Famille et développement personnel
Agir face aux troubles du comportement alimentaire de l'enfant
Anorexie, hyperphagie, ARFID, oralité : repérer les signaux, comprendre les causes et l'accompagner au quotidien
Format broché
19,50 €
Format Kindle
8,99 €
Présentation
Est-ce une phase, ou est-ce que quelque chose a commencé ? C'est la question que se pose un parent devant une assiette qui ne bouge pas, et personne ne peut y répondre sur le moment. Les troubles du comportement alimentaire de l'enfant ne se limitent pas à l'anorexie de l'adolescente : ils prennent des formes que l'entourage ne reconnaît pas — la sélectivité qui s'installe, l'ARFID, les crises dissimulées, l'hyperphagie, les difficultés d'oralité du tout-petit, les préoccupations corporelles qui apparaissent dès l'école élémentaire. Ce livre les décrit un à un, du refus banal aux situations qui demandent un avis rapide. Il explore ce qui se joue derrière l'assiette : pourquoi l'alimentation devient le langage de ceux qui n'ont pas encore les mots, ce qu'une famille transmet sans le vouloir, ce qui se passe à la cantine et sur les écrans. Il montre comment reconnaître les signaux d'alerte, ce qu'il vaut mieux ne pas dire, comment ouvrir la conversation, à qui s'adresser et ce qu'on peut attendre d'un accompagnement. Un ouvrage d'information destiné aux parents, qui ne remplace pas l'avis d'un médecin mais aide à arriver en consultation avec les mots justes.Sommaire
Avant-propos
Ce que manger veut dire pour un enfant
Comment se construit le rapport à la nourriture, de la naissance à l’adolescence
Néophobie, refus, appétit en dents de scie : ce qui est normal et qu’on prend pour un trouble
Le repas, scène familiale : ce qui s’y joue vraiment
Manger pour dire : quand l’alimentation devient la seule arme d’expression
Le panorama des troubles
Anorexie mentale de l’enfant et du préadolescent
Boulimie et hyperphagie : les crises et ce qu’elles compensent
ARFID et troubles du tout-petit : l’enfant qui ne mange presque rien
Pica, mérycisme, orthorexie : les formes moins connues
Obésité infantile : ce qui relève du trouble et ce qui n’en relève pas
Les angles morts : les garçons, l’autisme, le TDAH, l’anxiété
Ce qui les provoque
Génétique, tempérament, cerveau : la part qui ne vient pas de vous
Ce que l’enfant ne sait pas qu’il dit : causes inconscientes, contrôle et territoire
Blessures et secrets : séparations, deuils, violences, non-dits
L’héritage familial : régimes, balance, remarques sur le corps, effet miroir de la fratrie
Le dehors : école, cantine, harcèlement, réseaux sociaux, milieux sportifs
Repérer
Les signaux d’alerte, à table et ailleurs, et ce que l’enfant dissimule
Courbes de croissance et moment où il faut consulter sans attendre
Agir
Ouvrir le sujet : la conversation qu’on redoute
Ce qu’il ne faut surtout ni dire ni faire
Réparer le climat des repas
Tenir face au refus, aux crises et au chantage
Aider l’enfant à nommer ce qu’il ressent
Restaurer l’image du corps et l’estime de soi
Le couple parental et la fratrie face au trouble
Se faire accompagner
Le parcours de soins : qui fait quoi, et ce qui se passe en consultation
Approches thérapeutiques et hospitalisation : ce qu’on peut en attendre
Faire équipe avec l’école et obtenir des aménagements
Tenir dans la durée
Rechutes, temps long de la guérison, culpabilité des parents
Prévenir dès le plus jeune âge et accompagner l’entrée dans l’adolescence
Extrait
Comment se construit le rapport à la nourriture, de la naissance à l’adolescence Le jour où votre enfant repousse son assiette n’est pas le début de l’histoire. Elle a commencé bien avant, à la première tétée, quand il a hurlé sans savoir pourquoi et que quelqu’un est venu. Elle s’est poursuivie à chaque cuillère de purée refusée puis acceptée, à chaque anniversaire où il a mangé du gâteau parce que les autres en mangeaient, à chaque remarque entendue sur le corps d’une cousine. Un rapport à la nourriture ne s’installe pas en un repas : il se construit par couches, sur une quinzaine d’années, et chacune