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Avant qu’ils ne passent à l'acte — Paul-Henri Vasseur — Éditions Revolu
Actualité et Société

Avant qu’ils ne passent à l'acte

Pédophilie, pédocriminalité : enquête sur le tabou qui empêche de protéger nos enfants

Pages 137
Langue Français
ISBN 9798180543042
Parution 07/06/2026
Format broché 12,50 €
Format Kindle 6,99 €

Présentation

Pourquoi une société capable de s'indigner à chaque scandale de pédocriminalité reste-t-elle incapable d'empêcher le suivant ? Chaque année en France, 160 000 enfants subissent des violences sexuelles, soit un enfant toutes les trois minutes, et la quasi-totalité des agresseurs ne sera jamais jugée. Face à cette réalité, notre réponse collective suit toujours le même cycle : révélation, indignation, promesses, oubli. Cet essai démonte ce mécanisme et montre ce qu'il nous coûte. Qui sont réellement les agresseurs, que les statistiques situent au cœur des familles plutôt qu'à la sortie des écoles ? Combien d'hommes portent une attirance que personne ne veut compter ni comprendre ? Pourquoi l'interdit de toucher un enfant est-il plus profondément fondé que nous le croyons ? Et surtout, que font nos voisins européens que la France se refuse encore à faire ? En croisant les rapports publics, la psychiatrie, l'anthropologie et l'histoire, cette enquête révèle l'existence d'un angle mort : tout ce qui pourrait se jouer avant le premier acte. Un livre dérangeant, documenté, qui propose de remplacer l'indignation par ce qui protège vraiment les enfants.

Sommaire

Introduction
L’indignation sans lendemain
Un enfant toutes les trois minutes
Le monstre n’existe pas
Le mot qui empêche de penser
L’impossible décompte
Ce que le fantasme veut dire
L’espèce qui protège ses petits autrement
Pourquoi on ne touche pas un enfant
Une protection arrachée par scandales
Ceux qui se taisent
Berlin, l’expérience qui dérange
Le numéro que personne ne connaît
Apprendre à voir
Le prix du silence
Ce que nous aurons fait entre-temps

Extrait

Pourquoi chaque scandale promet que ce sera le dernier Le 2 janvier 2020, un livre de deux cents pages arrive dans les librairies françaises et fait l’effet d’une déflagration. Il s’appelle Le Consentement. Son auteure, Vanessa Springora, y raconte ce qui lui est arrivé au milieu des années 1980 : elle avait quatorze ans, il en avait cinquante, il était écrivain, célèbre, célébré, et personne autour d’elle — ni le milieu littéraire, ni les institutions, ni les adultes qui savaient — n’a rien fait. Dans les jours qui suivent, la France entière découvre, sidérée, ce que représentait Gabriel Matzneff. Le parquet de Paris ouvre une enquête pour viols sur mineurs2. Les éditeurs retirent ses œuvres de la vente. Les subventions publiques dont il bénéficiait sont coupées. Sidérée, vraiment ? C’est le mot qui revient alors partout, et c’est le mot qui devrait nous arrêter. Car rien, dans ce que révèle Vanessa Springora, n’était caché. Les livres de Matzneff décrivant ses relations avec des adolescentes, et pire encore lors de ses voyages en Asie, étaient publiés depuis les années 1970 par les plus grandes maisons françaises, recensés dans la presse, récompensés — un prix littéraire majeur lui avait encore été décerné en 2013. Tout était écrit, noir sur blanc, en vente libre. La question qui ouvre ce livre tient donc en une phrase : comment une société peut-elle savoir et ne pas voir ? Gardons cette question en suspens. Pour y répondre, il faut d’abord observer ce que nous faisons, collectivement, chaque fois qu’une affaire éclate. ⁂ Faites l’exercice, sincèrement, avant de lire la suite : essayez de vous rappeler la dernière grande affaire de violences sexuelles sur mineurs qui vous a indigné. Puis demandez-vous ce qui a changé, concrètement, dans les mois qui ont suivi. Quelle loi, quel dispositif, quel budget, quelle campagne. Prenez quelques secondes. Si rien ne vous vient, ce n’est pas un défaut de mémoire. C’est que le rituel s’est déroulé normalement. Car il s’agit bien d’un rituel, avec ses étapes presque liturgiques. D’abord la révélation : un livre, un procès, un rapport. Puis la sidération : les éditoriaux horrifiés, les responsables politiques qui se déclarent bouleversés, le mot « monstre  » qui sature les ondes. Puis les promesses : plus jamais ça, une commission, des états généraux. Puis le silence, jusqu’à la révélation suivante — qui produira la même sidération, comme si c’était la première fois. La décennie qui vient de s’écouler en offre une démonstration presque expérimentale. Janvier 2020 : l’affaire Matzneff. Octobre 2021 : la commission indépendante présidée par Jean-Marc Sauvé rend son rapport sur les violences sexuelles dans l’Église catholique et avance une estimation que personne n’avait osé imaginer — 216 000 personnes agressées dans leur enfance par des clercs ou des religieux depuis 1950, et 330 000 en comptant les laïcs en mission ecclésiale3. Pour donner une mesure à ce nombre : c’est à peu près la population de la ville de Nice. Mai 2025 : un chirurgien, Joël Le Scouarnec, est condamné à vingt ans de réclusion pour des viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, pour la plupart ses jeunes patients, des faits étalés sur un quart de siècle et consignés par lui-même dans ses carnets4. Trois séismes en cinq ans. Trois vagues de sidération. Et entre les trois, que s’est-il construit qui ressemble à une politique de prévention ? Nous y reviendrons dans la seconde moitié de ce livre, et la réponse tiendra peu de place. Ce rituel a une fonction, et c’est ici que reparaît, en pleine lumière, le mécanisme nommé dès l’introduction de ce livre : le tabou inversé. Un interdit si absolu qu’il interdit jusqu’à la pensée de son objet. On ne peut pas étudier sereinement ce qu’on ne peut pas regarder ; on ne peut pas prévenir ce qu’on ne peut pas étudier. Alors l’indignation vient remplacer l’action, et elle la remplace avantageusement : elle est immédiate, elle est gratuite, elle nous range d’emblée du côté du bien. S’indigner du monstre, c’est attester qu’on ne lui ressemble pas. Le rituel ne sert pas les enfants ; il nous sert, nous. ⁂ L’explication la plus confortable de l’affaire Matzneff voudrait que le milieu littéraire se soit tu, par lâcheté ou par complaisance. La réalité documentée est plus dérangeante : il ne s’est pas tu, il a applaudi. Le 26 janvier 1977, Le Monde publie une lettre ouverte demandant la libération de trois hommes détenus avant leur procès pour des relations avec des mineurs de treize et quatorze ans.
Avant qu’ils ne passent à l'acte par Paul-Henri Vasseur - Éditions Revolu

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