Psychologie & Sciences humaines
Thérapies centrées sur le trauma
Mémoire et dissociation — Du stress post-traumatique à la restauration psychique
Format broché
24,50 €
Format Kindle
8,99 €
Présentation
Comment orienter un patient traumatisé vers l'approche thérapeutique la plus adaptée à son profil, parmi les treize méthodes qui dominent la psychotraumatologie contemporaine ? Ce volume de la collection Le Thérapeute recense, compare et articule les principales thérapies centrées sur le trauma, depuis les approches corporelles fondées sur la régulation du système nerveux jusqu'aux protocoles cognitifs structurés, en passant par les techniques de retraitement de l'information, les méthodes narratives et les interventions fondées sur la reconsolidation mnésique. Chaque approche fait l'objet d'une analyse en deux ou trois volets : comprendre ses fondements, pratiquer ses techniques, approfondir ses variantes. Le texte s'adresse directement au clinicien en exercice ou en formation avancée, avec un ton de transmission entre pairs qui privilégie la réalité de la séance sur l'abstraction théorique. Des vignettes cliniques, des extraits de dialogue thérapeutique, des outils exploitables en cabinet et des repères neurobiologiques accompagnent chaque développement. La partie finale propose un modèle de décision clinique fondé sur le profil du patient — type de trauma, organisation dissociative, capacités de régulation, comorbidités — plutôt que sur la préférence théorique du praticien. Un glossaire de plus de quatre-vingts entrées complète l'ensemble.Sommaire
Cartographier le champ clinique du trauma
EMDR
Comprendre la désensibilisation par mouvements oculaires
Pratiquer la désensibilisation par mouvements oculaires
Approfondir la désensibilisation par mouvements oculaires
Expérience somatique
Comprendre l’expérience somatique
Pratiquer l’expérience somatique
Approfondir l’expérience somatique
Thérapie sensorimotrice
Comprendre la psychothérapie sensorimotrice
Pratiquer la psychothérapie sensorimotrice
Thérapie de traitement cognitif
Comprendre le traitement cognitif du trauma
Pratiquer le traitement cognitif du trauma
Thérapie par exposition prolongée
Comprendre l’exposition prolongée au trauma
Pratiquer l’exposition prolongée au trauma
Approfondir l’exposition prolongée au trauma
Thérapie par reconsolidation de la mémoire
Comprendre la reconsolidation mnésique thérapeutique
Pratiquer la reconsolidation mnésique thérapeutique
Brainspotting
Comprendre le repérage par points cérébraux
Pratiquer le repérage par points cérébraux
Thérapie par retraitement accéléré de l’information
Comprendre le retraitement informationnel accéléré
Pratiquer le retraitement informationnel accéléré
Thérapie des états du moi
Comprendre la thérapie des états du moi
Pratiquer la thérapie des états du moi
Intégration du cycle de vie
Comprendre l’intégration du cycle de vie
Pratiquer l’intégration du cycle de vie
TIPI
Comprendre l’identification sensorielle des peurs
Pratiquer l’identification sensorielle des peurs
Thérapie du schéma pour le trauma
Comprendre la schémathérapie traumatique
Pratiquer la schémathérapie traumatique
Thérapie narrative de l’exposition
Comprendre la narration expositive du trauma
Pratiquer la narration expositive du trauma
Synthèse comparative
Différencier les paradigmes thérapeutiques du trauma
Orienter le choix clinique selon le profil
Glossaire
Extrait
Cartographier le champ clinique du trauma Le trauma psychique n’a pas toujours été un objet clinique respectable. Pendant des décennies, les professionnels de la santé mentale ont oscillé entre fascination et déni face à ce phénomène qui interroge, au fond, la capacité de l’appareil psychique à métaboliser l’irreprésentable. Vous qui ouvrez ce volume, que vous soyez clinicien confirmé cherchant à élargir votre répertoire thérapeutique ou praticien en formation désireux de comprendre pourquoi tant d’approches coexistent dans ce domaine, vous constaterez rapidement que la psychotraumatologie contemporaine ne se résume ni à un diagnostic ni à un protocole. Elle constitue un champ clinique à part entière, traversé par des tensions fécondes entre le corps et la parole, entre la mémoire et l’oubli, entre la rigueur protocolaire et l’ajustement relationnel. Ce chapitre inaugural pose les repères indispensables