Éditions Revolu — Maison d'édition indépendante
Les jours fériés en France — Jean-Gabriel Moreau — Éditions Revolu
Histoire

Les jours fériés en France

Mille ans d'histoire, du calendrier médiéval à nos jours

Pages 307
Langue Français
ISBN 9798195959562
Parution 07/05/2026
Format broché 14,90 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Saviez-vous que la France a chômé jusqu'à soixante-dix jours par an au quinzième siècle, contre onze aujourd'hui ? Ce livre raconte mille ans d'histoire des jours fériés français, depuis les fêtes religieuses médiévales jusqu'aux débats contemporains sur le calendrier de demain. Il retrace comment l'Église, les rois, la Révolution, l'Empire et la République ont successivement façonné le rythme festif national, en ajoutant ou en supprimant des journées chômées au fil des siècles. Vous y découvrirez pourquoi le dimanche s'est imposé comme jour de repos, comment Urbain VIII a réduit le calendrier liturgique en seize cent quarante-deux, ce qui s'est joué dans la rupture révolutionnaire de dix-sept cent quatre-vingt-treize, comment la République laïque a sauvé les fêtes catholiques en les transformant en jours fériés civils, et pourquoi le premier mai porte en lui le sang versé à Chicago. Au-delà du récit historique, ce livre interroge le sens de vos jours fériés contemporains et propose une réflexion sur ce qu'ils pourraient devenir d'ici deux mille cinquante. Une lecture qui transforme votre regard sur ces journées chômées que vous croyez si bien connaître.

Sommaire

Comprendre mille ans de jours chômés
Le temps sacré médiéval
D’où vient le repos dominical ?
Comprendre le calendrier liturgique médiéval
Vivre une fête au Moyen Âge
Comment l’apogée a-t-il dérapé ?
Rationaliser le calendrier des fêtes
Comprendre la fracture protestante
Pourquoi la grande réduction romaine ?
Comprendre l’érosion gallicane
La rupture révolutionnaire fondatrice
Comment déchristianiser le temps français ?
Comprendre le Concordat impérial
Inventer le jour férié laïque
Le siècle des conquêtes ouvrières
Du sang de Chicago au repos payé
Comprendre les jours du souvenir
Comprendre le compromis républicain
Comprendre la journée de solidarité
Sociologie du jour férié contemporain
Que faisons-nous de nos jours fériés ?
Pourquoi travaillons-nous toujours autant ?
Reconnaître les fêtes des autres cultes ?
Quel calendrier pour demain ?
Imaginer le calendrier de deux mille cinquante

Extrait

Vous connaissez sans doute cette sensation. Le mois de mai approche, vous consultez votre calendrier, et vous calculez avec une attention presque maniaque les ponts possibles. Le huit mai tombe un jeudi, vous prendrez le vendredi pour faire le pont. Le lundi de Pentecôte tombera bien cette année. L’Ascension aussi. Et puis viendra l’été, sec, sans fériés, jusqu’au quinze août. Vous vous dites alors que la France compte trop peu de jours fériés, que l’année file trop vite, que les semaines s’enchaînent sans respiration. Vous n’êtes pas seul. Cette impression d’être à court de temps, de courir après quelques jours volés au travail, traverse une grande partie de la société française contemporaine. Les sondages le confirment régulièrement. Une majorité de salariés estime manquer de temps libre, et perçoit chaque jour férié comme une ressource rare, presque un privilège. Pourtant, si vous remontez le fil du temps, vous découvrez quelque chose de stupéfiant. Au quinzième siècle, dans certains diocèses français, on chômait jusqu’à soixante-dix jours hors dimanches. En ajoutant les cinquante-deux dimanches de l’année, cela représentait près de cent vingt jours non travaillés sur trois cent soixante-cinq. Près d’un tiers de l’année. Presque autant que vos week-ends actuels et vos congés payés réunis, mais dans une société pauvre, agricole, où chaque journée non travaillée représentait un manque à gagner direct pour des paysans vivant souvent à la limite de la subsistance. Cette époque que nous imaginons spontanément comme un univers de labeur sans répit a connu, en matière de temps non travaillé, des sommets que nous n’avons jamais retrouvés. Comment expliquer ce paradoxe, et qu’est-ce qu’il dit de notre rapport contemporain au temps, au travail, au sacré, au pouvoir politique ? C’est l’objet de ce livre. Vous allez parcourir mille ans d’histoire française, du onzième siècle à aujourd’hui, en suivant la trajectoire des jours chômés, devenus jours fériés à partir du dix-neuvième siècle. Vous allez voir comment l’Église médiévale a construit, fête après fête, un calendrier festif d’une densité inégalée, comment Rome a entrepris au dix-septième siècle une réduction qui ne sera plus jamais inversée, comment la Révolution a tenté de tout effacer pour imposer un calendrier républicain qui n’a duré que douze ans, comment la Troisième République a finalement inventé la notion moderne de jour férié civil, et comment les conquêtes ouvrières du vingtième siècle ont ajouté de nouveaux jours mémoriels et sociaux à un calendrier qui s’est stabilisé autour de onze jours fériés. Pour vous donner immédiatement une vision d’ensemble de cette trajectoire, voici un tableau récapitulatif des jours chômés siècle par siècle. Il sert de fil conducteur à l’ensemble de l’ouvrage. Siècle Jours chômés hors dimanches Total avec dimanches Cadre prescripteur Onzième environ 30 environ 82 Église, par diocèse Douzième 35 à 40 87 à 92 Église, expansion mariale Treizième 40 à 50 92 à 102 Église, ordres mendiants Quatorzième 45 à 55 97 à 107 Église, plaintes économiques Quinzième 55 à 70 107 à 122 Église, maximum historique Seizième 50 à 60 (catholique) ou 5 (huguenot) 102 à 112 ou 57 Fracture confessionnelle Dix-septième 40 à 45 92 à 97 Rome (Urbain VIII, 1642) Dix-huitième (avant 1789) 35 à 40 87 à 92 Gallicanisme Période 1793 à 1805 5 fêtes plus 36 décadis environ 41 République Dix-neuvième (après 1886) 7 59 Loi républicaine Vingtième 10 à 11 62 à 63 État social Vingt-et-unième 11 (13 en Alsace-Moselle) 63 ou 65 État et droit local Ces chiffres méritent une mise en garde immédiate. Pour les siècles médiévaux, aucune source ne permet un comptage national unique. Les fourchettes indiquées correspondent à des estimations diocésaines, fondées sur les calendriers liturgiques conservés et les statuts synodaux. Une ville bourguignonne, une paroisse bretonne, une communauté du Languedoc pouvaient connaître des nombres très différents de jours chômés. Le tableau donne donc un ordre de grandeur, pas une vérité comptable. Il a néanmoins une valeur d’orientation puissante. Il vous montre d’un seul coup d’œil que la trajectoire historique n’a rien d’une montée linéaire vers plus de loisirs. Elle suit au contraire une courbe complexe, avec un pic médiéval, une descente lente sur trois siècles, une rupture révolutionnaire violente, puis une lente reconstruction d’un nouveau socle festif au cours des deux derniers siècles. Ce que ce livre vous propose va au-delà du simple inventaire historique. Comprendre les jours chômés, c’est entrer dans la mécanique profonde d’une société qui négocie en permanence entre plusieurs forces concurrentes. Le sacré, qui demande du temps pour la prière, la contemplation, la commémoration.
Les jours fériés en France par Jean-Gabriel Moreau - Éditions Revolu

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