de ces couches laisse quelque chose. Savoir ce qui se joue à chaque étape ne permet pas de revenir en arrière, mais cela permet de comprendre pourquoi certains enfants arrivent à l’adolescence avec un terrain fragile, et pourquoi un même événement ne produit pas le même effet chez deux enfants du même âge. Manger avant de parler Un nouveau-né ne sait pas qu’il a faim. Il éprouve un inconfort massif, diffus, qu’il ne peut ni localiser ni nommer, et il crie. Quelqu’un arrive, le prend, le nourrit, et l’inconfort disparaît. Ce cycle se répète des milliers de fois au cours de la première année, et il installe une équation qui va bien au-delà de l’alimentation : quand ça ne va pas, un adulte vient et ça s’arrange. C’est sur cette répétition que se construit ce que les travaux sur l’attachement décrivent comme un sentiment de sécurité de base2. Nourrir un bébé, c’est le premier soin, et c’est aussi la première conversation. Cette conversation a une grammaire. L’enfant émet un signal, l’adulte l’interprète et répond, l’enfant apprend que son signal a été entendu. Quand la réponse arrive de manière suffisamment régulière, il en tire une conclusion durable : ses sensations internes sont fiables, et elles sont prises au sérieux. Quand la réponse est très décalée, très imprévisible, ou systématiquement décidée par l’horloge plutôt que par lui, il apprend l’inverse — que ce qu’il ressent compte moins que ce qui est prévu. Cet apprentissage ne détermine pas l’apparition d’un trouble, mais il joue plus tard sur la capacité de l’enfant à reconnaître sa faim et sa satiété, et à s’y fier. Un enfant qui a appris que ses sensations sont écoutées les écoute lui-même plus facilement. La question du sein ou du biberon compte beaucoup moins ici que la manière dont le repas se passe. Un biberon donné dans le calme, avec un adulte disponible, construit autant de sécurité qu’un allaitement. À l’inverse, une tétée tendue, interrompue, chronométrée, vécue comme une performance à réussir, laisse un souvenir corporel de crispation. Ce qui s’inscrit, c’est l’atmosphère. Certains démarrages sont plus difficiles, et il faut le dire clairement parce que beaucoup de parents portent cette période comme une faute. Un reflux douloureux, une allergie aux protéines de lait de vache, une prématurité, une hospitalisation prolongée, une période de nutrition par sonde : dans toutes ces situations, la bouche et l’estomac ont été associés à de l’inconfort, à des gestes médicaux, à de la contrainte. L’enfant peut en garder une méfiance durable envers ce qui entre par la bouche, sans qu’aucun adulte n’y soit pour quoi que ce soit. Ces difficultés précoces se rattrapent, souvent avec un accompagnement, mais elles expliquent des refus qui paraissent inexplicables deux ans plus tard. Le saviez-vous Le goût ne se découvre pas entièrement à la naissance : il arrive déjà orienté. Les nouveau-nés manifestent une attirance immédiate pour le sucré, présent dans le lait maternel, et une grimace de rejet devant l’amer. Cette asymétrie a une utilité : dans la nature, le sucré signale une source d’énergie disponible, l’amer signale fréquemment une substance toxique. Un tout-petit qui recrache les épinards ou le brocoli n’exprime donc pas une opinion sur votre cuisine, il applique un réflexe de protection qui a plusieurs centaines de milliers d’années. Ce réflexe s’atténue avec l’exposition répétée, sans contrainte et sans commentaire. C’est la raison pour laquelle un aliment refusé dix fois peut être accepté à la quinzième présentation, à condition que les quatorze précédentes n’aient pas été des affrontements. Cette base sensorielle explique une partie des refus de la petite enfance. Elle n’explique pas tout, car dès la diversification, un deuxième mouvement se met en place : l’enfant ne se contente plus de goûter, il explore. La diversification comme apprentissage du monde Entre quatre et six mois, l’alimentation change de nature. Le lait cède progressivement la place à des textures, des températures, des odeurs, des couleurs.