pour naviguer dans les treize approches thérapeutiques que vous découvrirez au fil des parties suivantes, en traçant les coordonnées d’un territoire clinique dont la cartographie reste, à bien des égards, en cours d’élaboration. L’histoire de la psychotraumatologie est celle d’une série de redécouvertes interrompues par autant de périodes d’amnésie collective. Les premières descriptions cliniques rigoureuses remontent aux travaux sur les névroses traumatiques de la fin du XIXe siècle, lorsque des médecins confrontés aux victimes d’accidents ferroviaires tentèrent de nommer ce qui échappait aux catégories diagnostiques de l’époque. Le terme même de « névrose traumatique », forgé par Hermann Oppenheim en 18891, traduit cette volonté de donner un statut nosographique à des souffrances que beaucoup attribuaient alors à la simulation ou à la faiblesse constitutionnelle. Pierre Janet, dans ses travaux sur l’automatisme psychologique, avait pourtant identifié avec une acuité remarquable le mécanisme central qui traverse l’ensemble de ce volume : la dissociation comme réponse organisée de l’appareil psychique face à une expérience qui excède ses capacités d’intégration. Janet observait chez ses patients des fragments de mémoire encapsulés, inaccessibles à la conscience ordinaire mais dotés d’une activité propre, capables de produire des symptômes somatiques, des états seconds et des intrusions sensorielles. Cette observation clinique, d’une modernité saisissante, ne trouva pourtant pas immédiatement l’écho qu’elle méritait. La psychanalyse naissante, en déplaçant l’accent du trauma réel vers le fantasme et le conflit intrapsychique, relégua pour plusieurs décennies la question de l’événement traumatique au second plan de la réflexion clinique. Il ne s’agit pas ici de distribuer des blâmes rétrospectifs, mais de constater que ce déplacement théorique eut des conséquences directes sur la prise en charge des patients traumatisés, qui se virent souvent proposer des traitements inadaptés à la spécificité de leur souffrance. La Première Guerre mondiale, avec son cortège de soldats brisés par l’horreur des tranchées, imposa temporairement le trauma au centre de l’attention clinique. Les « obusite » et « choc de l’obus » des médecins militaires, les « commotions émotives » de la littérature francophone, désignaient un même phénomène : l’effraction psychique provoquée par une menace vitale prolongée ou répétée. Mais la paix revenue, l’intérêt retomba. Il fallut attendre la guerre du Vietnam et la mobilisation des vétérans américains pour que le trouble de stress post-traumatique accède, en 1980, à une reconnaissance diagnostique officielle dans le DSM-III. Cette inclusion marqua un tournant décisif, non parce qu’elle décrivait une réalité nouvelle, mais parce qu’elle fournissait un cadre consensuel permettant aux cliniciens et aux chercheurs de dialoguer autour d’un même objet. Parallèlement, les mouvements féministes des années 1970-1980 contribuèrent de manière décisive à élargir le concept de trauma au-delà du champ militaire, en mettant en lumière les séquelles psychiques des violences sexuelles, de la maltraitance infantile et de la violence conjugale. La psychotraumatologie contemporaine leur doit cette extension fondamentale du regard clinique, qui permit de reconnaître que le trauma ne se limite ni aux champs de bataille ni aux catastrophes spectaculaires. Depuis lors, les révisions successives des classifications internationales ont affiné la description sémiologique, intégré les spécificités du trauma complexe et reconnu que les conséquences psychiques de la violence, de la négligence et de la menace vitale ne se réduisent pas à un syndrome unique. La CIM-112 a consacré cette évolution en introduisant le trouble de stress post-traumatique complexe comme entité distincte, caractérisée par des perturbations de la régulation affective, de l’image de soi et des relations interpersonnelles, qui viennent s’ajouter aux symptômes classiques de reviviscence, d’évitement et d’hyperactivation. Ce détour historique n’est pas qu’un exercice d’érudition. Il éclaire directement la pratique clinique contemporaine. La reconnaissance tardive et discontinue du trauma explique en grande partie la prolifération des approches thérapeutiques que vous trouverez dans ce volume.