le territoire jusque dans les hameaux les plus reculés des Abruzzes et de la Calabre. Se les aliéner serait une erreur stratégique. Les rallier serait un coup de maître. Du côté du Vatican, on a également fait ses calculs. Le pape Pie XI, élu en 1922, quelques mois avant la marche sur Rome, n’est pas un naïf. Érudit, bibliothécaire de formation, alpiniste à ses heures, c’est un homme de caractère qui veut redonner à l’Église sa place dans le concert des nations. Pour cela, il a besoin d’un territoire, fût-il minuscule. D’un statut, fût-il obtenu au prix d’une alliance contre nature. Les négociations durent depuis trois ans. Elles ont été conduites dans le plus grand secret entre des émissaires des deux parties. Ce matin de février, tout est prêt. Les textes sont rédigés. Il ne reste qu’à signer. La délégation italienne entre dans le palais. On échange des poignées de main. On s’installe autour d’une longue table. Les photographes sont admis quelques instants, le temps de figer la scène. Puis les portes se ferment. Les accords du Latran comprennent trois documents. Un traité politique qui reconnaît la souveraineté du Saint-Siège sur un territoire de quarante-quatre hectares autour de la basilique Saint-Pierre. Un concordat4 qui règle les relations entre l’Église et l’État italien : le catholicisme devient religion d’État, l’Église obtient la responsabilité de l’enseignement religieux dans les écoles, le mariage religieux acquiert une valeur civile. Et une convention financière : en dédommagement des territoires confisqués en 1870, le royaume d’Italie versera au Vatican 750 millions de lires en numéraire et un milliard en titres d’État. Les sommes sont colossales. En valeur actualisée, elles représentent plusieurs milliards d’euros. D’un trait de plume, le Vatican passe de la pauvreté revendiquée à la richesse sonnante. L’Église retrouve un territoire, un statut diplomatique, et un trésor de guerre. Ce jour-là, Pie XI est le grand gagnant. Monarque absolu à l’intérieur de ses quarante-quatre hectares, il dispose désormais d’un État reconnu par le droit international. Un État minuscule, certes, mais un État quand même. Le seul au monde dont le chef cumule le pouvoir spirituel sur un milliard de fidèles et la souveraineté temporelle sur un territoire. Aucune autre religion ne bénéficie d’un tel statut. Aucune n’en bénéficiera jamais. Mussolini, lui, obtient ce qu’il voulait : la paix avec l’Église et le ralliement tacite de millions de catholiques italiens. Les journaux fascistes célèbrent l’événement comme un triomphe du régime. Les journaux catholiques célèbrent une résurrection. Tout le monde est satisfait. La lune de miel dure quelques mois. Dans les textes signés au Latran, il est écrit noir sur blanc que l’Église est responsable de l’éducation scolaire en Italie. Mussolini n’a aucune intention de respecter cette clause. Tous les régimes totalitaires partagent la même obsession : contrôler la jeunesse. Le fascisme ne fait pas exception.